Le lendemain, dès l’aube, Prométhée souhaita son aigle; il l’appela du
fond des rougeurs de l’aurore, et, comme le soleil paraissait, l’aigle
vint. Il avait trois plumes de plus. Prométhée sanglotait de tendresse.
--Comme tu viens tard, dit-il en caressant les plumes.
--C’est que je ne vole pas encore vite, dit l’oiseau. Je rase terre...
--Pourquoi?
--Je suis si faible!
--Que te faut-il pour voler vite?
--Ton foie.
--Tiens; mange.
Le lendemain l’aigle avait huit plumes de plus; et quelques jours après
il devançait l’aurore. Prométhée, lui, maigrissait.
--Parle-moi du dehors, lui disait Prométhée, que deviennent les autres?
--Oh! maintenant je plane, répondait l’aigle; je ne sais plus rien que
le ciel et que toi.
Ses ailes lentement s’étaient accrues.
--Bel oiseau, que racontes-tu ce matin?
--J’ai promené ma faim dans l’espace.
--Aigle! tu ne seras jamais moins cruel?
--Non! Mais je peux devenir très beau.
Prométhée, s’éprenant de la beauté future de son aigle, lui donnait
chaque jour davantage à manger.
* * * * *
Un soir, l’aigle ne partit pas.
Le lendemain non plus.
Il occupait de ses morsures le prisonnier qui l’occupait de ses
caresses, qui maigrissait et s’épuisait d’amour, tout le jour caressant
ses plumes, sommeillant la nuit sous son aile et le repaissant à
loisir.--L’aigle ne le quittait plus ni la nuit ni le jour.
--Doux aigle! qui l’eût cru?
--Que quoi?
--Que nos amours seraient charmantes.
--Ah! Prométhée...
--Tu le sais, dis, toi, mon doux aigle! pourquoi suis-je enfermé?
--Que t’importe? Ne suis-je donc pas avec toi?
--Oui; peu m’importe! Au moins es-tu content de moi, bel aigle?
--Oui, si tu me trouves très beau.