Des rois des temps héroïques chez les Grecs.
Chez les Grecs, dans les temps héroïques, il s'établit une espèce de
monarchie qui ne subsista pas[264]. Ceux qui avaient inventé des arts,
fait la guerre pour le peuple, assemblé des hommes dispersés, ou qui
leur avaient donné des terres, obtenaient le royaume pour eux et le
transmettaient à leurs enfants. Ils étaient rois, prêtres et juges.
C'est une des cinq espèces de monarchies dont nous parle
Aristote[265]; et c'est la seule qui puisse réveiller l'idée de la
constitution monarchique. Mais le plan de cette constitution est
opposé à celui de nos monarchies d'aujourd'hui.
[264] ARISTOTE, _Politique_, liv. III, chap. XIV.
[265] _Ibid._
Les trois pouvoirs y étaient distribués de manière que le peuple y
avait la puissance législative[266]; et le roi la puissance
exécutrice, avec la puissance de juger; au lieu que, dans les
monarchies que nous connaissons, le prince a la puissance exécutrice
et la législative, ou du moins une partie de la législative; mais il
ne juge pas.
[266] Voyez ce que dit Plutarque, _Vie de Thésée_. Voyez aussi
Thucydide, liv. Ier.
Dans le gouvernement des rois des temps héroïques les trois pouvoirs
étaient mal distribués. Ces monarchies ne pouvaient subsister; car,
dès que le peuple avait la législation, il pouvait, au moindre
caprice, anéantir la royauté, comme il fit partout.
Chez un peuple libre, et qui avait le pouvoir législatif; chez un
peuple renfermé dans une ville, où tout ce qu'il y a d'odieux devient
plus odieux encore, le chef-d'oeuvre de la législation est de savoir
bien placer la puissance de juger. Mais elle ne le pouvait être plus
mal que dans les mains de celui qui avait déjà la puissance
exécutrice. Dès ce moment le monarque devenait terrible. Mais en même
temps, comme il n'avait pas la législation, il ne pouvait pas se
défendre contre la législation; il avait trop de pouvoir, et il n'en
avait pas assez.
On n'avait pas encore découvert que la vraie fonction du prince était
d'établir des juges, et non pas de juger lui-même. La politique
contraire rendit le gouvernement d'un seul insupportable. Tous ces
rois furent chassés. Les Grecs n'imaginèrent point la vraie
distribution des trois pouvoirs dans le gouvernement d'un seul; ils ne
l'imaginèrent que dans le gouvernement de plusieurs, et ils appelèrent
cette sorte de constitution, _police_[267].
[267] Voyez Aristote, _Politique_, liv. IV, ch. VIII.