Premières notes sur le sujet:
Montrer la mentalité catholique pure, indépendante de la mentalité
cléricale, et aussi son rapport avec cette dernière.
Essayer de montrer comment un catholique pense, voit les choses. Ne pas
s’occuper des preuves. Détruire les préjugés contre le catholicisme
plutôt que le démontrer lui-même.
Deux sortes d’étonnements pour celui qui est à l’extérieur:
a) Comment peut-il penser cela?
b) Comment, s’il pense ainsi, peut-il agir, penser ou parler ainsi
(grossièreté, plaisanteries sur la religion, dévergondage, égoïsme,
etc..., fréquentations. Qu’un vrai catholique devrait se reconnaître à
ses mauvaises fréquentations.) Comment peut-il encore faire ceci ou
cela? (aller au théâtre, etc...).
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Les idées qui deviennent _naturelles_ au chrétien: immortalité par
exemple.
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Montrer surtout les différences entre incroyant et chrétien:
1º Au point de vue de la considération des événements.
2º Au point de vue de la considération de soi.
(Absence complète d’illusions. Abîme. Combien l’homme qui se croit des
droits fait rire le chrétien).
3º Au point de vue de la considération des autres.
4º Au point de vue de la considération de la mort.
5º Au point de vue de la considération des devoirs.
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Côté politique du catholicisme; rapports avec le sentiment national.
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La remise à sa place de la science.
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La Providence conçue comme l’omni-suffisance de Dieu, comme sa
foudroyante assistance partout à la fois.
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Grandes directives de la pensée du chrétien:
_Pour la conduite personnelle_:
1º Imitation de Jésus-Christ. Pas de principes: quelqu’un qui a fait de
l’impression sur vous et qu’on cherche à imiter. Pas de principes à
proprement parler, mais seulement un certain nombre de choses signalées
comme spécialement agréables à Dieu.
2º Cette idée que la chose la plus importante dans la vie, c’est la
mort. Que c’est là où se creuse l’abîme entre la pensée païenne et la
pensée chrétienne, et entre les deux façons de se tenir en ce monde. La
question de l’immortalité de l’âme est donc bien la plus importante
après celle de l’existence de Dieu, comme on l’a toujours dit. Idée de
la continuité de la vie dans tous les sens, de la présence et de
l’activité des morts. Communion des fidèles et des saints. Immense
société.
_Pour la considération des événements_:
Négation du _progrès_. Le monde créé du premier coup dans sa perfection.
Tous les éléments actuels donnés d’emblée. Interprétation du
_changement_ par le catholicisme: c’est l’effet du malaise que donne un
souvenir qu’on croit sans cesse rattraper et qui demeure insaisissable.
Refus de croire au progrès moral. Éternité de la nature humaine.
Différence de point de vue que cela met entre les hommes. Dangers
sociaux: le désintéressement. Ce n’est certainement pas parmi les
catholiques que l’on trouvera les vrais réformateurs. Mais c’est parmi
eux, parce que c’est eux qui connaissent l’homme le plus profondément et
savent le mieux son essentielle infirmité, que l’on trouvera les grands
bienfaiteurs.
Au point de vue théorique et spéculatif, incomparables avantages de la
conception chrétienne.
Fausseté dans le principe de toutes les tentatives pour greffer
l’évolutionnisme sur le christianisme.
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Le chrétien: sans aucun droit, absolument acculé ici-bas, et sans autre
recours que Dieu.
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L’Église ne pose pas ses mystères comme un affront à la raison, comme
quelque chose qu’il faut croire parce que c’est absurde, mais comme
quelque chose qu’il faut croire parce que, paraissant absurde, ça se
trouve tout de même être vrai, ainsi qu’il est permis à chaque esprit
raisonnable de le constater.
Les mystères ne sont pas dans l’esprit du chrétien une chose isolée,
distincte de toutes les autres expériences et croyances qui le peuplent,
mais ils sont de même nature que les observations qu’il fait tous les
jours, et reçoivent sa foi pour les mêmes raisons.
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Il serait dur, en effet, et presque mortel pour un esprit tant soit peu
amoureux de réflexion et de clairvoyance, d’être obligé de se reposer
tout entier sur autrui et de passer sa vie entière sans recevoir de
l’extérieur le moindre avis qu’il a eu raison dans son choix initial sur
la vérité. Il serait dur et étouffant de porter en soi des croyances
sans écho, sans réponse, sans encouragement. Et si le chrétien était cet
homme, il faut avouer que son attitude serait fausse et forcée.
Le chrétien est celui qui voit, qui retrouve, qui comprend.
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Le chrétien ne peut pas donner ses raisons, parce qu’il faut d’abord
qu’il les transporte et que, retournées dans l’autre sens, elles
disparaissent entre ses mains. Aussi ne sent-il aucune envie de les
présenter à d’autres. Il faut qu’il se force.
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Pour bien comprendre le sens et la nature de la connaissance
scientifique: je me trouve à tel point, j’ai devant moi tel paysage,
telle rivière coule devant moi. Si je cherche les causes de cet ensemble
de sensations, si je reconnais par exemple dans telle courbe de colline
le prolongement d’un mouvement de terrain plus général dont je connais
l’origine géologique, est-ce que je n’ai pas l’impression de passer à
une réalité moins réelle que celle que je vois et qui ne se recommande à
mon esprit que par sa cohérence plus grande? Est-ce que je n’ai pas
l’impression d’une sorte de transposition? N’est-ce pas _faire comme si
je croyais_ que le monde a été créé tel que je le vois par un travail
mécanique infiniment lent, et distribué sur des milliers de siècles?
Est-ce que je n’ai pas la sensation de me transporter dans cette
_hypothèse_ avant tout pour faire plaisir à une certaine faculté de mon
esprit (à savoir la raison), pour la favoriser, pour lui permettre
l’exercice maximum dont elle est susceptible, et auquel elle ne peut se
livrer tant qu’elle est maintenue à sa place, attelée à côté des autres,
et tirant avec elles? Est-ce que je n’ai pas la sensation de céder à des
possibilités intellectuelles presque indéfinies qui se font pressentir
de moi, et de leur sacrifier quelque chose sur la réalité de l’objet que
je toucherai par elles pour permettre leur déroulement intégral? Est-ce
que je ne sens pas l’impossibilité d’assister _avec tout mon esprit_ au
tableau que forme alors ma raison? Est-ce que je ne sens pas qu’il est
une absurdité en sens inverse des absurdités religieuses, pour certains
éléments de mon esprit?
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Ceux qui prétendent conclure de l’intelligence de l’homme à une
intelligence relative chez les animaux. C’est bien là un cas de ce
_transport_, en quoi consiste l’opération de la raison. Refus de tenir
compte des résistances _latérales_ dans la pensée. Peut-être dans la
connaissance de la vérité tout n’est-il pas acte; mais certaines
stations, certains butages sont-ils aussi importants.
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Comment développer cette idée que les mystères se trouvent confirmés,
commentés et mis en œuvre par l’expérience? En dehors du péché originel,
est-ce le cas aussi de l’Incarnation, de la Rédemption, de la Trinité?
Comment peut-on le montrer? Objection de V. à prendre tout à fait en
considération. Très difficile pour moi d’y répondre pour le moment.
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«Jam vere ignorantia modi non tollit certitudinem facti.» (Tanqueray,
_Brevior Synopsis_, p. 210).
L’événement pour Dieu est une matière qu’il exploite, qu’il utilise en
tous sens. Il lui fait porter une certaine charge dont la déflagration
produit mille effets différents. Il réforme les cœurs par son moyen, ou
au contraire il les précipite vers leur perdition. C’est tout à fait la
conception biblique. Sans qu’on sache comment, l’événement, outre qu’il
s’explique parfaitement par ce qui précède, se trouve avoir été choisi
pour chacun. Je ne veux pas dire que c’est toujours celui qu’il a
désiré. Mais c’est toujours celui qu’attendait sa liberté comme matière,
pour pécher ou pour mériter.