humble, jusqu’au plus nouveau citoyen, saluent d’une acclamation
formidable ce chiffon sacré sur lequel entre les deux couleurs candides,
se lève un jeune et rayonnant soleil!
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Nous traversons de nouveau la ville, les boutiques sont fermées et la
foule est plus nombreuse encore qu’avant la revue; les voitures ne
circulent plus, des bouquetières vendent des fleurs bleues et blanches,
on achète des cocardes, des médailles, des plaquettes émaillées, des
pères portent sur leurs épaules de petits enfants à moitié endormis...
On attend les illuminations, et voici déjà que les premières guirlandes
de lampes électriques commencent à briller aux frontons des monuments...
Nous rentrons pour nous habiller avant d’aller au théâtre Colón où se
donne la représentation de gala...
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Un brouillard de poussière lumineuse plane sur Buenos-Aires, nous
arrivons au Colón, non sans peine, et me voici dans la loge de Carlos
Navarro, cette même loge d’où j’ai vu pour la première fois ceux qui
sont maintenant presque tous mes amis, et dont plusieurs sont mes
parents... je suis assise entre l’amie qui m’a accueillie et le mari qui
m’a donné son nom et sa vie...
Je regarde Délia Ortiz de Marino, Lucia Iturri de Hansburg, Léonor Cruz
de Valdeña, Gloria Villalba, leurs beaux visages me sourient
familièrement... il me semble que nous avons grandi ensemble...
Toute la salle est debout: l’orchestre joue l’hymne Argentin...
Pío voit que mes yeux se remplissent de larmes; il me dit tout bas en
serrant ma main:
--Vive la France!
Et je lui réponds en joignant ma voix à toutes celles qui poussent un
cri d’espoir et d’amour:
--Viva la República Argentina!
FIN