XII.

Désormais nous reparlerons de Bégues de Belin.--Les chevaliers l'ont

transporté à Paris, où l'impératrice lui fit dire un riche service;

après quoi ils l'emportent au Lorrain Garin.--Ils traversent les

Ardennes, puis l'Argonois, et entrent bientôt en Lorraine.--Ils

s'arrêtèrent à Gorze, où existe une abbaye fondée depuis longtemps

par Thierri des Monts d'Auxois[18].--Ils y passèrent la nuit et y

furent bien hébergés.--Aussitôt le jour venu, ils chantent la messe et

remontent à cheval emportant le mort avec eux.

Ils ne s'arrêtent plus jusqu'à Metz.

Le jour de leur arrivée, on y célébroit la fête d'un saint.--Garin

le Lorrain sort de l'église avec sa femme, la courtoise

Aélis.--Quatre-vingts dames de haut prix l'accompagnent.--Devant

Garin, marche le jeune Girbert son fils, précédé de vingt jeunes

damoiseaux.--Grande est la joie qu'on fait autour de Garin.--Les

escalettes retentissent sous les voûtes de marbre.--Les damoiselles

chantent et s'ébaudissent.--Belle est la cérémonie, et chacun se presse

pour la voir.

«Sainte Marie, s'est écrié tout-à-coup le duc, sauvez-moi et tous mes

amis!.... le cœur me manque;.... je suis étourdi;.... il me semble que

la foudre va tomber..... Dieu, vous qui savez ce qui doit m'advenir,

prononcez bien vite; mais, je vous en conjure, délivrez-moi de tous

maux.»

Accablé de ces pressentiments, le Lorrain s'étoit assis sous un

olivier, triste, dolent et se soutenant à peine.--Autour de lui

s'étoient rangés ses gentils chevaliers et les belles dames aux visages

simples.--Il avoit les yeux tournés vers la route ferrée, quand il

aperçut s'avancer sur le pont les gens qui portoient Bégues dans la

bière.

«Je vois, dit le duc, une troupe de cavaliers venir.--Par la foi que

je dois à saint Martin, ils me paroissent étrangers.--Seigneurs,

attendons-les, s'il vous plaît.»

Fragments d'épopées romanes du XIIe siècle traduits et annotés par Edward le Glay · 第 52 / 63 题