CHAPITRE II

Ibsen à l'étranger: Italie, Allemagne. L'inauguration du canal de

Suez. Voyage sur le Nil. L'indifférence de la Norvège envers son

grand poète. Les souffrances morales d'Ibsen. 1864-1891.

I

C'est au mois de juin 1864 qu'Henrik Ibsen arriva à Rome. Madame Ibsen

et son fils l'y rejoignirent l'année suivante. La ville éternelle eut

sur l'exilé norvégien une grande influence. «Rome charme par l'intérêt

qu'elle inspire, en excitant à penser. On jouit à Rome d'une existence à

la fois solitaire et animée qui développe en nous tout ce que le ciel y

a mis.»[1]

Les gigantesques débris d'un monde brisé nous font comprendre la vanité

de l'homme et la grandeur de la pensée; on se sent en communication avec

l'infini, avec l'humanité entière. Le poète révolté du nord visita la

vieille république de Florence, ce véritable berceau et foyer de la

Renaissance, pays d'illustres exilés, spoliés, décapités, de

Michel-Ange, de Machiavel, de Léonard de Vinci, de Dante, ce poète

souverain, ce roi des chants sublimes, qui, comme un aigle plane sur la

tête des autres poètes.[2]

Ibsen vit Arezzo, la patrie de Pétrarque; il admira la belle cathédrale

de Milan, cette montagne de marbre blanc, sculptée, ciselée, découpée à

jour, d'un symbolisme divin! Il vit Venise, la ville du silence, et la

morne Pise, frappée de la terrible malédiction de Dante:

La philosophie sociale dans le theatre d'Ibsen · 第 19 / 96 题