CHAPITRE XIV

Comment le plus petit changement dans la constitution entraîne la

ruine des principes.

Aristote[230] nous parle de la république de Carthage comme d'une

république très bien réglée. Polybe[231] nous dit qu'à la seconde

guerre punique[232] il y avait à Carthage cet inconvénient, que le

sénat avait perdu presque toute son autorité. Tite-Live[233] nous

apprend que lorsqu'Annibal retourna à Carthage, il trouva que les

magistrats et les principaux citoyens détournaient à leur profit les

revenus publics et abusaient de leur pouvoir. La vertu des magistrats

tomba donc avec l'autorité du sénat; tout coula du même principe.

[230] _De la Républ._, liv. II, ch. II.

[231] _Hist._, liv. VI.

[232] Environ cent ans après.

[233] Liv. XXXIII, ch. XLVI.

On connaît les prodiges de la censure chez les Romains. Il y eut un

temps où elle devint pesante; mais on la soutint, parce qu'il y avait

plus de luxe que de corruption. Claudius l'affaiblit; et, par cet

affaiblissement, la corruption devint encore plus grande que le luxe;

et la censure[234] s'abolit, pour ainsi dire, d'elle-même. Troublée,

demandée, reprise, quittée, elle fut entièrement interrompue jusqu'au

temps où elle devint inutile, je veux dire les règnes d'Auguste et de

Claude.

[234] Voyez Dion, liv. XXXVIII; la _Vie de Cicéron_ dans Plutarque;

Cicéron à Atticus, liv. IV, lettres 10 et 15; Asconius, sur

Cicéron, _de Divinatione_.

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 132 / 211 题