RIEN. Le mot _rien_ n'admet jamais les mots _pas_ et _point_, qui
sont le complément de la négation. Ainsi Racine _a eu tort_ de
dire dans les Plaideurs:
On ne veut _pas rien_ faire ici qui vous déplaise.
La décision que l'on vient de lire est juste. Mais d'après les termes
dont M. Molard se sert en condamnant une phrase vicieuse en
elle-même, on pourroit croire que Racine ignoroit qu'il ne faut pas
construire le mot _rien_ avec la négation _pas_, et l'on _auroit
tort_.
Autrefois, rien n'étoit plus commun dans certaines classes de la
société, que la locution vicieuse dont il s'agit ici. Racine l'a
placée à dessein dans la bouche du fils de Dandin, Léandre, qui, dans
la scène dont il est question, joue le rôle de commissaire. C'est ce
que fait observer Louis Racine, dans ses Remarques sur les tragédies
de son père; il déclare que cette faute a été commise _exprès_. M.
Luneau-de-Boisjermain trouve, il est vrai, cette apologie _puérile_;
cela n'étonne pas dans un homme qui s'imaginoit savoir mieux le
françois que celui dont il commentoit les oeuvres. L'abbé d'Olivet,
critique beaucoup plus éclairé, dit positivement: «Racine n'a usé de
ce barbarisme que pour faire rire.» Je n'ignore pas que ce Grammairien
ajoute: «Pourquoi chercher dans un langage corrompu le germe de la
bonne plaisanterie?» Mais cette question peut aussi bien s'appliquer
à ces vers:
Quand je vois les états des Babyboniens,
Transférés des Serpens aux Nacédoniens, etc.
qu'au vers qui fait le sujet de cet article. Comme ce _tort_, si c'en
est un, n'est pas celui que reproche M. Molard, et n'a aucun rapport à
la Grammaire, je ne m'y arrêterai pas.