DEVANT LA CELLULE

Le cortège avançait maintenant dans un sombre couloir à peine éclairé

par quelques becs de gaz vacillant. Le bruit des pas lourds retentissait

bruyamment dans les corridors: on marche toujours ainsi vers la cellule

des condamnés à mort en faisant le plus de bruit possible dans la pensée

de trouver le condamné éveillé.

C’est une minute tragique que celle qui précède l’arrivée devant la

porte fatale. On se dit que, à quelques mètres, il y a là un être humain

qui dort, qui rêve ou qui pense, qui espère certainement, et que, dans

quelques secondes, cet être va être bouleversé, terrorisé à l’annonce

brutale qu’il va mourir.

Cet instant est véritablement terrible. Chaque fois que je me suis

trouvé dans le lugubre cortège allant frapper à la porte du

condamné--j’ai conduit à la mort une vingtaine de traîtres et

d’espions--j’ai senti mon cœur battre avec violence et j’ai éprouvé une

angoisse indicible.

Cette fois, il s’agissait d’une femme, jeune encore, célébrée dans tous

les cénacles comme la déesse de la danse, la prêtresse de l’amour,

l’incarnation de la poésie et de la beauté. «Son corps onduleux

flottait avec une grâce infinie parmi le désordre des voiles et

l’ivresse des parfums»,--cette phrase d’un de ses adorateurs me revenait

à l’esprit--et toute cette chair rose, vivante, pensante, palpitante,

n’allait plus être dans quelques heures qu’une masse hideuse...

Mais je me reportais vite au magistral réquisitoire du lieutenant Mornay

évoquant la mort de nos soldats, les souffrances des blessés, les larmes

des mères et des enfants. «Le mal que cette femme a fait est incroyable:

c’est peut-être la plus grande espionne du siècle.»

Allons! Allons, pas de pitié.

Le chemin pour arriver jusqu’à la cellule de Mata me parut tout de même

long. Encore un couloir. C’est ici. Le verrou est poussé brusquement

avec fracas. La porte s’ouvre...

Le lit de Mata-Hari se trouvait à gauche dans le fond de la cellule. Les

deux autres couchettes étaient placées perpendiculairement de chaque

côté: les auxiliaires qui l’occupaient, réveillés en sursaut, se

frottaient les yeux, hésitant sur ce qu’elles devaient faire au milieu

de tous ces hommes qui les entouraient tout à coup: elles prirent le

parti de s’habiller.

Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia · 第 35 / 134 题