Charette fut admirable dans ses derniers momens et dans les
circonstances difficiles qui précédèrent sa dernière défaite: ceux de
ses officiers qui échappèrent à cette catastrophe et qui l'avaient
accompagné au milieu de tous les périls, n'en parlaient que dans les
termes les plus pompeux et les plus touchans. Calme dans le danger,
résigné dans la mauvaise fortune, il savait dans les situations les plus
critiques relever les espérances de son parti, soutenir le courage de
ses soldats, et leur faire supporter gaiement toutes les privations
auxquelles il se soumettait le premier; il était sobre et tempérant;
on ne pouvait que lui reprocher son amour pour les femmes, et encore
n'avaient-elles pas su triompher pleinement de son insouciance
habituelle; c'était plutôt chez lui un penchant qu'une passion: il
déploya dans les derniers instans de sa vie, comme dans le cours de ses
revers, une constance, une fermeté et une patience à toute épreuve; et
sans doute il mériterait de s'asseoir à côté des preux chevaliers qui
ont ennobli nos annales, si une arrogante fatuité dans la prospérité,
une légèreté et une insouciance qui lui firent manquer de belles
occasions, et surtout un penchant à la vengeance et à la cruauté,
n'avaient terni d'aussi belles qualités.
Charette était d'une haute stature, mais un peu grêle; il avait les
traits et la physionomie délicats et peut-être même efféminés, le son de
sa voix n'était pas mâle, et sa prononciation était maniérée; mais
un regard vif et perçant et une expression de noblesse et de fierté
répandue sur sa figure témoignaient qu'il était né pour commander.
Son insouciance parut dans tout son jour pendant l'armistice. On ne le
voyait plus alors avec le prestige de ses opérations militaires; il
pouvait profiter de la liberté des communications que cet événement
avait rouvertes pour ménager des intelligences avec les chefs royalistes
de la Bretagne et de la Normandie, et combiner des plans qui eussent
embrassé une grande étendue de territoire; il devait sur tout former un
parti au sein de la capitale, afin de seconder et tourner à l'avantage
de son parti les événemens importans qui se passèrent depuis la
pacification jusqu'au 13 vendémiaire. La faiblesse et l'ineptie du
gouvernement d'alors laissaient une vaste carrière à ses projets et à
son ambition, et l'on ne saurait calculer à quel degré il lui était
permis de les élever, lorsqu'on songe qu'il avait paru assez redoutable
pour qu'on traitât avec lui de puissance à puissance. C'est cette
considération et cet ascendant inconcevable qu'il lui aurait fallu
soutenir, et qui étaient de nature à lui préparer le rôle le plus
brillant dans les destinées de sa patrie.