De la promptitude de l'exécution dans la monarchie.
Le gouvernement monarchique a un grand avantage sur le républicain:
les affaires étant menées par un seul, il y a plus de promptitude dans
l'exécution. Mais comme cette promptitude pourrait dégénérer en
rapidité, les lois y mettront une certaine lenteur. Elles ne doivent
pas seulement favoriser la nature de chaque constitution, mais encore
remédier aux abus qui pourraient résulter de cette même nature.
Le cardinal de Richelieu[M111] veut que l'on évite dans les monarchies
les épines des compagnies, qui forment des difficultés sur tout. Quand
cet homme n'aurait pas eu le despotisme dans le coeur, il l'aurait eu
dans la tête[C107].
[M111] _Testament politique._
Les corps qui ont le dépôt des lois[C108] n'obéissent jamais mieux que
quand ils vont à pas tardifs, et qu'ils apportent dans les affaires
du prince cette réflexion qu'on ne peut guère attendre du défaut de
lumières de la cour sur les lois de l'État, ni de la précipitation de
ses conseils[M112].
[M112] _Barbaris cunctatio servilis; statim exequi regium videtur._
(TACITE, _Annal._, liv. V, § 32.) «Pour les barbares, la
temporisation est quelque chose de servile: obéir vite leur paraît
royal.»
Que serait devenue la plus belle monarchie du monde, si les
magistrats, par leurs lenteurs, par leurs plaintes, par leurs prières,
n'avaient arrêté le cours des vertus mêmes de ces rois, lorsque ces
monarques, ne consultant que leur grande âme, auraient voulu
récompenser sans mesure des services rendus avec un courage et une
fidélité aussi sans mesure?