II.

Le duc s'en va chasser en la forêt. Ses chiens courent en avant,

brisent les rameaux et font grand bruit.--Ils ont trouvé les traces

fumantes du sanglier.--Alors le duc demande son limier _Brochart_ que

lui amène un varlet de chiens. Le duc le prend et le délie, lui caresse

les côtes, la tête et les oreilles, afin de l'encourager, puis le lance

dans la voie.--Le limier flaire, et bientôt arrive au gîte de la bête.

--Entre deux chênes déracinés et abattus, coule le filet d'une

fontaine: c'est là que le sanglier s'étoit couché pour se rafraîchir:

dès qu'il a entendu les aboiemens des chiens, il se dresse et, au lieu

de fuir, se prend à tournoier.--Là tomba mort le gentil limier que

Bégues auroit racheté pour mille marcs d'or pur.--Furieux alors, le

duc s'avance en brandissant son épieu.--Le porc ne l'attendit pas et

prit la fuite.

Plus de dix chevaliers descendirent de leurs coursiers pour mesurer

les traces de ses pieds.--«Voyez quel démon! se disent-ils entr'eux;

ce sanglier n'a pas son pareil; ses dents lui sortent d'un pied de la

gueule.»--Ils remontent sur leurs rapides destriers, et donnent la

chasse au monstre en sonnant du cor.

Fragments d'épopées romanes du XIIe siècle traduits et annotés par Edward le Glay · 第 40 / 63 题