Le forestier aperçoit le riche équipement et le cheval coursier du
comte; il aperçoit ses hauts de chausses, les éperons d'or, et le
superbe cor d'ivoire entouré de neuf viroles d'or, qui lui pend au
cou, attaché avec une bande d'étoffe verte magnifique.--Le duc a dans
la main son épée, dont la lame est large d'un demi-pied: c'est la plus
belle arme qui soit sous le ciel. Devant lui se tient son destrier
hennissant, piaffant et labourant du pied la terre.--Le misérable a vu
tout cela, et court droit à Lens en porter la nouvelle à Fromont.
Le comte Fromont est assis au manger avec ses barons. Le mauvais larron
ne l'ose aborder. Il appelle le sénéchal et, lui parlant à l'oreille:
«Sire, dit-il, je m'allois promener dans le bois, quand j'aperçus
le loin un orgueilleux veneur; c'est, ma foi, le plus bel homme, le
plus grand et le mieux équipé que vous ayez jamais vu. Il a arrêté un
sanglier avec trois limiers, et l'a tué d'un roide coup d'épieu. A ses
côtés se tient un superbe destrier large de poitrail et de croupe, et
à son cou pend un riche cor d'ivoire.--Si cela vous agrée, et si vous
m'en donnez la permission, Monseigneur Fromont possédera bientôt le
sanglier, les chiens, et le fameux cor d'ivoire, et vous aurez pour
votre part le bon cheval coursier.»
Le sénéchal, à ces paroles, est transporté de joie. Passant son bras
autour du forestier: «Beau doux ami, que Dieu protège ta tête.... Si
j'y gagne quelque chose, tu n'y perdras rien.»--«De tout mon cœur;
mais, s'il vous plaît, cherchez-moi des compagnons; car je n'irai pas
tout seul.»
Le sénéchal appelle six de ses affidés. «Suivez incontinent ce
forestier: si vous trouvez au bois quelque malfaiteur, tuez-le, je vous
l'ordonne, et je me porte garant de cette action devant toute justice.»