Mais voici le comble: Constantin était surveillé et contrôlé par un
inspecteur supérieur allemand! Mlle Docktor avait appris ses relations
avec la danseuse et elle lui avait fait dire qu’«elle ne voulait plus
que ça continuât», à moins qu’il ne parvînt à enrôler la jeune femme
dans le service allemand--ce qu’il avait tenté de faire, on s’en
souvient.
Le Grec affectait une grande terreur quand il parlait de Mlle Docktor.
Il savait qu’elle était capable, a-t-il affirmé, de le dénoncer à la
police française ou anglaise s’il n’exécutait pas à la lettre ses
instructions. Elle ne reculait devant aucun moyen, et on racontait
qu’elle avait elle-même tué d’un coup de revolver un agent qu’elle
soupçonnait de trahison.
Constantin ajoutait: «Que de morts subites inexpliquées! Les romanciers
n’ont rien inventé; ils sont au-dessous de la réalité.»
Il avoua avoir adressé des rapports sur les questions suivantes:
Etat d’esprit des populations, chances d’un mouvement révolutionnaire et
possibilités de le provoquer.
Renseignements sur la mise en état de défense de la région parisienne et
mouvements de troupes dans le camp retranché.
Sorties des navires des ports de Boulogne, Calais, Le Havre,
Saint-Nazaire.
Liste d’établissements travaillant pour la guerre et la marine.
Compte rendu de ses voyages à Toul, Verdun, Epinal et Belfort.
Au cours d’une de ses visites dans la zone des armées, il avait été
arrêté à Amiens, sur la dénonciation d’un employé de chemin de fer à qui
«sa tête ne revenait pas». Mais le commissaire spécial, après avoir
reconnu qu’il avait à faire «à un journaliste ami de l’Entente»,
l’avait remis presque aussitôt en liberté.
Enfin, il avait été chargé par Mlle Docktor d’une mission spéciale en
Angleterre, où il avait rencontré, par hasard, l’agent principal de
l’espionnage allemand, qu’il avait feint, conformément à sa consigne, de
ne pas reconnaître. Il était resté une quinzaine à Londres, y avait
recueilli des informations utiles sur les envois de troupes anglaises en
France et était revenu à Paris par Dieppe.