Ce qui est particulier à l’opération divine, c’est la multiplicité des
effets produits par une seule action. Un même événement satisfait à la
fois, et sans qu’il perde rien de sa simplicité, à mille exigences
différentes. Dieu est pareil à un homme appelé de toutes parts et dont
le secours se produit en un seul point, mais suffit partout.
C’est pourquoi je peux en ce moment le prier pour ma prompte délivrance
personnelle, sans que cela implique cette puérilité qu’il ait à fléchir
en ma faveur le cours des événements universels.
Il me semble que c’est là la véritable nature de la Providence. La
Providence, c’est le fait de pourvoir, l’acte même de la pourvoyance, la
suffisance au plus grand nombre possible de besoins par le plus petit
nombre possible de moyens. Il est naturel que Dieu y excelle, et donc
qu’il suffise à tous besoins avec un unique moyen.
C’est en quoi sa toute-puissance est un mystère.
Et ceci éclaire la nature du mystère. A l’infidèle, la seule idée du
mystère semble absurde, parce que malgré lui il suppose que c’est une
proposition construite arbitrairement, une monstruosité proposée
gratuitement à la croyance, simplement pour l’éprouver et la dompter.
Mais au contraire un mystère, c’est l’énoncé d’une expérience, le résumé
d’une série d’expériences, exactement comme la loi scientifique, qui est
d’ailleurs elle-même tout à fait du même type que le mystère.
Il faudra mettre en lumière le rôle de l’expérience dans l’élaboration
des dogmes religieux. Montrer qu’en somme on peut être amené à croire au
catholicisme par le simple besoin de coordonner un certain nombre
d’expériences, c’est-à-dire exactement de la même façon que d’autres
peuvent être conduits à croire à la science. C’est le même besoin de ne
pas refuser l’évidence, de ne rien laisser de ce qu’on a constaté à part
du reste.
S’expliquer sur le sens qui permet cette expérience religieuse. Il est
évident qu’il n’est pas donné à tous. Et qu’il ne soit pas universel,
c’est justement un de ces faits, évidents pour ceux qui le possèdent et
qu’ils ont besoin d’expliquer. En tous cas ce sens est aussi simple,
aussi indécomposable que la vue; et, pas plus que sur les témoignages de
la vue, celui qui le possède ne songe à s’interroger sur les témoignages
qu’il lui apporte. Il ne pense même à le remarquer que lorsqu’il trouve
des gens qui ne l’ont pas.