Le jour n’est pas encore fini; la foire n’est pas terminée, la foire au
bord de la rivière.
Je craignais d’avoir gaspillé mon temps et perdu mon dernier penny.
Mais non, mon frère, il me reste quelque chose encore. La malice du sort
ne m’a pas tout ravi.
* * * * *
Vente et achat sont terminés. Les comptes sont réglés et il est temps
pour moi de retourner à la maison.
Mais quoi, garde-barrière, tu réclames ton péage?
Ne crains rien, il me reste quelque chose encore; la malice du sort ne
m’a pas tout ravi.
* * * * *
Les vents endormis nous menacent de l’orage et, à l’ouest, les nuages
bas ne présagent rien de bon.
Les eaux silencieuses attendent le vent.
Je me hâte pour traverser la rivière avant que la nuit me surprenne.
O Passeur, vous demandez votre salaire!
Oui, frère, il me reste quelque chose encore; la malice du sort ne m’a
pas tout ravi.
* * * * *
Le mendiant est assis sous l’arbre, au bord de la route. Hélas! il me
regarde avec un timide espoir!
Il croit que je suis riche des profits de la journée.
Oui, frère, il me reste quelque chose encore. La malice du sort ne m’a
pas tout ravi.
* * * * *
La nuit devient sombre et la route solitaire. Les vers luisants brillent
parmi les feuilles.
Qui êtes-vous, vous qui me suivez d’un pas furtif et silencieux?
Ah! je sais, vous désirez me dérober mes gains. Je ne vous
désappointerai pas!
Car il me reste quelque chose encore; la malice du sort ne m’a pas tout
ravi.
* * * * *
A la mi-nuit, j’atteins ma maison, les mains vides.
A la porte vous m’attendez, les yeux anxieux, éveillée et silencieuse.
Comme un timide oiseau, vous volez sur mon cœur, ô amoureuse.
Oui, ô oui, mon Dieu! Il me reste beaucoup encore.