De la condition des femmes dans les divers gouvernements.
Les femmes ont peu de retenue dans les monarchies, parce que la
distinction des rangs les appelant à la cour, elles y vont prendre cet
esprit de liberté qui est à peu près le seul qu'on y tolère. Chacun se
sert de leurs agréments et de leurs passions pour avancer sa fortune;
et comme leur faiblesse ne leur permet pas l'orgueil, mais la vanité,
le luxe y règne toujours avec elles.
Dans les États despotiques, les femmes n'introduisent point le luxe,
mais elles sont elles-mêmes un objet de luxe. Elles doivent être
extrêmement esclaves. Chacun suit l'esprit du gouvernement, et porte
chez soi ce qu'il voit établi ailleurs. Comme les lois y sont sévères
et exécutées sur-le-champ, on a peur que la liberté des femmes n'y
fasse des affaires. Leurs brouilleries, leurs indiscrétions, leurs
répugnances, leurs penchants, leurs jalousies, leurs piques, cet art
qu'ont les petites âmes d'intéresser les grandes, n'y sauraient être
sans conséquence.
De plus, comme dans ces États les princes se jouent de la nature
humaine, ils ont plusieurs femmes; et mille considérations les
obligent de les renfermer.
Dans les républiques, les femmes sont libres par les lois, et
captivées par les moeurs; le luxe en est banni, et avec lui la
corruption et les vices.
Dans les villes grecques, où l'on ne vivait pas sous cette religion
qui établit que, chez les hommes mêmes, la pureté des moeurs est une
partie de la vertu; dans les villes grecques, où un vice aveugle
régnait d'une manière effrénée, où l'amour n'avait qu'une forme que
l'on n'ose dire, tandis que la seule amitié s'était retirée dans le
mariage[180], la vertu, la simplicité, la chasteté des femmes, y
étaient telles qu'on n'a guère jamais vu de peuple qui ait eu à cet
égard une meilleure police[181].
[180] «Quant au vrai amour, dit Plutarque, les femmes n'y ont
aucune part». (_OEuvres morales, Traité de l'amour_, p. 600.) Il
parlait comme son siècle. Voyez Xénophon, au dialogue intitulé
_Hiéron_.
[181] A Athènes, il y avait un magistrat particulier qui veillait
sur la conduite des femmes.