Désormais nous reparlerons de Bégues de Belin.--Les chevaliers l'ont
transporté à Paris, où l'impératrice lui fit dire un riche service;
après quoi ils l'emportent au Lorrain Garin.--Ils traversent les
Ardennes, puis l'Argonois, et entrent bientôt en Lorraine.--Ils
s'arrêtèrent à Gorze, où existe une abbaye fondée depuis longtemps
par Thierri des Monts d'Auxois[18].--Ils y passèrent la nuit et y
furent bien hébergés.--Aussitôt le jour venu, ils chantent la messe et
remontent à cheval emportant le mort avec eux.
Ils ne s'arrêtent plus jusqu'à Metz.
Le jour de leur arrivée, on y célébroit la fête d'un saint.--Garin
le Lorrain sort de l'église avec sa femme, la courtoise
Aélis.--Quatre-vingts dames de haut prix l'accompagnent.--Devant
Garin, marche le jeune Girbert son fils, précédé de vingt jeunes
damoiseaux.--Grande est la joie qu'on fait autour de Garin.--Les
escalettes retentissent sous les voûtes de marbre.--Les damoiselles
chantent et s'ébaudissent.--Belle est la cérémonie, et chacun se presse
pour la voir.
«Sainte Marie, s'est écrié tout-à-coup le duc, sauvez-moi et tous mes
amis!.... le cœur me manque;.... je suis étourdi;.... il me semble que
la foudre va tomber..... Dieu, vous qui savez ce qui doit m'advenir,
prononcez bien vite; mais, je vous en conjure, délivrez-moi de tous
maux.»
Accablé de ces pressentiments, le Lorrain s'étoit assis sous un
olivier, triste, dolent et se soutenant à peine.--Autour de lui
s'étoient rangés ses gentils chevaliers et les belles dames aux visages
simples.--Il avoit les yeux tournés vers la route ferrée, quand il
aperçut s'avancer sur le pont les gens qui portoient Bégues dans la
bière.
«Je vois, dit le duc, une troupe de cavaliers venir.--Par la foi que
je dois à saint Martin, ils me paroissent étrangers.--Seigneurs,
attendons-les, s'il vous plaît.»