IL FAUT QU’IL CROISSE ET QUE JE DIMINUE

Et comme Prométhée s’ennuyait, au soir il appela son aigle.--L’aigle

vint.

--Je t’attendais depuis longtemps, dit Prométhée.

--Que ne m’appelais-tu donc plus tôt? répondit l’aigle.

Pour la première fois Prométhée regarda son aigle, sommairement perché

sur les barreaux tordus du cachot. Dans la dorure du couchant il

paraissait d’autant plus terne; il était gris, laid, rabougri, rechigné,

résigné, misérable; il paraissait trop faible pour voler; ce que voyant,

Prométhée pleura de pitié sur son aigle.

--Oiseau fidèle, lui dit-il, tu sembles souffrir--dis: qu’as-tu?

--J’ai faim, dit l’aigle.

--Mange, dit Prométhée en découvrant son foie.

L’oiseau mangea.

--Tu me fais mal, dit Prométhée.

Mais l’aigle ne dit rien d’autre ce jour-là.

Le Prométhée mal enchaîné · 第 26 / 50 题