Bernier lui répondit: «Voilà aussi cinq ans que je l'ai promis.»

--«Eh bien, frère, dit Géri, allons-y de compagnie.»

--«Par ma foi, je vous l'accorde, repartit Bernier; indiquez le jour

que nous quitterons ces lieux.»

Le voyage est arrêté pour la huitaine après Pâques.

Le Sor retourne en son pays, et Bernier reste près de ses deux enfants

et de sa gentille femme.--Elle lui tient le discours que vous allez

entendre:

«Bernier, beau frère, vous avez beaucoup entrepris; mon père est

très-félon et fort mal avisé; il y a de la trahison en lui. Si vous lui

dites chose qui ne lui plaise point, il vous tuera sans défiance.»

--«Vous parlez mal, madame, lui répondit Bernier; il ne le feroit pas

pour le fief de Paris.»

--«Sire, dit-elle, gardez-vous toujours bien de lui; je vous en prie

pour l'amour de Dieu.»

--Et la parole en resta là.

Tant s'écoula-t-il de journées que le terme fixé arriva; alors Géri

s'en revint à Saint-Quentin, et avec lui Anciaumes et Ernaïs, deux

francs chevaliers; Bernier prit pour compagnons Garnier et Savary. Ils

vont à l'église, prennent les écharpes, et après messe, ils se mettent

à la voie.

Au moment du départir, Bernier embrassa ses fils, et puis embrassa sa

franche épouse, et elle lui, en pleurant des yeux de son visage: «Que

le Dieu qui daigna mourir pour nous sur la croix, lui dit-elle, vous

garde de mort et de péril!»

Alors Berner la baise encore une fois et ce fut la dernière; car elle

ne le vit plus que mort et étendu dans le cercueil, comme vous allez

l'apprendre en la chanson.

Fragments d'épopées romanes du XIIe siècle traduits et annotés par Edward le Glay · 第 29 / 63 题