Le théâtre de l'Ambigu, qui semble vouloir renoncer au mélodrame, joue,
avec un succès incontestable, une pièce simple et poignante: _la Grande
Famille_, de M. Arquillière, le distingué comédien. Le sujet se déroule
en province, et trois actes sur six se passent dans une caserne, ce qui
a permis à l'auteur de nous présenter une image vivante et pittoresque
de la vie au régiment. A ce titre, c'est un document. Il a a été fort
goûté--et fort applaudi. _L'Illustration_ publiera _la Grande Famille_
dans son prochain numéro.
Le théâtre de l'Athénée détient aussi un nouveau succès. L'humoristique
comédie-vaudeville de MM. Tristan Bernard et Godfernaux, dénommée
_Triplepatte_, met en scène un viveur mondain que tous ses proches,
parents et créanciers, voudraient enfermer définitivement dans les liens
du mariage. Triplepatte, de son vrai nom le vicomte de Houdan, hésite,
manque de parole et finalement épouse celle qu'il avait fait «poser» à
la mairie. C'est un type bien parisien d'homme usé par l'inaction; la
satiété des plaisirs le laisse désemparé et sans volonté pour le bien
comme pour le mal. _Triplepatte_ est très bien interprété par
l'excellente troupe de l'Athénée et présenté au public dans une mise en
scène brillante.
Les Bouffes-Parisiens ont fait leur réouverture avec une pièce de style
anglo-américain, c'est-à-dire dépourvue de sens et de raison. Elle est
cependant intéressante parce que les chants et les danses, l'éternel
balancement des personnages, ne laissent pas au public le temps de
s'ennuyer; le musicien _des Filles Jackson et Cie_, M. Clérice, a
beaucoup de gaieté et un sens très vif des rythmes entraînants: c'est
lui qui sauve le scénario de M. Maurice Ordonneau et stimule la verve
des acteurs, dont certains sont d'ailleurs remarquables.
Au Palais-Royal, MM. Pierre Veber et Adrien Vely passent en revue, en
dix tableaux de mise en scène luxueuse, les événements de l'année
écoulée; c'est un prétexte à exhumer d'aimables vieilleries: le bal de
la Chaumière, les héros célébrés par E. Sue et par Gavarni et les
vieilles chansons d'antan. Le public prend grand plaisir à cette revue
rétrospective, comme aussi à la critique fort spirituellement faite des
principales nouveautés du temps présent.
Au Vaudeville, MM. Decourcelle et Granet viennent de donner avec un
plein succès une pièce tirée du célèbre roman de Balzac: _la Cousine
Bette_. L'adaptation au théâtre est faite avec une habileté consommée.
Une interprétation parfaite et l'exactitude historique du décor donnent
un intérêt des plus vifs à la reconstitution des moeurs et du costume de
1830, et accentuent la portée des principales situations du drame.
[Illustration: La devanture de la librairie du _Cu-Cut_.
L'atelier du _Cu-Cut_ saccagé.