CHAPITRE XVIII

Conséquence du chapitre précédent.

Il résulte de là que la Chine ne perd point ses lois par la conquête.

Les manières, les moeurs, les lois, la religion, y étant la même

chose, on ne peut changer tout cela à la fois. Et, comme il faut que

le vainqueur ou le vaincu change, il a toujours fallu à la Chine que

ce fût le vainqueur: car ses moeurs n'étant point ses manières; ses

manières, ses lois; ses lois, sa religion, il a été plus aisé qu'il se

pliât peu à peu au peuple vaincu que le peuple vaincu à lui.

Il suit encore de là une chose bien triste: c'est qu'il n'est presque

pas possible que le christianisme s'établisse jamais à la Chine[363].

Les voeux de virginité, les assemblées des femmes dans les églises,

leur communication nécessaire avec les ministres de la religion, leur

participation aux sacrements, la confession auriculaire,

l'extrême-onction, le mariage d'une seule femme: tout cela renverse

les moeurs et les manières du pays, et frappe encore du même coup sur

la religion et sur les lois.

[363] Voyez les raisons données par les magistrats chinois dans les

décrets par lesquels ils proscrivent la religion chrétienne.

(_Lettres édifiantes_, dix-septième recueil.)

La religion chrétienne, par l'établissement de la charité, par un

culte public, par la participation aux mêmes sacrements, semble

demander que tout s'unisse: les rites des Chinois semblent ordonner

que tout se sépare.

Et, comme on a vu que cette séparation[364] tient en général à

l'esprit du despotisme, on trouvera dans ceci une des raisons qui font

que le gouvernement monarchique et tout gouvernement modéré s'allient

mieux[365] avec la religion chrétienne.

[364] Voyez le liv. IV, chap. III; et le liv. XIX, chap. XII.

[365] Voyez ci-dessous le liv. XXIV, chap. III.

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 185 / 211 题