XVII.

Charette fut admirable dans ses derniers momens et dans les

circonstances difficiles qui précédèrent sa dernière défaite: ceux de

ses officiers qui échappèrent à cette catastrophe et qui l'avaient

accompagné au milieu de tous les périls, n'en parlaient que dans les

termes les plus pompeux et les plus touchans. Calme dans le danger,

résigné dans la mauvaise fortune, il savait dans les situations les plus

critiques relever les espérances de son parti, soutenir le courage de

ses soldats, et leur faire supporter gaiement toutes les privations

auxquelles il se soumettait le premier; il était sobre et tempérant;

on ne pouvait que lui reprocher son amour pour les femmes, et encore

n'avaient-elles pas su triompher pleinement de son insouciance

habituelle; c'était plutôt chez lui un penchant qu'une passion: il

déploya dans les derniers instans de sa vie, comme dans le cours de ses

revers, une constance, une fermeté et une patience à toute épreuve; et

sans doute il mériterait de s'asseoir à côté des preux chevaliers qui

ont ennobli nos annales, si une arrogante fatuité dans la prospérité,

une légèreté et une insouciance qui lui firent manquer de belles

occasions, et surtout un penchant à la vengeance et à la cruauté,

n'avaient terni d'aussi belles qualités.

Charette était d'une haute stature, mais un peu grêle; il avait les

traits et la physionomie délicats et peut-être même efféminés, le son de

sa voix n'était pas mâle, et sa prononciation était maniérée; mais

un regard vif et perçant et une expression de noblesse et de fierté

répandue sur sa figure témoignaient qu'il était né pour commander.

Son insouciance parut dans tout son jour pendant l'armistice. On ne le

voyait plus alors avec le prestige de ses opérations militaires; il

pouvait profiter de la liberté des communications que cet événement

avait rouvertes pour ménager des intelligences avec les chefs royalistes

de la Bretagne et de la Normandie, et combiner des plans qui eussent

embrassé une grande étendue de territoire; il devait sur tout former un

parti au sein de la capitale, afin de seconder et tourner à l'avantage

de son parti les événemens importans qui se passèrent depuis la

pacification jusqu'au 13 vendémiaire. La faiblesse et l'ineptie du

gouvernement d'alors laissaient une vaste carrière à ses projets et à

son ambition, et l'on ne saurait calculer à quel degré il lui était

permis de les élever, lorsqu'on songe qu'il avait paru assez redoutable

pour qu'on traitât avec lui de puissance à puissance. C'est cette

considération et cet ascendant inconcevable qu'il lui aurait fallu

soutenir, et qui étaient de nature à lui préparer le rôle le plus

brillant dans les destinées de sa patrie.

Mémoires de Mme la marquise de La Rochejaquelein écrits par elle-même · 第 53 / 56 题