LÉOPOLD CARIA.

[270] Je ne crois pas que ce projet ait jamais été mis à exécution.

Ces vers de Vermersch dont me parlait Edmond Levraud, je les ai devant

moi, pendant que j'écris ces lignes, tels que les a copiés, pour me les

envoyer, sur l'original, la veuve de mon pauvre ami. Les voici:

.............. je le veux bien.

Plus d'un sage envierait ma vie,

Qui vraiment est digne d'envie;

Car je vis à ne faire rien.

L'excellent docteur qui me soigne

Comme un fils, ayant le frisson

Que de lui trop tôt je m'éloigne,

Me donne un jardin pour prison.

Dans ces premiers jours de septembre,

Des arbres le feuillage vert

S'emplit de feuilles couleur d'ambre

Annonçant le prochain hiver.

Mais le temps est si doux encore

Qu'on se croirait en fin de mai,

Que j'ai vu se lever l'aurore

Dans un grand ciel couleur de lait.

Un de ces ciels que l'Italie

Toute seule m'avait montré,

Et que jamais, même en folie,

Un peintre n'avait rencontré.

Dernier sans doute de l'année,

Hier je vis voler, tremblant,

Autour d'une rose fanée

Un papillon autrefois blanc.

Ce beau de la saison passée,

Ce marquis poudré, somptueux,

Sans doute à cette trépassée

Psalmodiait de longs aveux.

Connaissant (?) leurs amours entières,

Les moineaux, ces parisiens,

Cancanent comme des portières,

Brochant sur mille et mille riens.

Mais les légères alouettes

Allant se perdre dans le ciel,

Dans leurs harmonieuses strettes

Chantaient le printemps éternel,

Qui réveillera toutes choses,

Avec son sourire vermeil,

Les papillons avec les roses

Dans la jeunesse du soleil (?)

Vermersch n'est plus. Ce sont maintenant les lettres, toutes mouillées

de larmes, de celle qui reste après lui.

... Il ne faut pas croire, mon cher Vuillaume--m'écrit la veuve en

deuil--que notre ami a quitté la terre sans penser à vous. Le 3

août, il a repris un moment connaissance, et, voyant quelqu'un dans

sa chambre, il dit: «Est-ce toi, Vuillaume?» et, ensuite: «Toi,

Wieland?»[271] C'est après vous deux qu'il a demandé avant tout...

[271] Wieland était un professeur d'Altorf avec qui Vermersch s'était

lié.

Puis, un peu plus loin, les souvenirs de notre vie, les uns près des

autres, à Altorf:

... Quand je pense à ces bons jours d'Altorf, les larmes me viennent

aux yeux...

Le 12 novembre, une dernière lettre:

Jamais je n'aurais cru qu'il aurait fait un si grand vide. Je ne puis

l'oublier...

Mes cahiers rouges au temps de la Commune · 第 95 / 109 题