Le gouvernement ottoman ayant refusé d'accepter le contrôle financier
que les grandes puissances européennes, d'un commun accord, jugeaient
nécessaire d'établir en Macédoine, les divers États intéressés ont
décidé de recourir, pour l'y contraindre, à une démonstration navale
collective. L'Allemagne, quoique déclarant hautement s'associer à cette
manifestation, s'est excusée de ne pouvoir envoyer aucun de ses bateaux
joindre l'escadre internationale; elle a prétexté qu'elle n'avait, dans
la Méditerranée, nul navire de guerre. La force navale qui s'est réunie
au Pirée, pour, de là, aller bloquer Mitylène, est donc composée, en
principal, des navires français _Charlemagne_ et _Dard_; de navires
russes, anglais, italiens et autrichiens. Le vice-amiral Ripper, de la
marine autrichienne, est investi du commandement de l'expédition.
Partie le 26 novembre du Pirée, l'escadre internationale a mouillé
quelques heures plus tard devant Mitylène. Le 28, des détachements des
équipages des diverses nationalités, au nombre de 400 hommes en tout,
débarquaient sans rencontrer aucune autre résistance qu'une protestation
diplomatique du gouverneur et occupaient la douane et le télégraphe.
[Illustration: Bombes découvertes dans l'hôtel allemand «Kroecker», sous
le grand escalier.]
[Illustration: Bombes découvertes au «cercle d'Orient», fréquenté par
les représentants des puissances étrangères à Constantinople. (La petite
pèse 8 kilogrammes; la grosse, 50 kilogrammes.)]
On se souvient qu'en 1901 déjà, lors de l'incident franco-turc auquel
avait donné lieu le règlement des créances Tubini-Lorando, c'est
également sur Mitylène que s'était dirigée la flotte de l'amiral
Caillard. C'est l'une des îles les plus riches de l'Archipel, l'ancienne
Lesbos, la patrie de la poétesse Sapho. Elle fut fortifiée au moyen âge.
Mais de ses remparts il ne demeure que des débris. Sa capitale, Mitylène
ou Mételin, qu'occupent les marins de l'escadre, est pittoresquement
bâtie en amphithéâtre, au-dessus d'un port peu sûr, à cause de son
manque de profondeur. Mais l'île a deux autres ports, Kalloni et les
Oliviers, véritables mers intérieures, qui sont d'admirables abris pour
les navires.
Cette action contre Mitylène n'a d'ailleurs pas suffi et,
ultérieurement, l'escadre a dû occuper une autre île, Lemnos.