31 décembre 1914. (4e carnet, page 12).

Tristesse de ce premier jour de l’an! Mais je n’y succomberai pas! Mais

je ne l’écouterai pas! Il y a en moi des provisions d’espoir pour des

millions d’années. Et ainsi ce n’est pas seulement de cette année que

j’ai besoin, ce n’est pas seulement de cette vie, c’est la vie éternelle

qu’il me faut. Il faut la vie éternelle pour me répondre; elle seule

peut égaler l’appétit que je me sens, la confiance que je nourris!

Que Dieu est bon! Qu’il est bon de l’avoir, de pouvoir l’appeler dès

qu’on a besoin de lui, de savoir qu’il n’y a qu’un pas à faire pour le

trouver.

Tout à l’heure, c’était bien, je crois, de vrais sentiments chrétiens

que j’éprouvais. Un désir passionné (celui de revenir au feu), dont je

demandais à Dieu, avec instance, avec violence, l’accomplissement, et en

même temps une soumission parfaite à sa volonté, une préférence à

l’avance de sa volonté, une sorte d’amour anticipé et sans conditions de

ses décisions à mon sujet. Je voulais d’abord ce que je voulais, mais

par-dessus, et avec une prédilection infinie, ce qu’il voulait pour moi.

1er janvier 1915. (4e carnet, page 15).

J’ai failli, j’ai manqué. Tant pis! Cela reste en moi avec bien d’autres

choses. Il ne faut plus s’en inquiéter. Il est également vain de

chercher à le séparer de moi et de m’acharner à le tourner à ma honte.

Que je sache avoir péché! C’est encore toute une éducation.

C’est là où le catholicisme est encore une fois merveilleux! Combien il

aime peu les poisons, l’envenimement de l’âme! Comme il sait bien donner

un rôle à l’oubli, profiter du penchant naturel de l’homme simple à

oublier ses fautes, faire une vertu de cela même qui semble en être la

négation; de notre distraction! Toujours cette même utilisation au plus

près des penchants spontanés de l’âme. Toujours cette même manière de

faire de la vertu avec aussi peu de modification que possible à nos

habitudes, de faire des vertus aussi ressemblantes que possible à ce que

nous faisons lorsque nous nous laissons aller. A peine une petite

stylisation, une petite orientation de notre penchant. Et tout le

catholicisme n’est-il pas une simple orientation de notre âme? C’est

pour cela qu’on n’y entre que par une conversion.

Me rappeler toujours ce que m’a dit l’abbé Fontaine sur l’orientation de

l’âme par les prières du matin et du soir, telles qu’elles sont données

dans le bréviaire.

A la trace de Dieu · 第 74 / 151 题