Thiébaut le larron, frère au fier Estormi de Bourges, les écoutoit
deviser de la sorte. «Seigneurs, dit-il, en s'approchant d'eux, je
connois bien le braconnier que vous allez surprendre.--J'irai avec
vous, si cela ne vous déplaît.»
--«Oui, viens, répondent-ils; tu nous seras utile.»
Lors ils se sont dirigés vers le lieu où le forestier a laissé Bégues.
Le Lorrain est assis sous le tremble, un pied posé sur le corps du
sanglier, et ses chiens sont couchés à ses côtés.--A cet aspect, les
misérables demeurent émerveillés.
«Par les yeux de mon chef, dit Thiébaut, c'est un larron bien coutumier
de battre les forêts et de chasser les sangliers. S'il nous échappe,
nous sommes ensorcelés.»
Et tous ensemble, ils l'entourent en s'écriant: «Ohé! toi qui es assis
sur ce tronc, es-tu veneur, et qui t'a permis d'occire ce sanglier?--La
forêt appartient à quinze propriétaires; personne n'y chasse sans leur
agrément, et la seigneurie en est au vieux Fromont.--Restes coi, nous
allons te lier pour t'emmener à Lens.»
--«Seigneurs, dit Bégues, pour le Dieu du ciel, respectez-moi, car je
suis chevalier. Si j'ai forfait contre le vieux Fromont, je lui en
rendrai raison de bonne volonté.--Le duc Garin donnera pour moi ôtages,
ainsi que messire le roi de France et mes enfants, et mon neveu Aubri
le Bourguignon.»--Puis, se reprenant:--«Mais, je viens de parler comme
un homme sans cœur. Que Dieu me confonde à toujours, si je me laisse
saisir par sept vauriens de cette espèce.--Avant de mourir, je vendrai
chèrement ma vie!»