Poète, le soir approche; tes cheveux grisonnent.
Entends-tu pendant tes rêveries solitaires le message de l’au-delà?
C’est le soir, dit le poète, j’écoute: quelqu’un peut appeler du
village, malgré l’heure tardive.
Je veille: Deux amoureux se cherchent. Leur cœur les guidera-t-il
sûrement?--Les cœurs errants de deux jeunes amants se rencontreront-ils;
leurs yeux ardents, mendient une harmonie d’amour qui rompe le silence
et qui parle pour eux.
Qui tissera la trame de leurs chants passionnés si je reste assis sur la
plage de la vie à contempler la mort et l’au-delà?
* * * * *
La première étoile du soir disparaît.
L’éclat d’un bûcher funéraire meurt lentement auprès de la rivière
silencieuse.
De la cour de la maison déserte, et à la lumière d’une lune pâlie, on
entend les chacals hurler en chœur.
Si quelque voyageur, errant loin de sa demeure, vient ici contempler la
nuit et écouter, tête penchée, le chant des ténèbres, qui sera là pour
lui chuchoter les secrets de la vie, si, fermant ma porte, je
m’affranchis de toute obligation mortelle?
* * * * *
Qu’importe que mes cheveux grisonnent.
Je suis toujours aussi jeune ou aussi vieux que le plus jeune et le plus
vieux du village.
Les uns ont un sourire simple et doux, d’autres l’œil brillant de
malice.
Ceux-ci ont des pleurs qui sourdent à la lumière du jour, ceux-là des
larmes qui se cachent dans les ténèbres.
Tous ils ont besoin de moi, je n’ai pas le temps de méditer sur la vie à
venir.
Je suis de l’âge de tous; qu’importe si mes cheveux grisonnent?