Voyageur, dois-tu déjà partir?
La nuit est tranquille et les ténèbres défaillent sur la forêt.
Les lampes sont brillantes sur notre balcon, les fleurs sont fraîches et
les jeunes yeux s’éveillent à peine.
Le temps de ton départ est-il déjà venu?
Voyageur, dois-tu déjà partir?
* * * * *
Nous n’avons pas entouré tes pieds de nos bras suppliants.
Les portes sont ouvertes; ton cheval tout sellé t’attend à la grille.
Nous n’avons tenté de te retenir qu’avec nos chansons.
Nos regards seuls ont cherché à retarder ton départ.
Voyageur, nous sommes impuissants à te garder; nous n’avons que nos
larmes.
Quel feu dévorant brille dans tes yeux?
Quelle fièvre d’inquiétude court dans ton sang?
Quel appel des ténèbres te pousse?
Parmi les étoiles du ciel, quelle terrible incantation as-tu lue, pour
que la nuit, étrange et silencieuse messagère, ait secrètement pénétré
dans ton cœur?
Si tu dédaignes les réunions joyeuses, si tu désires la paix, cœur
lassé, nous éteindrons nos lampes et ferons taire nos harpes.
* * * * *
Nous resterons assises, tranquilles dans la nuit, sous le bruissement
des feuilles et la lune dolente épandra ses rayons pâles à ta fenêtre.
O voyageur, de quel esprit d’insomnie le cœur de la nuit t’a-t-il
touché?