Que, dans la monarchie, les ministres ne doivent pas juger.
C'est encore un grand inconvénient dans la monarchie que les ministres
du prince jugent eux-mêmes les affaires contentieuses. Nous voyons
encore aujourd'hui des États où il y a des juges sans nombre pour
décider les affaires fiscales, et où les ministres, qui le croirait!
veulent encore les juger. Les réflexions viennent en foule: je ne
ferai que celle-ci.
Il y a, par la nature des choses, une espèce de contradiction entre le
conseil du monarque et ses tribunaux. Le conseil des rois doit être
composé de peu de personnes; les tribunaux de judicature en demandent
beaucoup. La raison en est que, dans le premier, on doit prendre les
affaires avec une certaine passion, et les suivre de même; ce qu'on ne
peut guère espérer que de quatre ou cinq hommes qui en font leur
affaire. Il faut, au contraire, des tribunaux de judicature de
sang-froid, et à qui toutes les affaires soient en quelque façon
indifférentes.