Saint-Pétersbourg, 22 avril/3 mai.
Tandis que je vous écris, chère petite amie, il neige ici comme il n'a
pas neigé en décembre. Si cela dure deux heures encore, les traîneaux
vont reparaître pour la troisième fois et nous ne saurons que par
l'almanach que nous sommes au mois de mai.--Merci, bonne enfant, de ce
que vous me mandez sur vos efforts dans l'étude de la musique. Vous
faites en même temps une exclamation qui m'a fait bien rire: _quelle
patience il faut_, dites-vous, pour apprendre?--Jugez, chère enfant, de
celle qu'il faut avoir pour enseigner! Un bon esprit, et surtout un bon
coeur n'oubliera jamais cette deuxième partie que j'ajoute à votre
réflexion. À l'heure qu'il est les _violettes_ sont arrivées, elles ont
été admirées et accueillies par le bon tuteur avec la plus tendre
reconnaissance. Je suis charmé, bonne amie, que vous ayez commencé à
lire quelque chose de la vie de l'infortunée Marie Stuart. C'est une
histoire bien intéressante et capable d'instruire toutes les jeunes
personnes de votre sexe et de votre rang, pour qui la nature et la
fortune ont tout fait. En comparant l'enfance, la jeunesse de cette
Reine avec sa fin tragique, en suivant la marche et les progrès de ses
défauts jusqu'à ses crimes et à ses malheurs, on apprendrait à se
vaincre, à se modérer, à réfléchir, et surtout à ne se point livrer au
sentiment s'il n'est pas approuvé par la raison. Adieu, chère aimable
enfant. Bien des choses à madame Herz, etc., etc. Encore une fois adieu,
chère petite amie; le bon tuteur vous embrasse. Il est bien triste de
tout ce qui vous arrive et qui retarde son retour. Oh! quand vous saurez
tout ce que cet homme respectable a dû souffrir ici!--Aimez votre bon
ami, comme il vous aime et comme il vous aimera toute sa vie.