III.

Le sanglier a éprouvé la bonté des chiens, et voit qu'il ne pourra

échapper en ces lieux. Il cherche à se sauver dans le bois de Gaudimont

où il a été nourri. Là, il se désaltère et se vautre dans l'eau; mais

la meute le presse et le débusque. Alors la bête aux abois fit ce qu'on

n'ouït jamais dire en aucun pays: quittant la forêt, elle se mit dans

la plaine et se laissa poursuivre l'espace de quinze grandes lieues

sans s'arrêter.--Durant cette longue course, chevaux et chasseurs se

dispersèrent; le bon destrier du fidèle Rigaut s'abattit sous lui, et

l'on perdit de vue le duc.

--Vers la troisième heure, il se mit à pleuviner: ne sachant ce

qu'étoit devenu le sire de Belin, les chasseurs retournèrent à

Valenciennes, tristes et chagrins.--Ils n'auroient pas eu tort de

s'arracher les cheveux.

Bégues montoit un cheval de prix.--Seul il poursuit la chasse avec

ardeur et voit souvent la bête.--Prenant deux de ses meilleurs chiens

entre ses bras, il les enveloppe d'un pan de sa pelisse d'hermine,

jusqu'à ce qu'ils soient bien rafraîchis et qu'ils aient repris

force et vigueur.--Alors il les lance près d'un taillis et en vue du

sanglier. Il les pique, les harcèle à l'envi, et, aux cris qu'ils

poussent, la meute encouragée s'élance sur leurs pas.

Fragments d'épopées romanes du XIIe siècle traduits et annotés par Edward le Glay · 第 41 / 63 题