LA COMÈTE.

A Paris, dans presque toute la France et dans une partie de l'Europe, on

a déjà vu le nouvel astre qui vient de paraître d'une manière si

complètement imprévue. On a admiré cette magnifique traînée lumineuse

qui occupe environ le quart d'une demi-circonférence tracée à la surface

de la voûte céleste. On a interrogé nos astronomes avec un empressement

qui n'a pas toujours été éclairé, mais qui dénote du moins une louable

curiosité des choses propres à élever l'esprit vers la contemplation des

grandes lois de la nature. Nous sommes donc heureux de fournir à nos

lecteurs quelques renseignements de l'authenticité desquels nous pouvons

leur répondre.

On dit, mais rien ne prouve encore, que la comète a été observée à Nice

le 14 mars, et qu'elle l'a été à Madrid même avant cette époque. En

France, le premier qui l'ait aperçue est, dit-on, un officier de ligne

faisant sa ronde le 14, à Auxonne, où il est en garnison. Elle a été vue

en divers lieux les jours suivants: à Paris, on n'a pu l'apercevoir

avant le 17, et il est facile de se rendre compte des causes qui ont

empêché qu'elle y fût signalée auparavant. En effet, en compulsant les

registres météorologiques de l'Observatoire, on reconnaît qu'à partir du

7, jour où le beau temps avait régné, le ciel a été constamment couvert

jusqu'au 14 inclusivement. Le 15, il s'était éclairci; mais la lune

était levée même avant le coucher du soleil, et comme elle donnait

presque dans son plein, sa lumière éclipsait complètement la lumière

beaucoup plus faible de la comète. Le 16, la lune était pleine; elle

était levée bien avant la fin du crépuscule, et l'horizon était couvert

de vapeurs.--Enfin, le 17, les astronomes de l'Observatoire, faisant une

revue générale et rapide du ciel, vers 7 heures 3/4, au moment où, le

crépuscule finissait et la lune n'étant pas encore levée, on pouvait

reconnaître le ciel étoilé, aperçurent le phénomène qui se manifestait

d'une manière si brillante sur l'horizon de Paris. Ils recherchèrent la

direction et la longueur angulaire de la traînée lumineuse, qu'ils

attribuèrent tout d'abord à une queue de comète; mais le noyau de

l'astre était encore trop près de l'horizon pour qu'il leur fût possible

de l'apercevoir. L'angle mesuré fut trouvé d'environ 39°. Le lendemain

18 et le surlendemain 19, toutes les dispositions étant prises d'avance,

on a pu observer le noyau assez brillant de la comète. Son diamètre

apparent était de 2 à trois minutes. Il se trouvait à un degré environ à

l'est de l'étoile êta, de la constellation de l'_Eridan_: la queue

finissait à près de deux degrés au-dessus de l'étoile êta, du _Lièvre_.

La longueur apparente de cette queue était ainsi d'environ 43°; sa

largeur était d'un degré moyennement; elle restait très-mince dans toute

son étendue, et ne soutendait vers son extrémité opposée au noyau qu'un

angle d'environ un degré un quart. Elle paraissait très-légèrement

infléchie vers cette même extrémité dans la direction de la position

qu'elle venait de quitter, ce qui est une loi générale pour toutes les

comètes. Une particularité très-digne d'attention, c'est que la queue

offre, sur toute sa largeur, une teinte d'une intensité à peu près

uniforme, tandis qu'ordinairement la queue des comètes est composée de

deux parties plus intenses vers les bords, séparées par une bande

centrale obscure, ce que l'on explique en attribuant à ce corps lumineux

la forme d'un cône que nous voyons par le côté.

Pour déterminer les éléments caractéristiques de la comète, et pour

décider si, dans les catalogues, il s'en trouve une qui offre avec

celle-ci des différences assez peu notables pour qu'elle puisse être

rangée au nombre des astres périodiques, il faudrait une troisième

observation, et malheureusement le mauvais état du ciel n'a pas permis

de la faire jusqu'à ce jour. Ce contre-temps est d'autant plus

regrettable, que la détermination des éléments paraboliques perdra de sa

certitude si un intervalle trop long vient à séparer la troisième des

deux premières. Cependant la comparaison de celles-ci a fait reconnaître

que le mouvement apparent de l'astre est lent; qu'il a lieu dans le sens

de l'ouest à l'est et du sud au nord, ce que les astronomes expriment en

disant qu'il est direct en ascension droite et d'environ 2 degrés par

jour, et que la déclinaison australe diminue, la comète se rapprochant

de l'équateur d'environ 20' de degré en 24 heures.

M. Arago a soumis l'astre à l'épreuve d'un instrument remarquable dont

il est l'inventeur, et à l'aide duquel il est possible de reconnaître si

la lumière que nous envoie un objet lui appartient en propre, ou si elle

est simplement réfléchie. Jusqu'à présent on n'a reconnu aucune trace de

_polarisation_ dans la lumière de la nouvelle comète; d'où l'on conclut

que cet astre brille d'un éclat qui lui est propre, et ne nous réfléchit

pas une fraction appréciable de la lumière du soleil.

Notre gravure donnera une idée assez exacte de la position qu'occupait

et de l'apparence qu'offrait la comète le dimanche 19, vers 7 heures et

demie du soir, pour un spectateur parisien. La ligne inférieure

représente le bord de l'horizon. Un voit que le noyau est placé près de

l'étoile gamma, de L'_Eridan_ et que la queue se termine aussi près de

l'étoile gamma, du _Lièvre_. A gauche et vers le haut de notre figure,

_Syrius_, l'étoile la plus brillante du ciel, est indiquée par la lettre

S. Au-dessus de la queue de la comète, on voit la belle constellation

d'_Orion_, dont _Rigel_ (l'étoile marquée R) occupe la partie

inférieure, et les _Trois Rois_ la partie moyenne. _Aldébaran_ ou

_l'Oeil de Taureau_ est placé à droite, vers le bord supérieur; les

_Hyades_, étoiles moins brillantes, sont groupées vers sa droite.

La région du ciel que nous venons de décrire sommairement se trouve

actuellement vers le sud-ouest entre 7 heures et demie et 8 heures du

soir. Elle sera facilement reconnaissable pour tout lecteur qui aura

notre gravure sous les yeux. C'est vers elle qu'il faudra chercher la

comète, lorsque les circonstances atmosphériques le permettront.

L'Illustration, No. 0004, 25 Mars 1843 · 第 11 / 15 题