Constantin--appelons-le Constantin tout court--parlait le grec, le
roumain, l’espagnol, l’anglais et l’allemand. La danseuse aussi. Une
première gaffe attira l’attention de celle-ci:
--Mon père, raconta Constantin, me fait une pension de 1.800 francs par
mois. En plus, je touche de fortes commissions sur toutes les affaires
que je fais pour lui en Europe...
Il s’était présenté comme artiste. Yvonne en fit la remarque, sans
insister. Puis un flirt en règle commença.
C’était le jour où parvenait à Paris la nouvelle du torpillage du
_Lusitania_. Constantin essaya d’excuser ce crime en prétendant que le
navire devait porter des munitions, et il ajouta:
--Les Allemands sont forts... Les Alliés auront du mal, beaucoup de mal
à les vaincre. Il n’importe: buvons à la France!
Sur tous les événements, Constantin donnait, à voix très haute, une
opinion d’abord favorable aux Alliés, puis nettement pessimiste et
défaitiste.
Le Grec ne cessait de se vanter.
--J’ai un très bel appartement boulevard Haussmann (c’était au 118), que
j’ai loué à raison de cent cinquante francs par mois.
--A ce prix, vous ne devez pas avoir quelque chose d’extraordinaire, fit
remarquer la danseuse qui ne laissait jamais passer une occasion de le
«coller».
Pour se venger, Constantin, sans la prévenir, alla louer un appartement
contigu au sien. Il voulait ainsi s’imposer à la jeune femme. Mais
celle-ci, à son tour, déménagea. Le Grec la poursuivit, et, sous
prétexte qu’il était malade, obtint qu’elle viendrait lui faire visite
dans une mansarde qui était son domicile réel.