19 septembre 1914. (1er carnet, page 4).

Ce qui est particulier à l’opération divine, c’est la multiplicité des

effets produits par une seule action. Un même événement satisfait à la

fois, et sans qu’il perde rien de sa simplicité, à mille exigences

différentes. Dieu est pareil à un homme appelé de toutes parts et dont

le secours se produit en un seul point, mais suffit partout.

C’est pourquoi je peux en ce moment le prier pour ma prompte délivrance

personnelle, sans que cela implique cette puérilité qu’il ait à fléchir

en ma faveur le cours des événements universels.

Il me semble que c’est là la véritable nature de la Providence. La

Providence, c’est le fait de pourvoir, l’acte même de la pourvoyance, la

suffisance au plus grand nombre possible de besoins par le plus petit

nombre possible de moyens. Il est naturel que Dieu y excelle, et donc

qu’il suffise à tous besoins avec un unique moyen.

C’est en quoi sa toute-puissance est un mystère.

Et ceci éclaire la nature du mystère. A l’infidèle, la seule idée du

mystère semble absurde, parce que malgré lui il suppose que c’est une

proposition construite arbitrairement, une monstruosité proposée

gratuitement à la croyance, simplement pour l’éprouver et la dompter.

Mais au contraire un mystère, c’est l’énoncé d’une expérience, le résumé

d’une série d’expériences, exactement comme la loi scientifique, qui est

d’ailleurs elle-même tout à fait du même type que le mystère.

Il faudra mettre en lumière le rôle de l’expérience dans l’élaboration

des dogmes religieux. Montrer qu’en somme on peut être amené à croire au

catholicisme par le simple besoin de coordonner un certain nombre

d’expériences, c’est-à-dire exactement de la même façon que d’autres

peuvent être conduits à croire à la science. C’est le même besoin de ne

pas refuser l’évidence, de ne rien laisser de ce qu’on a constaté à part

du reste.

S’expliquer sur le sens qui permet cette expérience religieuse. Il est

évident qu’il n’est pas donné à tous. Et qu’il ne soit pas universel,

c’est justement un de ces faits, évidents pour ceux qui le possèdent et

qu’ils ont besoin d’expliquer. En tous cas ce sens est aussi simple,

aussi indécomposable que la vue; et, pas plus que sur les témoignages de

la vue, celui qui le possède ne songe à s’interroger sur les témoignages

qu’il lui apporte. Il ne pense même à le remarquer que lorsqu’il trouve

des gens qui ne l’ont pas.

A la trace de Dieu · 第 44 / 151 题