De l'éducation dans le gouvernement républicain.
C'est dans le gouvernement républicain[C63] que l'on a besoin de toute
la puissance de l'éducation. La crainte des gouvernements despotiques
naît d'elle-même parmi les menaces et les châtiments; l'honneur des
monarchies est favorisé par les passions, et les favorise à son tour;
mais la vertu politique est un renoncement à soi-même, qui toujours
est une chose très pénible.
On peut définir cette vertu, l'amour des lois et de la patrie. Cet
amour, demandant une préférence continuelle de l'intérêt public au
sien propre, donne toutes les vertus particulières; elles ne sont que
cette préférence.
Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles
seules, le gouvernement est confié à chaque citoyen. Or le
gouvernement est comme toutes les choses du monde: pour le conserver,
il faut l'aimer.
On n'a jamais ouï dire que les rois n'aimassent pas la monarchie, et
que les despotes haïssent le despotisme.
Tout dépend donc d'établir dans la république cet amour; et c'est à
l'inspirer que l'éducation doit être attentive. Mais pour que les
enfants puissent l'avoir, il y a un moyen sûr, c'est que les pères
l'aient eux-mêmes.
On est ordinairement le maître de donner à ses enfants ses
connaissances: on l'est encore plus de leur donner ses passions.
Si cela n'arrive pas, c'est que ce qui a été fait dans la maison
paternelle est détruit par les impressions du dehors.
Ce n'est point le peuple naissant qui dégénère; il ne se perd que
lorsque les hommes faits sont déjà corrompus.