DES CLAVIERS TYPOGRAPHIQUES.

L'emploi d'organes mécaniques fonctionnant avec régularité dans une

foule d'opérations matérielles exécutées naguère encore par la main de

l'homme, est le caractère le plus saillant des tendances de l'industrie

moderne. L'introduction des machines dans les ateliers est un bienfait

qui ne mérite pas moins d'être signalé, au point de vue de la dignité

humaine, que pour les conséquences matérielles qui en résultent,

notamment dans l'économie des frais de production. Mais les difficultés

que présentent l'invention et la mise à exécution des machines

augmentent singulièrement à mesure que la part de l'intelligence de

l'ouvrier est plus nécessaire pour le diriger dans l'exercice de sa

profession.

Tel est le cas pour l'art typographique. On sait, en effet, que le

_compositeur_ place les lettres une à une dans le _composteur_, préparé

d'avance pour la justification; et qu'au fur et à mesure de la lecture

de la _copie_ qu'il a sous les yeux, sa main va chercher les caractères

dans les compartiments ou _cassetins_ de la boîte ou _casse_, où ils

sont rangés par _sortes._. Il y a donc dans la _composition_ en

caractères mobiles deux opérations très-distinctes, la lecture et le

placement des caractères. Quoique l'une d'elles soit purement

matérielle, on conçoit toutes les difficultés qui se présentent

lorsqu'il s'agit de l'assujettir à des procédés mécaniques réguliers,

tout en se servant, pour la guider, de l'intelligence du compositeur.

Il n'est donc pas étonnant que la curiosité publique ait été, dans ces

derniers temps, vivement excitée par l'annonce de machines

typographiques. Parmi celles-ci, il y en a trois surtout qui doivent

être citées d'une manière particulière, parce qu'elles sont livrées à

l'industrie ou à un degré de confection déjà fort avancé.

CLAVIER DE MM. YOUNG ET DELCAMBRE.--La machine de MM. Young et Delcambre

est une machine terminée et prête à prendre place dans les ateliers. Les

inventeurs l'ont-ils montrée à plusieurs imprimeurs de Paris à l'état de

travail, on au moins fonctionnant de manière qu'on puisse en apprécier

les résultats? Elle est représentée dans notre figure 1.

La machine à composer se compose de quatre parties principales, savoir:

1º Un clavier horizontal portant autant de touches qu'il y a de lettres

chaque touche porte l'empreinte de la lettre qu'elle doit faire mouvoir.

A chacune correspond une tige verticale qui fait mouvoir horizontalement

un couteau placé dans un plan supérieur, pour chaque mouvement imprimé à

la touche. Les voyelles et les consonnes sont placées au milieu, les

autres lettres, accents, capitales; etc., sont disposés sur les côtés,

en rapprochant aussi du milieu les lettres les plus fines, comme le

point, la virgule, afin de diminuer la longueur de la course qu'elles

ont à faire sur le plateau dont nous parlons plus loin.

2º Un plan supérieur, sur lequel se meuvent les couteaux dont nous

venons de parler. A gauche de chacun d'eux est une bande de cuivre

presque verticale, creusée à l'intérieur. Dans ce vide se placent les

caractères d'une sorte, posant sur leur frotterie, et composés tous du

même sens. Chaque mouvement de touche faisant mouvoir le couteau

correspondant (un peu moins épais que la lettre de la rainure voisine),

une lettre sera poussée, et celle-ci tombera par le vide qui est

pratiqué à côté de l'endroit où elle posait.

3º Un grand plateau en cuivre incliné à 45° placé en avant du plan sur

lequel posent les caractères. Dans ce plateau sont pratiquées autant de

rainures qu'il y a de lettres, et destinées: à les recevoir quand elles

viennent de quitter leur composteur. Ces rainures se réunissant toujours

de deux en deux successivement, viennent aboutir à une rainure unique,

percée à son extrémité d'un trou par lequel vient passer la lettre pour

entrer dans le composteur.

4º Un long composteur, commençant par un quart de cercle qui commence au

vide dont nous venons de parler. La partie circulaire est double, afin

que les lettres ne puissent tomber. Une petite roue à excentrique,

placée au-dessus du vide, et qu'un enfant ou le compositeur fait mouvoir

au moyen d'une pédale, pousse les lettres arrivées sur le composteur, et

fait avancer la composition sur la partie horizontale. A l'extrémité se

trouve un compositeur qui prend la composition, en forme des lignes

qu'il justifie, place les cadres, etc.

Cette machine, construite avec grand soin, fonctionne assez bien. Son

mécanisme est fort simple, et, sauf quelques accidents qui arrivent à

l'entrée des lettres dans le composteur et que nous croyons possible

d'éviter, remplit bien son but de machine à composer.

Elle est aussi remarquable par sa bonne exécution, qui lui permet

d'entrer immédiatement dans les ateliers, sans qu'il y ait trop à

redouter de dérangements et de pertes de temps, comme il arrive si

souvent dans les machines nouvelles; et l'emmagasinage des lettres est

disposé de manière à pouvoir charger la machine d'une grande quantité à

la fois, avant, ce qu'on n'avait pas encore su réaliser; enfin son prix

n'en est pas fort élevé.

CLAVIERS MÉCANIQUES DU CAPITAINE ROSENBORG--Mes machines sont, dit leur

auteur, supérieures de tout point celles de MM. Young et Delcambre.

MM. Young et Delcambre peuvent faire à l'heure une composition de 6.000

caractères; le capitaine Rosenborg en peut faire une au moins de 10.000;

et la machine à distribuer, qui, par le procédé Young et Delcambre,

occupe quatre ouvrier n'en occupe qu'un seul avec le procédé Rosenborg.

1º Machine à composer,--Le maître compositeur, assis au front de la

machine, ayant la copie devant lui, touche le clavier à mesure qu'il

lit. Le jeu des touches fait sortir de leurs cassetins les lettres

correspondantes, qui viennent se coucher sur une chaîne sans fin,

laquelle passe constamment par le milieu de la machine, de droite à

gauche. Par le mouvement de cette chaîne, les caractères, une fois

posés, seul très-promptement transportés vers le _réceptacle_, où, par

l'action d'une petite excentrique qui tourne avec une vitesse

considérable, les caractères sont rangés horizontalement, l'un au-dessus

de l'autre dans le même ordre que les touches du clavier ont été

frappées. Les lignes ainsi formées par les caractères s'ajustent sur une

partie en forme de T. Un cadran à compteur et une sonnette avertissent

le compositeur chaque fois qu'une ligne est complète. Alors il fait

tourner une petite vis qui pousse la ligne achevée au fond du

réceptacle; puis sa main droite agit sur un levier qui pousse cette

ligne dans une rainure extérieur mobile autour d'un axe. Ces opérations

s'accomplissent en moins d'une seconde. Alors l'aide-compositeur saisit

de la main gauche, comme le représente la figure 2, l'extrémité

supérieure de cette rainure, et l'ayant amenée dans une position

horizontale, il lit la ligne des caractères se tenant alors dans une

position verticale. Ayant corrigé les fautes qui ont pu se rencontrer

dans la composition, l'ouvrier, en levant un glissoir à même le fond de

la _rainure_, fait descendre tout d'un coup la ligne dans un

compartiment où il met les espaces.

Le trait principal d'innovation de cette machine est la chaîne sans fin

sur laquelle les caractères sont déposés, et par laquelle ils sont

transportés dans le réceptacle. Les avantages de cette chaîne sont que

les caractères sont poussés en droite ligne par la chaîne sans risque de

désordre, sans danger du moindre frottement; qu'autant de lettres

pourront y être placées à la fois qu'il en peut arriver de suite dans la

série non interrompue de l'alphabet; et, dans la pratique, il y a un

grand nombre de mots et syllabes que le compositeur sait bientôt

disposer de cette manière, par un seul coup sur les touches du clavier.

Par exemple, _ad, add, ail, accent_, etc., sont des mots dont les

lettres, se suivant dans l'ordre naturel, peuvent être composées par une

seule pression sur les touches; la chaîne pousse les caractères dans

l'ordre où ils y ont été déposés, et rien ne peut troubler cet

ordre.--On peut expliquer par ces _accords_ (de lettres semblables et

composées d'un seul coup) la grande rapidité de la composition

Rosenborg. Le mot _accentuation_ contient douze lettres, et exigerait

vingt-quatre mouvements de bras chez un compositeur ordinaire; mais avec

la machine Rosenborg, le mot est composé en trois coups sur les touches:

_accentu-at-ion_.

2º _Machine à distribuer_.--Cette machine, représentée figure 3, est

entièrement détachée de la précédente et fonctionne séparément. Après le

tirage, une portion de page ou de colonne de caractères est déposée dans

un compartiment. Les lignes sont amenées une à une de ce compartiment

dans un _chariot mobile_ par le moyen d'un glisseur à manche. Au sortir

de ce chariot, les lettres sont distribuées dans des cases

particulières.

Une ligne de caractères ayant été amenée du compartiment dans ce

_chariot_, le distributeur saisit de la main droite le manche du

_chariot_ et le meut vers la droite. Il lit alors la ligne qui est

dessus, et ayant, de l'index de sa main gauche, levé la touche du

clavier correspondant à la lettre la plus proche sur le devant du

_chariot_, il meut ce chariot sur la gauche jusqu'à ce qu'il soit arrêté

par l'action de la touche levée. La lettre correspondante s'échappe de

la ligne, et, tombant à travers un retrait fait pour la recevoir, elle

est conduite dans sa propre case sur la planche horizontale, tandis que,

par l'action d'une petite _excentrique_ ou _came_, elle est sans cesse

poussée en avant pour faire place à la prochaine lettre qui descendra.

De cette façon, les caractères sont distribués et arrangés en lignes,

tous les _a_ dans une ligne, tous les _b_ dans une autre, etc., tout

prêts à être replacés dans leurs compartiments correspondants de la

machine à composer. Cette opération de replacement se fait par le moyen

d'un instrument qui peut à la fois enlever deux ou trois cents lettres

de la machine à distribuer, et les transporter dans la machine à

composer.

Machines typographiques de M. Gaubert.--Ces machines ont été exécutées,

ou au moins paraissent destinées à fonctionner, au profit de

l'industrie, postérieurement à celles dont il vient d'être question.

Mais elles sont dignes d'attirer au plus haut degré l'attention de

toutes les personnes qui s'intéressent aux progrès de la mécanique

pratique; elles donnent la solution de problèmes que les devanciers de

M. Gaubert ne s'étaient même pas proposés, ou qu'ils n'avaient que

très-imparfaitement résolus; enfin elles sont dues à un de nos

compatriotes. Le lecteur concevra donc que nous entrions dans quelques

détails en ce qui concerne ces appareils.

Nous ne pouvons mieux faire, à ce sujet, que d'emprunter textuellement à

M. Séguier le rapport qu'il a fait à l'Académie des Sciences, au nom

d'une commission dont MM. Arago, Coriolis, Piobert et Gambey faisaient

aussi partie.

[Illustration: (Clavier typographique de MM. Young et Delcambre.)]

«Une curieuse, nous pourrions dire une étonnante machine a été soumise à

votre examen. M. Gaubert a appelé votre attention sur son _gérotype_,

c'est-à-dire sur son appareil à trier et classer les éléments de la

typographie..................................................

.............................................................

« La machine qui a été soumise à vos commissaires est composée de deux

parties distinctes: trier et classer les caractères livrés pêle-mêle à

son action, les emmagasiner en quantité suffisante et proportionnée au

besoin de la composition; dans les réceptacles mobiles est la fonction

difficile de la partie que l'inventeur a nommée _distribueuse_. La

partie appelée par lui _composeuse_ est uniquement chargée de faire

revenir, suivant l'ordre déterminé par l'ouvrier compositeur et à sa

volonté, les éléments typographiques, pour les assembler rapidement et

sûrement dans une forme ou un simple composteur. Pendant cet appel et

cet arrangement tout mécanique, aucun type ne doit être exposé à perdre

la bonne position qui lui a été précédemment assignée. C'est la réunion

de ces deux organes distincts, quoique solidaires, qui constitue la

pensée mécanique conçue, réalisée et livrée à votre critique. «Le

problème vient d'être sommairement énoncé; exposons les conditions de sa

solution.

«La _distribueuse_ doit recevoir pêle-mêle les éléments de la

composition typographique, c'est-à-dire les caractères, les signes de

ponctuation, les espaces, etc.; par une action _inintelligente_, elle

doit les isoler les uns des autres, les décoller; car nous supposons la

machine opérant sur les débris d'une forme rompue. Elle doit s'exercer

sur chaque type séparément, s'assurer de prime-abord s'il se présente au

classement dans une position normale, c'est-à-dire en termes

d'imprimerie, l'oeil en l'air, le pied bien tourné; elle doit ensuite le

diriger vers le réceptacle spécial qui lui est assigné; mais, comme une

composition n'est pas formée de caractères répétés en nombres égaux, il

importe que la machine puisse accumuler dans des réservoirs plus

spacieux, ou plusieurs fois reproduits, les lettres les plus fréquemment

employées. Cet emmagasinement doit être méthodique et progressif; les

caractères d'une même classe ne doivent venir remplir le second ou le

troisième réservoir de la série à laquelle ils appartiennent, qu'après

avoir complètement occupé le premier. Pour que ce travail de classement

soit vraiment utile, il faut qu'il soit rapide, sûr, par-dessus tout

économique.

«La _distribueuse_, réduite aux proportions d'un outil auxiliaire de

l'imprimeur, ne doit occuper qu'une place restreinte dans l'imprimerie.

«Les fonctions de la _composeuse_ consistent à restituer avec célérité

et fidélité, dans l'ordre assigné par la volonté de l'ouvrier

compositeur, les divers éléments de composition déjà classés par la

_distribueuse_. La _composeuse_ a reçu le caractère dans sa position

normale, c'est toujours dans cette situation qu'elle doit le rendre au

compositeur ou à la forme. Une page ainsi mécaniquement composée ne doit

présenter à corriger que des substitutions d'un élément à un autre dans

le cas d'un faux appel.

« Essayons de faire comprendre, par une simple description orale,

l'ingénieuse solution à laquelle, après un long et opiniâtre travail, M.

Gaubert est enfin arrivé.

« Imaginons des masses de caractères pris et jetés au hasard sur un plan

incliné, garni de petits canaux longitudinaux; un léger mouvement de

sassement suffit pour ébranler les caractères, ils se désunissent, se

couchent, tombent dans les canaux, les uns parallèlement à leur

direction, les autres formant avec les rigoles des angles divers. Les

premiers caractères, bien engagés dès le principe, continuent leur

descente; les autres, heurtés par leurs extrémités contre des obstacles

verticaux entre lesquels ils sont contraints à passer, prennent bientôt

une position semblable aux premiers. La superposition longitudinale, et

dans le sens des canaux, de plusieurs caractères tombés les uns sur les

autres, peut se présenter; elle doit être détruite: il suffit pour cela

de les faire passer, pendant leur descente, dans une portion de canal

doublement incliné, et sur le sens longitudinal, et sur le sens

transversal. Les rebords de cette partie sont plus bas que le plus mince

des caractères: tous ceux qui, jusque-là, ont cheminé superposés, ne

pourront éviter, en cet endroit, d'être entraînés latéralement par le

seul fait de leur propre masse. Ils tombent dans un récipient spécial,

d'où ils sont repris pour courir plus efficacement, une seconde fois,

les chances d'un meilleur engagement dans les canaux du plan incliné.

« Par la pensée, suivons les caractères: ceux bien engagés dès le

principe continuent de descendre; les autres, tombés en travers des

canaux, passent entre les obstacles, se redressent, prennent des

positions parallèles; ils s'engagent à leur tour; les caractères

superposés s'éliminent d'eux-mêmes. Les voici tous rangés les uns à la

suite des autres; ils se touchent, ils se poussent, ils vont entrer un à

un dans un premier compartiment que nous pourrions comparer au sas

d'écluse d'un canal de navigation; la porte d'amont s'ouvre, un

caractère entre. Les dimensions de l'écluse sont réglées de façon à ce

qu'un seul puisse être reçu à la fois. La porte d'amont se referme, la

porte d'aval s'ouvre à son tour pour les laisser descendre; les portes

manoeuvrent sans cesse, et tous les caractères franchissent l'écluse à

leur rang. Expliquons le but de l'écluse; pour cela, indiquons à quel

traitement le caractère y est soumis pendant son passage: chaque

caractère, ainsi momentanément parqué dans le sas de l'écluse, est comme

exploré dans toute sa longueur, nous pourrions dire plus exactement

encore, est comme tâté dans toutes ses parties par des aiguilles

verticales que des ressorts appuient sur toute sa surface. Le caractère

se trouve ainsi soumis, dans toute son étendue, à l'action des

aiguilles, à la façon des cartons de la jacquart, sur lesquels

s'appliquent de nombreuses tiges métalliques toujours prêtes à s'engager

dans les ouvertures dont ils sont convenablement percés pour opérer la

levée de certains fils de chaîne, et former le dessin de l'étoffe. Comme

le carton, le caractère a ses ouvertures; seulement elles ne consistent

que dans de simples encoches pratiquées sur ses flancs: elles varient en

nombre et en distance entre elles pour chaque espèce de type différent.

Une partie des aiguilles buttent contre la masse solide du caractère,

quelques-unes tombent sur le vide des encoches et s'y enfoncent. Le

nombre et la situation des aiguilles pénétrantes, en assignant une

position particulière à un canal mobile de raccordement entre l'écluse

et les réceptacles, règle la case dans laquelle le caractère ira

forcément se rendre à sa sortie de l'écluse. Le problème d'une direction

spéciale et certaine à donner à de nombreux caractères vers le seul

réceptacle qui leur convient, tout compliqué qu'il est, se trouve

cependant ainsi résolu simplement par l'action de telle ou telle

aiguille dans telle ou telle encoche.

« L'opération que nous venons de décrire suffit au caractère entré dans

l'écluse dans une position normale; celui-ci, reconnu dans son espèce,

est de suite dirigé sur le canal de raccordement vers son réservoir

définitif. Il en est autrement de tous les caractères arrêtés dans

l'écluse dans une position vicieuse, il importe de la rectifier; les

aiguilles, par leurs rapports avec les encoches, s'acquittent de cette

fonction avec une rigoureuse fidélité; un certain cran spécial, dit

_cran de retournement_, est pratiqué dans tous les caractères, quelle

que soit leur espèce, et à la même place. Suivant la position du

caractère dans la première écluse, ce cran correspond à des aiguilles

différentes; or, le caractère peut être mal tourné de trois façons: il

peut être couché l'oeil en bas sur l'un ou l'autre flanc, ou bien encore

l'oeil en l'air, mais sur le mauvais côté; pour détruire chacune de ces

trois fausses positions, la pénétration d'une aiguille spéciale, dans

chacun de ces cas particuliers, fait prendre au canal de raccordement

une position telle, que le caractère, au lieu d'être dirigé de suite

vers son récipient définitif, est conduit à une série de trois écluses

nouvelles, toutes trois à sas mobiles, mais chacune suivant un mode

particulier: le sas de la première écluse tourne sur lui-même, suivant

un axe longitudinal; celui de la seconde suivant un axe vertical; le

troisième pivote sur un axe transversal. Par une féconde et constante

application du principe des rapports des aiguilles aux encoches, c'est

le vice lui-même du caractère qui détermine le choix du sas d'écluse

dans lequel il sera détruit. Le caractère, versé d'un flanc sur l'autre,

tourné ou culbuté bout pour bout, sort du sas rectificateur pour

continuer sa descente, et aller rejoindre dans son réceptacle propre les

caractères de son espèce qu'une bonne position dans la première écluse a

dispensés d'une telle épuration.

«Tous les éléments de la typographie ainsi classés et emmagasinés dans

des proportions convenables, tous ramenés dans une position normale, la

composition mécanique est désormais rendue possible, même facile.

« Voyons comment M. Gaubert a résolu cette seconde partie du problème.

« Sa _composeuse_ est une machine séparée et distincte; elle puise les

éléments de composition dans les réceptacles mêmes où la _distribueuse_

les a accumulés. Ces réservoirs, convenablement chargés de caractères,

sont manuellement transportés de la première machine à la deuxième.

L'inventeur de ces mécanismes n'a point voulu qu'ils fussent

nécessairement solidaires, la rapidité d'action de chacun d'eux étant

différente. Comme nous l'avons dit, la _distribueuse_ n'est soumise qu'à

un emprunt de force mécanique inintelligente; elle peut donc être mise

en relation avec un moteur qui marcherait nuit et jour et sans repos;

elle pourrait ainsi trier des caractères pour plusieurs _composeuses_.

Les fonctions de celles-ci sont, au contraire, forcément régies par le

temps employé à la lecture et à l'appel des signes composant le

manuscrit placé sous les yeux du compositeur. Ses fonctions se trouvent

ainsi subordonnées à l'habileté de l'ouvrier. Ce n'est pas que M.

Gaubert ne pût opérer mécaniquement, par le principe qu'il a adopté et

suivi, plusieurs compositions simultanées d'un même manuscrit; il lui

suffirait, en effet, de mettre en relation plusieurs séries de formes et

de réceptacles avec une même _composeuse_; mais aujourd'hui nous devons

vous entretenir bien moins de ce que l'esprit inventif de M. Gaubert est

capable de produire que de ce qu'il a déjà exécuté et soumis à vos

commissaires. Revenons donc à la description de sa _composeuse_.

« Pour la faire plus aisément comprendre, bien qu'elle ne forme qu'un

seul tout, nous la présenterons à vos esprits comme divisée en trois

parties. Le haut reçoit les réceptacles chargés de caractères; le milieu

est occupé par un clavier; la forme, ou le simple composteur, a sa place

assignée dans le bas. L'ouvrier compositeur s'asseoit devant la machine

comme un organiste devant un orgue; il a le manuscrit devant les yeux:

sous ses doigts est un clavier. Les touches en sont aussi nombreuses que

les divers éléments typographiques nécessaires à la composition d'une

forme. La plus légère pression des doigts suffit pour faire ouvrir une

soupape dont l'extrémité inférieure de chaque récipient est munie; à

chaque mouvement du doigt, un caractère s'échappe, il tombe dans un

canal qui le conduit précisément à la place qu'il doit occuper dans la

forme: successivement les caractères arrivent et prennent position.

Pendant leur chute, ils ne sont pas abandonnés à eux-mêmes, ils sont

soigneusement préservés contre toutes les chances de perdre la bonne

position que la _distribueuse_ leur a fidèlement donnée. Chaque

caractère, quel que soit son poids, arrive à son rang; les plus lourds

ne peuvent pas devancer les plus légers, ils conservent rigoureusement

l'ordre dans lequel ils ont été appelés. Un double battement du doigt

sur une même touche amène la même lettre deux fois répétée; les mots,

les phrases se composent par le mouvement successif des doigts des deux

mains, comme se jouerait un passage musical qui ne contiendrait pas de

notes frappées ensemble; un toucher semblable à l'exécution de gammes

ascendantes et descendantes ferait tomber dans la forme les lettres de

l'alphabet de _a_ en _z_ et de _z_ en _a_. »

La seule attention imposée au compositeur est donc de bien lire son

manuscrit, de poser les doigts sur les seules touches convenables, pour

ne pas faire tomber dans la forme une lettre au lieu d'une autre. La

machine se charge de déplacer la forme à mesure qu'elle se remplit: il

paraît que c'est elle qui prend le soin de la justification.

«Vos commissaires n'ont pas vu exécuter sous leurs yeux cette délicate

fonction. L'assurance leur a été formellement donnée que le mécanisme

destiné à ce dernier travail était non-seulement conçu, mais encore en

oeuvre d'exécution. Malgré les difficultés mécaniques que cette

opération présente, vos commissaires ont foi dans l'esprit inventif de

M. Gaubert. La possibilité de ce qui lui reste à faire leur semble

garantie par ce qu'il a déjà fait. »

MISE EN PRATIQUE DES MACHINES TYPOGRAPHIQUES.--On n'est pas d'accord sur

l'économie qui peut résulter, pour les frais d'impression, de l'emploi

des machines à composer et à distribuer. Un habile ouvrier compose douze

à quinze cents et tout au plus deux mille lettres à l'heure, dans les

circonstances les plus favorables. La machine de MM. Young et Delcambre

n'en compose guère plus de sept mille; le capitaine Rosenborg prétend

que sa machine en donne vingt-quatre mille. Un journal a même prétendu

que ce nombre, pour la machine de M. Gaubert, s'élèverait à

quatre-vingt-six mille lettres à l'heure. Mais ce chiffre doit être dix

fois au moins trop considérable. Il ne peut pas en être, en effet, d'une

machine à composer comme d'un piano, par exemple. Un artiste, en

improvisant, pourra peut-être promener ses doigts sur un clavier avec

une rapidité telle qu'il agitera quatre-vingt-six mille touches en une

heure; mais un compositeur typographe n'improvise pas et ne possède pas

dans sa mémoire ce qu'il doit composer; il a devant lui sa _copie_,

écrite le plus souvent avec peu de soin. Il doit, avant de faire agir

ses doigts, lire avec attention et bien comprendre le sens de ce qu'il a

lu pour appliquer convenablement la ponctuation, l'orthographe et les

règles de la grammaire. Viennent encore l'arrêter les ratures, les

renvois dans les marges, etc., etc. Certes, on accordera qu'il faut deux

fois plus de temps à un compositeur typographe, empêché par toutes les

difficultés que l'on vient d'énumérer, pour lire un passage manuscrit

que pour lire ce même passage sur de l'imprimé. Or, pour lire les douze

colonnes d'un journal d'un bout à l'autre, sans en rien omettre, ainsi

qu'est obligé de le faire un ouvrier compositeur, il faut plus d'une

heure. Ces douze colonnes contiennent à peu près les quatre-vingt-six

mille lettres dont on parle. Il aurait donc fallu au compositeur au

moins deux heures seulement pour les lire sur sa copie; il n'aurait donc

pas pu les composer en une heure. Ce compte de quatre-vingt-six mille

lettres par heure est tellement exagéré, que, dans un rapport qu'une

commission était chargée de faire à l'association des imprimeurs, le

rapporteur n'accordait à une autre machine, également à clavier, d'un

mécanisme très-simple et d'un jeu très-facile, celle de M. Delcambre,

que quatre-vingt mille, non pas par heure, mais _par jour de dix

heures_, ce qui ne faisait que huit mille à l'heure, et l'inventeur

lui-même n'en accusait que douze. On conçoit du reste que, comme ces

machines exigent un certain nombre d'ouvriers (six à huit), dont

quelques-uns doivent être payés assez cher, il faudra que le nombre des

lettres composées soit bien considérable pour que l'économie de temps

résultant de leur emploi compose l'excédant de dépenses résultant du

capital qu'il faut y consacrer et des frais d'entretien. Dans un travail

intéressant, inséré au _Bulletin typographique_, M. C. Laboulaye évalue

à un septième seulement, tout au plus, l'économie produite par la

machine Young-Delcambre, non compris l'intérêt et l'amortissement du

capital, ni l'entretien. Il trouve que la machine de M. Gaubert pourra

donner une économie comprise entre un quart et un tiers, mais toujours

abstraction faite du prix d'achat, qu'il ne cote pas à moins de 50,000

fr., et de celui de l'entretien. Quoi qu'il en soit, dès aujourd'hui,

des claviers typographiques fonctionnent régulièrement en France et à

l'étranger. Le _London Phalanx_ annonçait dans le mois de juin 1842, que

son numéro avait été composé par une machine, et dans la livraison

suivante insérait un article dont cette machine était l'objet, et qui

avait été composé par elle pour le _Morning-Chronicle_ du 14 juin.

_Le Courrier du Nord_, dans son numéro du mardi 5 janvier 1843, nous

apprend lui-même ainsi son système de composition:

«Comprenez-vous?--Non.--Eh bien, venez voir de vos propres yeux. Que

dis-je? Venez vous exercer vous-même sur ce piano de nouvelle espèce, et

vous ferez bientôt ce que je fais moi-même, car j'avais oublié de vous

le dire en commençant, laissant de côté encre, papier et plume

métallique, c'est tout simplement à l'aide de cette machine que je vous

écris aujourd'hui. Mes mots se forment, mes phrases s'allongent sous mes

yeux, elles viennent se caser d'elles-mêmes, et, sans avoir dans l'art

typographique plus de connaissance que vous n'en avez, grâce à cette

machine quasi intelligente, me voici compositeur. C'est comme j'ai

l'honneur du vous le dire.»

[Illustration: (Clavier typographique du capitaine Rosenborg.--Fig. 1.

Machine à composer )]

De l'invention de la typographie mécanique.--M. Séguier, dans son

rapport à l'Académie des Sciences, a cité MM. Ballanche et William

Church comme ayant fait des essais remarquables dans ce genre avant MM.

Young et Delcambre. M. Mazure a aussi travaillé de concert avec M.

Gaubert, et il est arrivé de son côté, dit-on, à une solution du

problème de la distribution.

Le nom d'un philosophe et d'un littérateur de la portée de M. Ballanche,

placé ainsi au nombre de ceux qui se sont occupés avec succès du

problème de la composition mécanique, n'a rien qui doive surprendre. M.

Ballanche était imprimeur; Bélanger et Pierre Leroux ont été simples

ouvriers typographes. Celui-ci, dans une lettre adressée à M. Arago et

lue à l'Académie des Sciences le 2 janvier dernier, a rappelé que, le

premier, il y a vingt-cinq ans, il avait eu l'idée de composer des pages

d'imprimerie avec une machine, et que cette idée, il l'avait réalisée.

Il avait entrepris de faire subir une modification à l'art typographique

presque tout entier. Voici son idée fondamentale; «Au lieu de fondre

les lettres une à une, on en fondra des rayons entiers; au lieu de 25

millimètres environ de tiges, les lettres n'en auront que 7; au lieu de

composer avec la main, on composera avec une machine; enfin, au lieu de

faire des avances de papier et de tirage, on conservera les pages comme

les clichés stéréotypes.»

[Illustration: (Clavier typographique du capitaine Rosenborg.--Fig. 2.

Machine à distribuer.)]

Examinant les avantages qui doivent résulter de ce système, M. Leroux

trouvait que, «sans parler de la rapidité de la composition, et en la

comptant pour rien, il donne un important résultat, à savoir, que l'on

stéréotype ainsi sans aucuns frais, et en avançant seulement la quantité

de métal nécessaire; qu'il représente l'imprimerie mobile et le

stéréotypage à la fois, avec tous leurs avantages respectifs.»

Bibliographie.

_Un Million de Faits_. Aide-Mémoire universel des Sciences, des Arts et

des Lettres; par MM. J. AICARD, DESPORTES, PAUL GERVAIS, LÉON LALANNE,

LUDOVIC LALANNE, A LE PILEUR, CH. MARTINS, CH. VERGÉ et YOUNG. 1 vol.

grand in-18 à deux colonnes, de 24 feuilles, avec 500 gravures sur bois.

Paris, 1843. _(Dubochet et Comp.)_ Deuxième édition. 12 francs.

Le _Million de Faits_ est une encyclopédie portative. Il doit former la

hase et le complément de toutes les bibliothèques publiques ou privées,

car il s'adresse en même temps à ceux qui avaient appris mais qui

oublient, et à ceux qui ne savent pas encore. Ignorez-vous un fait

important que vous désirez connaître, ou votre mémoire est-elle

infidèle: un indice alphabétique de huit mille mots vous fournit

immédiatement le moyen de vous procurer l'instruction qui vous manque.

Est-ce une branche entière des connaissances humaines que vous vous

proposez d'étudier: jetez un coup d'oeil rapide sur la table analytique

des matières, et vous trouverez à l'instant même le traité spécial dont

vous avez besoin.--En effet, ce beau volume de 24 feuilles à 2 colonnes

de 79 lignes équivaut à 24 volumes in-8 de 379 pages.

Le titre et l'idée première du _Million de Faits_ appartiennent aux

Anglais, mais l'exécution en est toute française. Ainsi _L'Illustration_

imite, sans le copier, le journal qui parait à Londres sous le titre de

_London Illustrated News_. Le _Million of Facts_ obtint en Angleterre un

brillant succès, bien qu'une critique intelligente lui reprochât de

graves défauts: le manque de méthode, l'omission de certaines sciences

importantes, des erreurs nombreuses dans les faits, des hérésies

incroyables dans les théories. On ne pouvait donc pas songer à le

traduire; il fallut le refaire entièrement. Des écrivains déjà connus

avantageusement dans les sciences et dans la littérature se chargèrent

de cet immense travail, et résumèrent sous leur forme la plus concise

tous les résultats de quelque importance qui sont définitivement acquis

à l'esprit humain. Aussi le _Million de Faits_ français n'est-il pas

moins heureux que son rival d'outre-mer. Deux éditions épuisées en six

mois ont prouvé à ses auteurs que le public savait encore--bien que des

esprits chagrins affirment le contraire--apprécier les ouvrages sérieux

et utiles, quand ils sont conçus avec intelligence, et rédigés avec

autant de conscience que de talent.

_Colonies étrangères et Haïti_, résultats de l'émancipation anglaise,

par VICTOR SCHOELCHER. 2 vol. in-8. Paris, 1845. _(Pagnerre)_ 12 fr.,

avec une carte de Haïti.

M. Victor Schoelcher poursuit avec un zèle méritoire la grande oeuvre

qu'il a entreprise.--L'année dernière il avait, dans son ouvrage sur les

_Colonies françaises_ (1 vol. in-8), décrit l'esclavage, et prouvé qu'il

était nécessaire de l'abolir.--Ses _Etudes des colonies étrangères_, qui

viennent de paraître, compléteront le tableau, en montrant la

préparation à l'affranchissement dans les îles danoises,

l'affranchissement dans les îles anglaises, la liberté dans Haïti. «Le

lecteur, dit-il, parcourra de la sorte toutes les phases de cette haute

question: le passé, le présent, le commencement de l'avenir, l'avenir

réalisé; il verra à l'oeuvre ces hommes dont les planteurs ont contesté

l'intelligence, la bonté, l'éducabilité, et jusqu'à la ressemblance avec

l'homme; alors il pourra les juger tels qu'ils sont. Toute une race

vouée depuis des siècles à la barbarie et à l'esclavage, s'essayant à la

liberté et faisant ses premiers pas dans la civilisation, quel sublime

tableau! »

Un voyage fait, en 1841, aux colonies anglaises et aux îles espagnoles,

remplit tout le premier volume. Après avoir résumé l'histoire de l'acte

mémorable du Parlement (28 août 1833), qui prononçait l'abolition de

l'esclavage dans toutes les colonies de la Grande-Bretagne, M. Victor

Schuleher examine quels ont été, à la Dominique, à la Jamaïque et à

Antigue, les résultats de cette révolution. A Puerto-Rico et à Cuba,

l'esclavage règne encore, plus impitoyable, plus horrible, plus

dégradant que partout ailleurs; mais M. Schoelcher rappelle aux colons

espagnols ces paroles prophétiques de M. de Humboldt: «Si la législation

des Antilles et l'état de la race africaine n'éprouvent pas bientôt des

changements salutaires; si l'on continue à discuter sans agir, la

prépondérance politique passera entre les mains de ceux qui ont la force

du travail, la volonté de s'affranchir et le courage d'endurer de

longues privations. »

Les habitants des colonies danoises, Saint-Thomas et Sainte-Croix, ne

veulent d'affranchissement sous aucune forme, mais le gouverneur, M.

Peter von Scholten, use largement de son pouvoir absolu pour améliorer

la condition des esclaves, et l'émancipation française déterminerait

infailliblement celle des îles danoises.

Une intéressante histoire et une description détaillée de Haïti occupent

environ les deux tiers du second volume, qui se termine par des

réflexions sur le droit de visite et un coup d'oeil sur l'état de la

question d'affranchissement. Le tome premier renferme, en outre, l'acte

pour l'abolition de l'esclavage dans les colonies anglaises, et une

histoire abrégée de la traite.

Ce nouvel ouvrage de M. Victor Schoelcher est plein de faits curieux,

d'observations judicieuses et de nobles pensées. On sent en le lisant

qu'il est écrit par un homme de coeur, qui exagère souvent le mal qu'il

déplore comme le bien qu'il désire voir se réaliser, mais qui, du moins,

alors même qu'il se trompe, ne commet jamais une erreur volontaire dans

l'intérêt de la grande et sainte cause au triomphe de laquelle il a si

généreusement consacré sa vie.

_Voyages de la Commission scientifique du Nord en Scandinavie, en

Laponie, au Spitzberg, aux Feroë_, pendant les années 1838, 1839 et

1840, sur la concile _la Recherche_, commandée par M. Fabre, lieutenant

de vaisseau, publiés par ordre du roi, sous la direction de M. PAUL

GAIMARD, président de la Commission scientifique du Nord.--Géologie,

minéralogie, métallurgie et chimie; par M. J. DUROCHER; première partie,

première livraison. In-8 de treize feuilles trois quarts.--Paris. 1815.

_(Arthus Bertrand)_ 5 fr. 50 la livraison; 6 fr. 50 par division

séparée.

Ce bel ouvrage, dont la première livraison vient de paraître, se

composera de 20 volumes et de 7 atlas, contenant 316 planches. Il se

divisera en neuf parties, auxquelles on peut souscrire séparément: 1º

Astronomie, pendule, hydrographie, marées, 1 Vol.;--2º Météorologie, 3

vol.;--3º Magnétisme terrestre, 2 vol.;--4º Aurores boréales, 1

vol.;--5º Géologie, minéralogie, métallurgie et chimie, 2 vol.;--6º

Botanique, géographie-botanique, géographie-physique, physiologie et

médecine, 2 vol.;--7º Zoologie, 5 vol.;--8º Histoire de la Scandinavie.

Histoire littéraire. Relation du voyage, 4 vol., par M. X. MAUMIER;

Histoire et mythologie des Lapons, par M. LOESTADIUS;--9º Statistique de

la Scandinavie, de la Laponie et des Feroë, 1 vol., avec un atlas de 56

tableaux.

La France avait exploré les contrées les plus reculées des mers du Sud;

elle avait confié à ses marins de vastes missions, publié de magnifiques

ouvrages sur l'Asie, sur l'Amérique, sur l'Océanie; elle pénétrait,

après la glorieuse conquête d'Alger, dans l'intérieur de l'Afrique, et

le Nord ne nous était guère connu que par les relations des Anglais, des

Hollandais, des Allemands. La publication des _Voyages de la Commission

scientifique du Nord, en Scandinavie, en Laponie, au Spitzberg et aux

Feroë_ achèvera de combler cette lacune, qu'avait déjà remplie en partie

le _Voyage en Islande et au Groenland_ ( 7 vol. in-8 et 2 atlas de 246

planches).

_Essais de Politique industrielle_.--Souvenirs de voyages. France,

République d'Andorre, Belgique, Allemagne; par MICHEL CHEVALIER. 1 vol.

in-8, 446 pages. Paris, 1843. _(Gosselin.)_ 8 fr. Les nouveaux Souvenirs

de Voyage de M. Michel Chevalier contiennent la collection d'une série

d'articles qui ont paru depuis 1836 jusqu'en 1842 dans le _Journal des

Débats_, et l'auteur n'a pas expliqué pourquoi il réimprimait, sans les

réunir par aucun lien, ces divers _Essais de politique industrielle_.

Dès la première page le lecteur, qui cherche vainement une préface, se

trouve transporté à Liège, en 1836. Et voyez quel est l'inconvénient de

ces réimpressions textuelles: «Page 21, M. Michel Chevalier annonce que

les belges sont à parlementer avec les Prussiens, pour obtenir la

continuation des travaux du chemin de fer de Verviers à Cologne.» Cette

nouvelle pouvait avoir de l'intérêt en 1836; mais maintenant que les

négociations ont réussi, maintenant que le chemin de fer est presque

achevé, à quoi bon nous répéter que les Belges sont à parlementer? M.

Michel Chevalier a si bien compris la portée de cette objection, qu'il a

ajouté à ses articles, beaucoup trop vieux pour l'année 1843,

cinquante-deux notes de rectifications, qui font plus d'un quart du

volume, c'est-à-dire cent vingt-cinq pages environ.

De la Belgique, M. Michel Chevalier transporte son lecteur dans la

vallée de l'Ariège et dans la république d'Andorre (1837); il visite

ensuite Toulouse et Marseille (1838), puis la Bavière, la Saxe, la

Bohème et l'Autriche (1840); enfin il termine ses pérégrinations

industrielles en Alsace, où il raconte les fêtes de l'inauguration du

chemin de fer de Strasbourg à Bâle.

M. Michel Chevalier ne laisse rien perdre de ce qu'il a écrit. Outre les

rectifications dont nous avons déjà parlé, les notes renferment un

certain nombre de petits articles publiés à diverses époques par le

_Journal des Débats_. Du reste, nous nous empressons de reconnaître que

M. Michel Chevalier est un de ces écrivains dont on relit toujours les

plus légères productions avec plaisir et avec profit. _Les Essais de

politique industrielle_ doivent prendre place dans toutes les

bibliothèques à côté des _Lettres sur l'Amérique du Nord_, et du grand

ouvrage dont M. Gosselin vient de mettre en vente la dernière livraison,

_Histoire et description des voies de communication aux Etats-Unis et

des travaux d'art qui en dépendent_, 2 volumes in-4º et atlas in-folio

de 25 planches.--50 fr.

_Théorie du Jury_, ou Observations sur le jury et sur les institutions

judiciaires criminelles anciennes et modernes; par C.-F. OUDOT, ancien

conseiller à la Cour de Cassation (ouvrage posthume). 1 vol. in-8.

Paris, 18743 _(Joubert)_. 7 francs.

Avocat au Parlement de Dijon, substitut du procureur-général avant la

révolution de 1789, M. Oudot fit successivement partie de l'Assemblée

législative, de la Convention, du Conseil des Cinq-Cents et du Conseil

des Anciens. Nommé, en 1799, suppléant à la Cour de Cassation, puis

l'année suivante juge titulaire, il remplit ces honorables fonctions

jusqu'en seconde Restauration.--La loi du 12 janvier 1816 l'avait exilé,

celle du 11 septembre 1830 le rappela à Paris, où il mourut en 1841, âgé

de quatre-vingt-six ans. Pendant la majeure partie de cette vie si bien

remplie, M. Oudot travailla à son ouvrage du jury, qu'il chargea un de

ses amis de publier après sa mort. Il s'était efforcé, comme il le dit

lui-même, de réunir, dans un cadre resserré, tout ce qui lui avait

semblé propre à faire apprécier les principes essentiels du jury, à en

faire connaître l'esprit et le but, à en démontrer les avantages, afin

d'attacher les hommes libres à cette institution par tous ses motifs qui

doivent la leur rendre chère.

M. Oudot ne s'occupe que du jury en matière criminelle. Il cherche

d'abord l'origine du jury dans les anciennes institutions judiciaires

des Germains; puis il compare ces institutions avec celles qui les ont

remplacées au Moyen-Age, et avec le jury tel qu'il existe actuellement

en Angleterre, aux Etats-Unis et en France; enfin, de ce rapprochement

il déduit sa théorie du jury, c'est-à-dire les principes qui doivent

constituer le jury dans le but qu'il doit atteindre.

Dans cette seconde partie de son travail, M. Oudot a surtout examiné et

cherché à résoudre les graves questions suivantes:--1º Quels sont les

citoyens qui peuvent représenter la cité dans la mission des jurés?--2º

Quelle doit être l'étendue de leurs pouvoirs?--3º Est-il nécessaire de

soumettre l'accusation à un jury préalable?--4º Quel doit être le mode

de la formation de la décision du jury de jugement?

Le chapitre qui a pour titre: _Quelques idées sur la justice et sur le

choix des jurés_, a un intérêt de circonstance.--Longtemps avant

l'invention des _jurés probes et libres_, M. Oudot avait prédit (page

47), «que l'attribution de choisir les jurés, donnée aux préfets,

anéantirait le jury, et le convertirait en une commission judiciaire

permanente et légale.»

_Les Musées d'Espagne, d'Angleterre et de Belgique_. Guide et Memento de

l'artiste et du voyageur, faisant suite aux _Musées d'Italie_, par LOUIS

VIARDOT. 1 vol. in-18, format Charpentier.--Paris, 1843. _(Paulin.)_ 3

fr. 50.

M. Louis Viardot vient de faire pour les Musées d'Espagne, d'Angleterre

et de Belgique, ce qu'il avait fait l'année dernière pour les Musées

d'Italie, ce qu'il fera l'année prochaine pour les galeries de Munich,

de Vienne et de Berlin. Le nouveau volume de la Bibliothèque des

Connaissances utiles, mis en vente, cette semaine chez M. Paulin,

renferme une description détaillée de toutes les oeuvres d'art que

possèdent Madrid, Londres, Hamptoncourt, Bruges, Anvers et Bruxelles, et

deux curieux chapitres sur l'Alhambra et l'abbaye de Westminster. Ces

deux monuments célèbres qui, pour l'architecture et la statuaire, sont

de véritables musées, coupent, par d'autres matières, l'inévitable

monotonie des descriptions de tableaux.

Comme les Musées d'Italie, les Musées d'Espagne, d'Angleterre et de

Belgique serviront non-seulement de guide et de mémento aux artistes et

aux voyageurs, ils se recommandent encore aux amis de l'art, qui se

résignent à en étudier les monuments sans quitter leur pays.

_Histoire naturelle de l'Homme_, comprenant des recherches sur

l'influence des agents physiques et moraux considérés comme causes des

variétés qui distinguent entre elles les différentes races humaines; par

J.-C. PRITCHARD; traduite de l'anglais par le docteur F. ROULIN (40

planches gravées et coloriées et 90 figures gravées sur bois,

intercalées dans le texte). 2 vol. in-8.--Paris, 1843. _J.-B.

Baillière_, libraire de l'Académie royale de Médecine. Prix: 20 fr.

L'histoire naturelle de l'homme, dont le savant docteur Roulin publie

une traduction, s'adresse moins aux savants qu'aux gens du monde, aux

personnes qui, sans vouloir faire une étude spéciale de l'anthropologie,

désirent avoir, sur ce sujet, des notions générales. M. le docteur

Pritchard a indiqué rapidement, mais en traits distincts, d'une part,

tous les caractères physiques, c'est-à-dire les variétés de couleurs, de

physionomie, de proportions corporelles des différentes races humaines;

de l'autre, les particularités morales et intellectuelles qui servent

également à distinguer ces races les unes des autres. Il s'est en outre

efforcé de faire connaître, autant que le permettait l'état actuel de la

science, la nature et les causes de ces phénomènes de variétés. Dans ce

but, il a décrit les différentes nations dispersées sur la surface du

globe, et résumé tout ce qu'on sait du rapport qu'elles ont entre elles,

tout ce qu'ont pu faire découvrir, relativement à leur origine et à la

première période de leur histoire, les recherches historiques et

philologiques.

Cette étude achevée, ces prémisses posées, M. le docteur Pritchard en

tire lui-même, à la lin de son second volume, la conclusion suivante.

«En résumé, dit-il, si nous considérerons l'ensemble des êtres qui

jouissent de l'exercice de la raison et possèdent l'usage de la parole,

nous trouvons chez tous (quelque différence qu'ils puissent présenter

d'une famille à l'autre, sous le rapport de l'aspect extérieur) les

mêmes sentiments intérieurs, les mêmes désirs, les mêmes aversions;

tous, au fond de leur coeur, se reconnaissent soumis à l'empire de

certaines puissances invisibles; tous ont, avec une notion plus ou moins

claire du bien et du mal, la conscience du châtiment réservé au crime

par les agents d'une justice distributive, à laquelle la mort même ne

peut les soustraire; tous se montrent, quoique à différents degrés,

aptes à recevoir la culture qui développe les facultés de l'esprit, à

être éclairés par la lumière plus vive et plus pure que le christianisme

répand dans les âmes, à se conformer aux pratiques de la religion, aux

habitudes de la vie civilisée; tous, en un mot, ont même nature mentale.

Quand donc nous rapprochons de ce fait, qui est incontestable, ceux qui

se rapportent à la diversité des instincts et des autres phénomènes

psychologiques des animaux, diversité sur laquelle repose

principalement, comme nous l'avons fait voir, la distinction des

espèces, nous nous sentons pleinement autorisé à conclure que toutes les

races humaines appartiennent à une seule et même espèce, qu'elles sont

les branches d'un tronc unique.»

_Voyage où il vous plaira_, avec vignettes, notes, légendes,

commentaires, incidents, et poésies; par MM. TONY JOHANNOT, Alfred de

Musset et P.-J. STAHL. 1 vol. in-8.--Paris, 1843. _Hetzel_. 33

livraisons à 50 centimes. (Ont paru 14 livraisons.)

Le spirituel écrivain qui persiste à se cacher sous le pseudonyme de

Stahl, l'auteur des _Scènes de la Vie publique et privée des Animaux_,

n'a pris cette fois que deux collaborateurs, un homme de lettres et un

dessinateur, MM. Alfred de Musset et Tony Johannot.--Il nous est

impossible de nous prononcer sur le mérite d'un livre qui n'est pas

encore achevé, sorte d'énigme poétique dont la dernière page doit

contenir l'explication. Mais, ce qui est positif, c'est que le _Voyage

où il vous plaira_ obtient dès à présent un grand et légitime succès,

car jamais peut-être MM. Stahl et Alfred de Musset n'avaient écrit avec

un style plus pur et plus élégant un conte plus original. Soit qu'il

nous montre une jeune fille amoureusement suspendue au bras de son

fiancé, soit qu'il nous représente des êtres fantastiques et bizarres,

M. Tony Johannot fait toujours preuve d'un talent gracieux et distingué.

Les auteurs du _Voyage où il vous plaira_ peuvent donc être certains

qu'aucun des lecteurs qui ont entrepris avec eux cette charmante

excursion ne les abandonnera en route.

_Sylvio Pellico. Mes Prisons_, suivi du Discours sur les devoirs des

hommes, traduction de M. Antoine DE LATOUR; avec des chapitres inédits,

les additions de Maroncelli, et des notices littéraires et biographiques

sur plusieurs prisonniers du Spielberg--Nouvelle édition illustrée par

TONY JOHANNOT (100 gravures sur bois, dont 23 imprimées à part du

texte), 10 livraisons à 50 centimes.--Paris, 1855. _Charpentier_.

Le titre des Prisons est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en

faire l'éloge; nous annonçons seulement la publication de cette nouvelle

édition illustrée, dont la première livraison vient de paraître.

Collection de Tableaux polytechniques, par une société d'anciens élèves

de l'École polytechnique, de professeurs, etc.; sous la direction de M.

Auguste BLUM.

La plupart des connaissances humaines ont été résumées en tableaux

synoptiques. On conçoit en effet de quelle importance sont des tableaux

qui permettent d'embrasser d'un coup d'oeil un ensemble de faits, de

saisir leurs rapports et leur enchaînement, qui servent, en un mot, à

économiser le temps et à conserver des connaissances laborieusement

acquises.

Ce qu'on a fait depuis longtemps pour la géographie et pour l'histoire,

une société d'anciens élèves de l'École polytechnique essaie de le

faire pour les sciences positives, pour les mathématiques, la physique,

la chimie, pour toutes les sciences exactes enfin, soit théoriques, soit

d'application.

Cette utile collection doit contenir quatre séries où seront résumés

toutes les connaissances nécessaires pour l'admission aux écoles, tous

les cours professés dans ces écoles, à la Faculté des sciences et aux

écoles d'application.--La trigonométrie rectiligne, l'algèbre et la

physique ont déjà paru.

[Illustration.]

Nouvelles Astronomiques.

L'Illustration, No. 0004, 25 Mars 1843 · 第 10 / 15 题