CHAPITRE II

Ce que c'est que la vertu dans l'État politique.

La vertu dans une république[C74] est une chose très simple: c'est

l'amour de la république, c'est un sentiment, et non une suite de

connaissances; le dernier homme de l'État peut avoir ce sentiment,

comme le premier. Quand le peuple a une fois de bonnes maximes, il s'y

tient plus longtemps que ce que l'on appelle les honnêtes gens. Il est

rare que la corruption commence par lui. Souvent il a tiré de la

médiocrité de ses lumières un attachement plus fort pour ce qui est

établi.

L'amour de la patrie conduit à la bonté des moeurs, et la bonté des

moeurs mène à l'amour de la patrie. Moins nous pouvons satisfaire nos

passions particulières[C75], plus nous nous livrons aux générales.

Pourquoi les moines aiment-ils tant leur ordre? c'est justement par

l'endroit qui fait qu'il leur est insupportable. Leur règle les prive

de toutes les choses sur lesquelles les passions ordinaires

s'appuient: reste donc cette passion pour la règle même qui les

afflige. Plus elle est austère, c'est-à-dire plus elle retranche de

leurs penchants, plus elle donne de force à ceux qu'elle leur laisse.

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 58 / 211 题