Un matin, une fanfare retentit dans la rue. Constantin, qui était avec
la danseuse, dégringola l’escalier quatre à quatre et, sur le trottoir,
se mit à examiner attentivement les soldats qui passaient.
--Qu’est-ce qui vous a pris? demanda Yvonne.
--J’aime et j’admire les soldats français. Je voulais les voir défiler
de près.
Et, machinalement, il répéta à plusieurs reprises un nombre composé de
trois chiffres. C’était le numéro du régiment qui venait de défiler.
Puis il reprit la conversation:
--Est-ce que vous connaissez des officiers? J’adore les officiers; ce
sont généralement des hommes instruits et bien élevés. L’autre jour,
vous en avez rencontré un: ne pourriez-vous me présenter?
La danseuse promit et le Grec, mis en confiance, continua (c’est Yvonne
elle-même qui raconte la scène):
--Je voudrais bien vous dire bien des choses, fit Constantin dans un
élan de passion plus ou moins feinte... Mais je vous crains beaucoup!
--Vous avez bien tort. Je suis une femme capable de garder un secret.
Alors, d’une voix âpre et légèrement troublante, il demanda:
--Vous devez avoir beaucoup de relations?
--Certes.
--Dans le monde des théâtres seulement?
--Mais non, dans tous les mondes.
--La politique?... L’armée?
--Oui.
Il réfléchit un instant, puis, regardant fixement la danseuse:
--Il ne tiendrait qu’à vous de gagner beaucoup d’argent, une véritable
fortune si vous vouliez... Je vous dirai comment plus tard... Dites-moi
tout de suite: savez-vous où se trouve en ce moment le général Joffre?
--Je ne m’occupe guère des déplacements du généralissime.