TERRE. Tomber _à terre_, et tomber _par terre_, ne signifient pas
tout-à-fait la même chose. Ce qui tombe _à terre_ tient à la
terre; ce qui tombe _par terre_ n'y tient pas. C'est la
distinction que met Roubaud entre ces deux locutions.
La distinction qu'établit ici M. Molard, entre _tomber à terre_ et
_tomber par terre_, est exprimée en termes si obscurs, que j'ai déjà
vu bien des personnes qu'elle a embarrassées. Mais son principal
défaut n'est pas d'être en quelque sorte inintelligible pour ceux qui
n'y apportent qu'une attention ordinaire; elle est absolument fausse.
Pour être exact, M. Molard devoit dire tout le contraire de ce qu'il a
dit. _Tomber par terre_ se dit d'une personne ou d'une chose qui
étant déjà _à terre_, tombe de sa hauteur; et _tomber à terre_ ne doit
s'employer qu'en parlant d'une personne ou d'un objet qui étant élevé
au-dessus de terre, tombe de haut. Cette distinction est de l'abbé
Girard. «Un homme, dit-il, qui passe dans une rue et qui vient à
tomber, _tombe par terre_, et non _à terre_, car il y est déjà. Mais
un couvreur à qui le pied manque sur un toit, _tombe à terre_, et non
_par terre_.»
M. Molard cite à l'appui de son opinion, l'abbé Roubaud. M. Molard se
trompe; l'abbé Roubaud, dans ses Synonymes, n'a rien écrit sur le
verbe _tomber_.