Tristesse de ce premier jour de l’an! Mais je n’y succomberai pas! Mais
je ne l’écouterai pas! Il y a en moi des provisions d’espoir pour des
millions d’années. Et ainsi ce n’est pas seulement de cette année que
j’ai besoin, ce n’est pas seulement de cette vie, c’est la vie éternelle
qu’il me faut. Il faut la vie éternelle pour me répondre; elle seule
peut égaler l’appétit que je me sens, la confiance que je nourris!
Que Dieu est bon! Qu’il est bon de l’avoir, de pouvoir l’appeler dès
qu’on a besoin de lui, de savoir qu’il n’y a qu’un pas à faire pour le
trouver.
Tout à l’heure, c’était bien, je crois, de vrais sentiments chrétiens
que j’éprouvais. Un désir passionné (celui de revenir au feu), dont je
demandais à Dieu, avec instance, avec violence, l’accomplissement, et en
même temps une soumission parfaite à sa volonté, une préférence à
l’avance de sa volonté, une sorte d’amour anticipé et sans conditions de
ses décisions à mon sujet. Je voulais d’abord ce que je voulais, mais
par-dessus, et avec une prédilection infinie, ce qu’il voulait pour moi.
1er janvier 1915. (4e carnet, page 15).
J’ai failli, j’ai manqué. Tant pis! Cela reste en moi avec bien d’autres
choses. Il ne faut plus s’en inquiéter. Il est également vain de
chercher à le séparer de moi et de m’acharner à le tourner à ma honte.
Que je sache avoir péché! C’est encore toute une éducation.
C’est là où le catholicisme est encore une fois merveilleux! Combien il
aime peu les poisons, l’envenimement de l’âme! Comme il sait bien donner
un rôle à l’oubli, profiter du penchant naturel de l’homme simple à
oublier ses fautes, faire une vertu de cela même qui semble en être la
négation; de notre distraction! Toujours cette même utilisation au plus
près des penchants spontanés de l’âme. Toujours cette même manière de
faire de la vertu avec aussi peu de modification que possible à nos
habitudes, de faire des vertus aussi ressemblantes que possible à ce que
nous faisons lorsque nous nous laissons aller. A peine une petite
stylisation, une petite orientation de notre penchant. Et tout le
catholicisme n’est-il pas une simple orientation de notre âme? C’est
pour cela qu’on n’y entre que par une conversion.
Me rappeler toujours ce que m’a dit l’abbé Fontaine sur l’orientation de
l’âme par les prières du matin et du soir, telles qu’elles sont données
dans le bréviaire.