Paris, 14 novembre 1808.
Madame,
Edmond aura l'honneur de remettre ma lettre à Votre Altesse. Elle a bien
voulu le traiter avec quelque bienveillance; il en est fier; il m'en a
parlé avec chaleur et il voudrait employer sa vie à la mériter. Je lui
dis que c'est une grande entreprise, que, m'étant un peu occupé des
affaires de l'Europe, je ne puis ignorer combien la beauté, la grâce,
l'élévation des sentiments donnent à Votre Altesse le droit d'être
difficile; il me répond qu'il sait tout cela mieux que moi qui n'ai pas
eu le bonheur d'aller à Löbikau, mais que de la bonté, de la douceur,
une conduite éprouvée dans des circonstances difficiles, un désir
continuel de plaire sont aussi quelque chose. L'empereur Alexandre a
daigné ne pas blâmer son audace, je ne dois pas avoir plus de sévérité:
puissiez-vous, Madame, n'en pas montrer davantage. Si Votre Altesse est
assez bonne pour m'en assurer, elle fera à jamais le bonheur de mon
neveu et voudra bien agréer le dévouement de toute ma famille.
Je prie Votre Altesse de recevoir avec bonté l'hommage du profond
respect avec lequel je suis de Votre Altesse Sérénissime le très humble
et très obéissant serviteur.
Paris, 7 mars 1809.
Madame,
Il m'est difficile de vous exprimer le plaisir que me donne votre lettre
et les heureuses nouvelles que m'apportent M. B*** et Edmond.
Tout ce que l'on m'indique comme pouvant vous être agréable sera fait.
Je ne regarde pas Edmond comme un simple neveu, mais comme un des
enfants de ma tendresse. J'espère que la princesse Dorothée recevra avec
quelque plaisir les marques de l'affection que je désire lui donner, les
attentions soutenues dont je tâcherai, dont toute ma famille tâchera
qu'elle soit entourée. Je sens combien il faudra les multiplier, non
pour compenser, mais pour adoucir les moments où elle sera séparée de
Votre Altesse. Je me flatte que ces moments ne seront que passagers, que
la France sera le lieu où vous serez le plus souvent. Votre Altesse veut
bien me témoigner quelque confiance, quelque bonté; elle peut être
certaine qu'il ne tiendra pas à moi de les justifier par le bonheur de
sa fille et par le dévouement respectueux qu'aura toujours pour vous,
Madame, votre très humble, etc.