15 juin 1809.

J'ai reçu hier votre aimable lettre, madame la Duchesse. Je n'avais pas

besoin d'être aussi seul et dans un lieu aussi triste que

Bourbon-l'Archambauld pour qu'elle me fît un bien grand plaisir. Vous me

paraissez avoir été contente de Rosny; je l'espérais. Vous vous serez,

suivant votre image, trouvée au milieu de gens qui vous aiment et vous

respectent, et vous avez, vous, de quoi vous plaire à la campagne. Une

vie simple et douce où l'on n'affecte rien, où l'on jouit tour à tour et

de la nature et de l'amitié a bien quelque charme pour une personne qui,

comme vous, a de l'élévation dans le caractère, du naturel, du goût et

de la grâce dans l'esprit. Je reçois des nouvelles de ma mère qui

m'inquiètent. Serait-elle donc destinée à jouir si peu de temps du

plaisir de voir sa petite-fille! Le bulletin d'aujourd'hui est meilleur

mais il ne me rassure pas encore. À combien de tribulations la vie

est-elle destinée, combien d'inquiétudes en marquent presque tous les

instants? Je ne sais pourquoi toutes mes idées sont noires. J'ai besoin

de me retrouver avec tous les miens et il faut, grâce à Dorothée, que

vous me permettiez de vous compter dans ce nombre...

Souvenirs de la duchesse de Dino publiés par sa petite fille, la Comtesse Jean de Castellane. · 第 58 / 61 题