XXV

Lorsque je retournai à Chinon, résolue à ne plus faire de moi

qu'un instrument utile au bien des miens et savourant dans cet

oubli de moi-même, dans cet adieu définitif à tous mes désirs

personnels, dans ce renoncement même à la joie de mieux faire,

une autre joie, d'essence plus subtile et plus haute, et qui ne

devait plus jamais me manquer, je fis l'émerveillement de tous par

la figure heureuse que l'on me voyait et que, au dire de chacun,

personne ne m'avait encore vue. J'étais inquiète autrefois,

disait-on, j'avais sans cesse l'air d'attendre quelqu'un, de

désirer un objet chimérique, de rêver à la lune! A la bonne heure!

On me trouvait, pour la première fois, satisfaite.

Et la vérité m'oblige à dire qu'en face de ce bonheur rayonnant

de moi, il ne se trouva personne, dans la maison et hors de là,

personne parmi ceux qui pourtant m'avaient enseigné la source

secrète de ma présente félicité, qui ne chuchotât:--les échos m'en

vinrent de toutes parts:--«Elle aime!... elle est aimée!...»

1910, 1911, 1912.

Madeleine, jeune femme · 第 35 / 37 题