Saint-Pétersbourg, 5/17 août 1805.
Un mot à ma bonne petite amie, pour la remercier des jolies lettres que
je viens de recevoir d'elle à mon arrivée ici. Il est vrai qu'elles ne
sont pas si bien écrites que plusieurs de ces charmants billets qui les
ont précédées; mais elles ont le mérite d'avoir été dictées sans
brouillon et, sous ce point de vue, elles ont le mérite d'avoir été
improvisées. C'est un titre précieux qu'elles ont à ma tendre
reconnaissance.--J'attends, chère aimable enfant, la description des
réjouissances du 21 de ce mois.--Mon Dieu, que nous étions tous loin de
penser que cette année-ci je partagerais cette journée de Pétersbourg!
La bonne amie a eu grand raison de réformer la pensée obligeante, si
vous voulez, mais franche en elle-même, de vouloir faire le bien et
s'abstenir du contraire pour plaire à ses amies.--Si vous aviez une
dette et que votre créancier dans le besoin demandât son argent,
pourriez-vous dire à une amie: «Je le payerai pour faire plaisir?» Il
faut remplir ses devoirs non seulement sans se soucier de plaire par là
à qui que ce soit, mais souvent avoir le courage de déplaire à ce qu'on
aime le mieux. Mais aussi, bonne enfant, il faut être bien sûr qu'on
remplit un vrai devoir et que nos petites passions ne s'en mêlent point.
Mes compliments à toute votre société.
Le 21 août 1805.
Dorothée II entre aujourd'hui dans sa XIIIe année. Son ancien bon ami
partage en esprit les réjouissances et les félicitations de ce beau
jour.
Les voeux qu'il forme sont aussi vrais, aussi ardents que le sentiment
qui les lui inspire.
Puisse ce jour revenir pendant de longues années, riche des progrès des
jours qui l'auront précédé!
Puisse Dorothée II mériter toujours mieux ce nom en ressemblant à son
adorable maman! enfin, qu'elle puisse répondre aux soins de son
excellente amie et combler les espérances de tout ce qui l'aime, comme: