UN CRI DE RAGE

A cet instant, le Grec aperçut sur la cheminée de la chambre d’Yvonne le

portrait d’un jeune soldat en tenue de campagne:

--Qui est-ce? demanda-t-il impérieusement. Votre frère, ou votre

amant?... Je ne vois pas le numéro de son régiment: donnez-le moi!

--Je l’ai oublié.

Alors, avec un accent de rage, Constantin grinça:

--C’est dommage que je ne le sache pas, car j’aurais fait décimer tout

le régiment.

Yvonne, qui a raconté cette scène, avoua que, dès ce moment, elle était

fixée: elle avait la conviction que Constantin était un espion.

Constantin devait se perdre tout à fait par ses vantardises. Apercevant

un jour la camériste d’Yvonne qui, une lettre à la main, pleurait, il

demanda la cause de ce grand chagrin.

--Mon mari est prisonnier en Allemagne, raconta la femme de chambre.

--Votre mari est prisonnier? Mais ne pleurez pas. Dites-moi où il est,

le numéro de son corps et de son régiment et je me charge de le faire

revenir sans délai!

--Je ne veux rien devoir aux Boches, répondit la camériste. Monsieur a

sans doute des relations en Allemagne?

--C’est possible, répondit Constantin. Je suis neutre et j’ai le droit

d’avoir eu et d’avoir encore de hautes relations à Berlin.

Un soir le Grec, qui n’avait pas voulu aller à l’Opéra-Comique «parce

que c’était de la musique française», pria Yvonne de congédier sa femme

de chambre, car il avait des «révélations» à lui faire.

Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia · 第 58 / 134 题