Des accusations dans les divers gouvernements.
A Rome[114], il était permis à un citoyen d'en accuser un autre. Cela
était établi selon l'esprit de la république, où chaque citoyen doit
avoir pour le bien public un zèle sans bornes, où chaque citoyen est
censé tenir tous les droits de la patrie dans ses mains. On suivit
sous les empereurs les maximes de la république; et d'abord on vit
paraître un genre d'hommes funestes, une troupe de délateurs.
Quiconque avait bien des vices et bien des talents, une âme bien basse
et un esprit ambitieux, cherchait un criminel, dont la condamnation
pût plaire au prince: c'était la voie pour aller aux honneurs et à la
fortune[115], choses que nous ne voyons point parmi nous.
[114] Et dans bien d'autres cités.
[115] Voyez dans Tacite les récompenses accordées à ces délateurs.
Nous avons aujourd'hui une loi admirable: c'est celle qui veut que le
prince, établi pour faire exécuter les lois, prépose un officier dans
chaque tribunal pour poursuivre en son nom tous les crimes; de sorte
que la fonction des délateurs est inconnue parmi nous, et, si ce
vengeur public était soupçonné d'abuser de son ministère, on
l'obligerait de nommer son dénonciateur.
Dans les lois de Platon[116], ceux qui négligent d'avertir les
magistrats, ou de leur donner du secours, doivent être punis. Cela ne
conviendrait point aujourd'hui. La partie publique veille pour les
citoyens; elle agit, et ils sont tranquilles.
[116] Liv. IX.