Kœniger, que nous connaissons déjà, avait chargé Corbeau de faire
parvenir en France des mouchoirs préparés à l’encre invisible (nous en
parlerons en traitant du service chimique) et d’obtenir des
renseignements précis sur les points de chute.
Nous avons dit que les Allemands attachaient un grand prix à ces
renseignements; ils ne négligeaient rien pour se les procurer.
De notre côté ce que nous cherchions à connaître surtout, c’étaient les
espions ennemis; notre agent fut chargé par nous de recueillir plus
particulièrement des informations sur la bande du café Amodru.
Corbeau dissimulait son double métier sous un prétendu commerce de
platine qui était son paravent. Kœniger, soi-disant pour lui faciliter
l’achat de ce métal précieux, le mit en rapport avec Cayer et Murat.
Corbeau nous les signala aussitôt.
Quel était le rôle de Cayer? Extrêmement important. C’est lui qui, à
l’aide de deux femmes, organisa la reconnaissance méthodique des points
de chute à Paris.
En avril et en mai 1918 deux questions militaires préoccupaient le
service allemand: l’arrivée des Américains et les effets des
bombardements.
L’ennemi cherchait à savoir le nombre d’hommes que les Etats-Unis
pouvaient débarquer et mettre en ligne, les transports qui devaient être
utilisés par les Américains et les voies nouvelles construites entre les
ports maritimes, Paris et le front.
L’autre question était l’état moral de la population parisienne qu’on
bombardait jour et nuit avec les Berthas. Pour influencer le moral il
fallait connaître exactement le point et l’heure précise de la chute
des projectiles, et les effets produits.
C’est dans ce but que Murat avait été envoyé pour la cinquième fois à
Paris. Mais comme il avait été arrêté à la frontière, Cayer avait résolu
de le remplacer par deux femmes.