De la tolérance en fait de religion.
Nous sommes ici politiques, et non pas théologiens; et, pour les
théologiens mêmes, il y a bien de la différence entre tolérer une
religion et l'approuver.
Lorsque les lois d'un État ont cru devoir souffrir plusieurs
religions, il faut qu'elles les obligent aussi à se tolérer entre
elles. C'est un principe, que toute religion qui est réprimée devient
elle-même réprimante; car sitôt que, par quelque hasard, elle peut
sortir de l'oppression, elle attaque la religion qui l'a réprimée, non
pas comme une religion, mais comme une tyrannie.
Il est donc utile que les lois exigent de ces diverses religions, non
seulement qu'elles ne troublent pas l'État, mais aussi qu'elles ne se
troublent pas entre elles. Un citoyen ne satisfait point aux lois en
se contentant de ne pas agiter le corps de l'État: il faut encore
qu'il ne trouble pas quelque citoyen que ce soit.