Une surveillance sévère fut organisée, et le 27 avril, à
Saint-Julien-en-Genevois, au passage d’un train de Bellegarde, on
arrêtait un individu habillé en militaire français.
C’était Murat. On trouva sur lui le kilo de cocaïne annoncé, des effets
civils, quatre faux titres de permission de convalescence à son nom,
avec le cachet de l’hôpital de Bergues (Nord), un titre de permission en
blanc muni d’un cachet d’un régiment d’artillerie coloniale, un ordre de
transport au nom de Laures qu’on sût être un sergent infirmier amant de
la sœur de Murat également infirmière à l’hôpital 17 de Lyon. On trouva
aussi une lettre destinée à Escoffier, l’insoumis suisse.
Tous les papiers étaient dissimulés dans la doublure de son pantalon.
Murat fit des aveux partiels d’abord, puis avoua avoir été chercher des
renseignements à Paris.
Il était connu comme un triste garnement. Il avait été incorporé le 23
novembre 1913, et le 16 juin 1914 il était déjà condamné par le Conseil
de Guerre de la 13ᵉ région à un an de prison pour outrages et menaces
envers un supérieur.
Comme soldat, pendant la guerre, Murat fut un lâche. Lors des combats de
Sarrebourg, en 1914, il avait disparu une première fois. Son adjudant
disait de lui: «Très mauvais soldat, discutant les ordres, n’obéissant
pas, recherchant toutes les occasions de fuir le combat». Son chef de
section, le sous-lieutenant Fonlupt, déclarait qu’il s’était signalé à
la compagnie par «son manque de courage». Son camarade Beaumont
affirmait que c’était «une forte tête», déclarant à tout propos qu’il
«se barrerait et ne se ferait pas tuer.»
Au combat de Xoffenvillers (Vosges), le 27 août 1914, son capitaine dut
le menacer de son revolver pour l’empêcher de fuir.
Murat avait une autre terreur: celle d’être fusillé.
Après avoir déserté en septembre 1914 au combat de Dreslincourt, il
était venu à Paris, avait volé des effets civils et s’était rendu à
Lyon, où, en novembre 1916, il rencontra Franciscoud qu’il rejoignit à
Genève. C’est là, dit-il, qu’il «trouva» quatre livrets militaires qu’il
remplit au nom de Paul Fournier en ajoutant la mention «Réformé nº 2, à
Lyon».
En décembre 1915, il vint habiter Paris, fit connaissance de la femme
Bouvet, puis en 1916 passa en Suisse et se fit embaucher à l’usine de la
Motosacoche sous le nom de Lutger, nom du beau-frère du tenancier du
café Amodru.
A Paris, il avait été signalé comme s’étant rendu, soi-disant pour
acheter du platine, chez le bijoutier Beaudart, «honorable
commerçant»--qui fut condamné à sept ans de réclusion pour vol de
bijoux.
Telle est la biographie de Elie Murat. On verra par la suite de cette
histoire qu’elle s’est terminée par une condamnation aux travaux forcés
à perpétuité et une évasion.
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