EXTRAIT DES «MÉMOIRES DU PRINCE DE TALLEYRAND»

Je cherchai à marier mon neveu, Edmond de Périgord. Il était important

que le choix de la femme que je lui donnerai n'éveillât pas la

susceptibilité de Napoléon, qui ne voulait pas laisser échapper à sa

jalouse influence la destinée d'un jeune homme qui portait un des grands

noms de France. Il croyait que, quelques années auparavant, j'avais

influé sur le refus de ma nièce, la comtesse Just de Noailles, qu'il

m'avait demandée pour Eugène de Beauharnais, son fils d'adoption.

Quelque choix que je voulusse faire pour mon neveu, je devais donc

trouver l'empereur mal disposé. Il ne m'aurait pas permis de choisir en

France, car il réservait pour ses généraux dévoués les grands partis qui

s'y trouvaient. Je jetai les yeux au dehors.

J'avais souvent entendu parler, en Allemagne et en Pologne, de la

duchesse de Courlande. Je savais qu'elle était distinguée par la

noblesse de ses sentiments, par l'élévation de son caractère et par les

qualités les plus aimables et les plus brillantes. La plus jeune de ses

filles était à marier. Ce choix ne pouvait que plaire à Napoléon. Il ne

lui enlevait point un parti pour ses généraux qui auraient été refusés,

et il devait même flatter la vanité qu'il mettait à attirer en France de

grandes familles étrangères. Cette vanité l'avait, quelque temps

auparavant, porté à faire épouser au maréchal Berthier une princesse de

Bavière. Je résolus donc de faire demander pour mon neveu la princesse

Dorothée de Courlande, et, pour que l'empereur Napoléon ne pût pas

revenir, par réflexion ou par caprice, sur une approbation donnée, je

sollicitai de la bonté de l'empereur Alexandre, ami particulier de la

duchesse de Courlande, de demander lui-même à celle-ci la main de sa

fille pour mon neveu. J'eus le bonheur de l'obtenir, et le mariage se

fit à Francfort-sur-Mein, le 22 avril 1809.

(T II, p. 4).

Souvenirs de la duchesse de Dino publiés par sa petite fille, la Comtesse Jean de Castellane. · 第 60 / 61 题