A L'HOTEL-DIEU

_cigares d'un sou_

Rue de Grenelle. Le lendemain du 18 mars. La grande cour du ministère

de l'Instruction publique est pleine de fédérés. Les faisceaux formés.

Accroupis en cercle sous la voûte d'entrée, une demi-douzaine de gardes

jouent aux cartes.

La curiosité me fait passer le seuil. Je franchis la première porte qui

se présente devant moi. J'erre à travers des dédales de corridors qui

sentent le vieux bouquin et qu'encombrent des piles de papiers jaunis.

Brusquement, que vois-je? Assis, devant une petite table, mon vieil

ami Paget-Lupicin, un des fidèles de notre petite brasserie de la rue

Saint-Séverin. Sa calotte de fourrure, qu'il porte en tous temps--à la

main, car il est toujours tête nue, comme le père Gaillard,[209]--posée

près de lui.

[209] Gaillard (Napoléon). Cordonnier. Orateur connu des réunions

publiques. Nommé par Rossel colonel directeur des barricades (1er

mai).

--Qu'est-ce que tu fais là, Lupicin?

--Eh! parbleu! j'ai pris le ministère, auquel personne ne songeait. Je

suis seul ici... C'est donc moi qui suis ministre.

Et Lupicin éclata de rire, à cette seule pensée qu'il était bel et

bien, à ce moment, grand maître de l'Université.

Ce brave Paget n'était du reste pas le premier venu. Il avait publié,

après le 2 décembre, un petit journal d'enseignement, l'_Éducateur

Populaire_, qui avait eu un gros succès dans le monde enseignant. Trop

de succès même, puisqu'il avait été supprimé, avec adjonction de prison

et d'amende pour son propriétaire. Paget, vieux proudhonien, avait

publié aussi une petite brochure: _Les droits du travailleur_.

Il vivait parmi nous autres jeunes, bien qu'il eût déjà la cinquantaine.

Sur sa carte électorale, il inscrivait bravement: _Léopold

Paget-Lupicin, étudiant en médecine_.

Et quand il nous arrivait de blaguer notre vieil ami:

--Eh bien! après tout... Étudiant... Juin et Décembre ont interrompu

mes études. Est-ce ma faute?

Je revins, dès le lendemain, voir Paget. C'était le soir. J'entends

une voix de femme accompagnée au piano. Un huissier m'ayant

annoncé--quelques-uns des huissiers étaient restés à leur poste--Paget

sortit.

--Eh bien, mon vieux! lui dis-je, te voilà déjà corrompu par les

grandeurs. De la musique, du piano...

Il me fit entrer dans une salle assez pauvrement éclairée. La sœur

de l'un de nous, qui possédait une belle voix de contralto, avait

bien voulu faire un peu de musique. Paget me présenta à un haut

fonctionnaire du ministère--de l'ancien--qui, un peu gêné, honorait de

sa présence les salons du nouveau ministre.[210]

[210] Le haut fonctionnaire était M. de Salignac de Fénelon, qui

vint, très loyalement, déposer favorablement au procès de notre

ami Albert Callet, qui s'était, en même temps que Paget, Pilotell,

Roullier, installé, le 19 mars, rue de Grenelle.

Réception bourgeoise. Canettes de bière. Sirops multicolores, montés

par le mastroquet d'en face. Cigares d'un sou. Paget ne voulait pas

qu'on dépensât l'argent du peuple en londrès.

--Des cigares d'un sou. Je n'en veux plus d'autres ici, avait-il

ordonné impérieusement.

Pendant le règne éphémère de Paget, les londrès furent remplacés par

les petits bordeaux. Seule réforme qu'eut le temps d'introduire rue de

Grenelle le premier grand maître de l'Université de la Révolution de

1871.[211]

[211] Après les élections du 26 mars, la Commune nomma une commission

de l'enseignement. Le 20 avril, elle choisit Vaillant comme délégué à

l'Instruction publique.

_au parvis_

Milieu de mai. Une après-midi, nous voyons flamber, à la porte de

l'échoppe de la rue du Croissant, où nous vendons le _Père Duchêne_,

la face ronde et fleurie de Paget. Treillard, mis par la Commune à la

tête de l'Assistance publique, vient de le nommer à la direction de

l'Hôtel-Dieu.

--Eh quoi! vous ne venez seulement pas me voir! Demain, on vous

attendra à déjeuner... Je ne fais que passer.

--Entendu. A demain.

Le lendemain, nous étions, Vermersch, Humbert et moi, au parvis

Notre-Dame. Paget nous attendait, faisant les cent pas devant le

portail.[212]

[212] Ce portail--un lourd chapiteau que supportaient quatre

colonnes, et un escalier d'accès--n'existe plus. Les bâtiments de

l'Hôtel-Dieu qui se trouvaient au Parvis ont été démolis après la

guerre.

--Ah! si ma mère me voyait! nous dit en nous abordant, d'un accent tout

ému, Paget. Ce qu'elle serait heureuse! Dire qu'elle m'en veut toujours

de n'être qu'officier de santé et de ne pas prendre mes inscriptions

pour le doctorat. Mais maintenant...

C'était une des sorties familières de notre vieil ami, qui songeait

toujours, malgré ses cinquante ans, à passer son doctorat, pour

contenter sa maman.

Nous franchissons le portique de l'hôpital. Paget nous précède. Il

gravit l'escalier, d'un air digne, son éternelle calotte dansant au

bout de son bras. Nous allions nous engager dans un long corridor,

quand Paget se retourne, et, d'un air triomphant:

--Eh bien! jeunes gens, vous ne remarquez rien?

Rien que les longues lévites grises et les bonnets de coton des malades

qui, entendant des voix, se montrent aux portes.

--Farceurs! mais lisez donc!

En belles lettres rouges, sur le blanc du mur, se détache: _Corridor

Blanqui_.

--Et c'est comme cela partout. Tenez... lisez l'arrêté de Treillard.

Une affiche blanche est collée en belle place:

Le directeur général de l'Assistance publique,

Considérant que les noms des salles des hôpitaux et hospices ne

rappellent à l'esprit que des souvenirs de fanatisme;

Considérant qu'il est nécessaire de perpétuer la mémoire de ceux qui

ont vécu ou qui sont morts pour le peuple, pour la patrie, pour la

défense des idées généreuses, nobles inspirations du socialisme et de

la fraternité,

Arrête:

Une commission est instituée pour substituer de nouveaux noms

dans toutes les salles, cours ou corridors des établissements de

l'Assistance publique.

Le directeur de l'Assistance publique,

TREILLARD.

Paget n'a pas perdu de temps.

--Ah! les saints! Ce que je les ai badigeonnés! Ça n'a pas été long...

Ils n'y reviendront plus.

Nous traversons ainsi--je crois bien que Paget, dans sa joie, nous

fit faire le tour de la maison--de nombreux corridors, dont les

inscriptions d'hier--corridor saint ou sainte quelque chose--avaient

disparu pour faire place à des appellations plus conformes au décret du

directeur de l'Assistance publique de la Commune.

Tout le calendrier révolutionnaire avait été mis à contribution. Paget,

en vieux proudhonien, n'avait pas oublié son maître.

--Au moins, lui dis-je, tu as eu soin de ne pas mettre trop près l'un

de l'autre Barbès et Blanqui...

Paget me lança un coup d'œil qu'il chercha à rendre sévère. Et

subitement:

--Et ce n'est rien que cela. Vous allez voir mes sœurs.

_le rêve de Paget_

Paget nous a fait préparer, dans une embrasure de fenêtre du

réfectoire, une petite table. Le vieux Spartiate, qui a toujours vécu

durement, ne possède à l'hôpital qu'une chambrette, semblable à celle

que je lui connais depuis deux ans dans un modeste hôtel meublé du

quai Saint-Michel, l'hôtel de Suède. Pas de service spécial pour le

citoyen directeur. Pas de domestiques autres que ceux qui servent les

malades. Sur la table, dans une assiette, un paquet de cigares d'un

sou, les mêmes qui ornaient les soucoupes du ministère de l'Instruction

publique, pendant son intérim après le 18 mars.

Paget nous dit ses rêves administratifs.

--Il faudra déménager cette vieille baraque où nous sommes, au plus

tôt, et nous transporter en face. Du reste l'Hôtel-Dieu devrait être

hors de Paris, au milieu des arbres et des fleurs.

--Ta baraque, mais on va peut-être te la démolir à coups de canon,

bientôt.

Paget reste songeur.

--Ça va cependant toujours bien, là-bas! nous dit-il en montrant

l'horizon.

--Oh! très bien! très bien! répondis-je, désolé de l'avoir inquiété.

Paget, qui avait douté un instant de la stabilité de sa direction,

sembla satisfait. Nous avions fini le déjeuner.

--Et maintenant, venez voir mes bonnes sœurs.

--Tes sœurs!

--Eh oui! si vous le voulez, mes citoyennes.

_autels et lilas_

Nous entrâmes dans la salle voisine. Des infirmières vêtues de noir,

ceinturées de rouge, s'empressaient autour des lits occupés. A la tête

des lits, des fleurs. Des fleurs encore sur une console adossée à la

muraille.

--Eh bien! mais, et tes sœurs?

--Mes sœurs! mais les voilà, nous répondit Paget en nous présentant les

religieuses vêtues de deuil. Ces excellentes filles, nos Augustines

d'hier, n'ont pas voulu quitter leurs malades. Elles ont accepté de

changer un peu leur costume. Les voici vêtues maintenant en sœurs de la

Commune.

Le visage de Paget rayonne. Ce qu'il ne nous dit pas, c'est que lui,

révolutionnaire enragé, mais le meilleur et le plus doux des hommes,

admire ces braves filles, d'un dévouement et d'une abnégation sans

bornes.

Si Paget aime ses sœurs, les Augustines le lui rendent bien. Quand

l'armée fut entrée, elles lui offrirent un refuge chez elles, dans leur

maison. Et c'est ainsi que notre vieux Paget fut sauvé de l'exécution

sommaire.

--Et puisqu'elles m'ont fait une concession sur le costume, reprend

notre ami, je n'ai pas voulu être en reste avec elles. Approchez-vous.

Dérangez ce bouquet de lilas à la tête du lit. Ma foi, vous voyez,

derrière, c'est un Christ. Ceux qui ne veulent pas le voir ne voient

que les lilas. Voilà tout.

Nous restions ébahis.

Ce Paget! Était-il malin!

Mais nous n'en avions pas fini de nos étonnements.

--Là-bas... ces grosses gerbes de fleurs... continue Paget... Venez.

Et il fait glisser lui-même, sur le marbre d'une console,--nous croyons

que c'est une console--les vases pleins de fleurs des champs.

--Eh bien oui!... C'est l'autel!... Que diable! On n'est pas un ogre,

pour être de la Commune!... N'est-ce pas, ma sœur? ajouta Paget en

interrogeant du regard une des religieuses qui nous accompagnent.

La sœur rit avec nous, de bon cœur, de l'innocent subterfuge du

directeur de la Commune.

--Et cependant, dit l'une d'elles, M. le directeur ne nous permet pas

tout. Il nous a refusé ce matin...

--Oui, oui! dit Paget. Mais ça, non! Croyez-vous qu'elles réclament

pour leur Sainte-Vierge?

--Allons, mon vieux, dis-je à mon tour, puisque tu as si bien commencé,

tu peux continuer. J'appuie la réclamation de tes bonnes sœurs, qui

soignent si bien nos blessés.

Le fonctionnaire se réveilla à ce moment:

--Et si Treillard venait ici?

--Mon vieux Paget, Treillard ferait comme nous. Il en rirait...

Il est temps de partir. Le _Père Duchêne_ du lendemain nous réclame.

Nous longeons, pour gagner la porte du parvis, les corridors illustrés

des noms des révolutionnaires aimés de Paget.

--Et surtout, lui disons-nous en le quittant, ne va pas, pour faire

plaisir à tes sœurs, rétablir les noms des saints. Tu en es bien

capable, vieux traître...

_pêcheur à la ligne_

Mercredi matin de la Semaine de Mai. Sur le pont au Change. Je croise

un camion chargé de tonneaux que tirent quatre vigoureux percherons. A

califourchon sur un des chevaux de tête, H...

--Où vas-tu comme ça?

H... me montre du doigt, sans mot dire, la Préfecture de police, qui

bientôt va flamber. Déjà, les flammes sortent de l'Hôtel de Ville.[213]

[213] Les premières flammes jaillissent à dix heures du beffroi de

l'Hôtel de Ville.

Je songe à Paget. Ce brave Paget... Que fait-il? Pense-t-il à se mettre

à l'abri? Allons voir Paget.

J'oblique vers le parvis. J'entre à l'Hôtel-Dieu.

Personne ne sait où est Paget. Il n'est pas dans son cabinet.

J'interroge une sœur, qui passe, affairée. Elle ne sait rien.

J'allais retourner sur mes pas, quand un infirmier se présente.

--Tenez, me dit la sœur, celui-ci sait certainement où est M. Paget.

--Où est monsieur le directeur?

--M. Paget? je viens de le voir descendre avec sa ligne...

Avec sa ligne? Quelle ligne? Je n'y comprenais rien. Il faut que

l'infirmier, et avec lui la religieuse m'expliquent que chaque jour

Paget s'en va, bourgeoisement, sa calotte d'une main, une canne à pêche

de l'autre, jeter l'hameçon dans la Seine, sans sortir de l'hôpital.

--Conduisez-moi vers lui sans perdre une minute.

Nous traversons les corridors. Je vois, pour la dernière fois, les

inscriptions révolutionnaires passer en grosses lettres rouges devant

mes yeux. Adieu, corridor Blanqui! Adieu, corridor Barbès! corridor

Proudhon, corridor Lamennais--bien entendu, je ne réponds pas des noms

que je cite--je ne vous reverrai plus! Demain, dans huit jours, un

pinceau vengeur aura détruit l'œuvre de mon ami Paget...

--Faites attention, nous descendons, me dit l'infirmier.

Je sens une fraîcheur tomber sur mes épaules. Nous nous engageons

dans une demi-obscurité. Des marches glissantes, humides, des murs où

brillent de longues larmes salpêtrées et verdies par les mousses.

--Mais il me descend dans une oubliette! pensai-je. Paget serait-il

déjà prisonnier dans quelque cul de basse-fosse!

Tout à coup, encadré dans le plein cintre d'une arcade pleine de

lumière,[214] je vois se détacher de dos la puissante carrure de Paget,

accroupi, immobile, tenant la ligne dont m'avait parlé tout à l'heure

l'infirmier. A ses genoux une boite en fer-blanc. Accrochée au mur, la

calotte légendaire. Le fleuve coule aux pieds du directeur. A un mètre

de lui, dans le trouble de l'eau épaissie de vieux cataplasmes jetés

par les fenêtres et dont on voit surnager les toiles, le bouchon flotte.

[214] Paget pêchait, assis à l'entrée d'un des «cagnards» de l'ancien

Hôtel-Dieu. Voir au musée Carnavalet un tableau représentant les

cagnards disparus.

--Ça mord, citoyen directeur? crie l'infirmier.

--Foutre non! répond Paget, probablement désappointé, et mal en veine.

Il est si attentif à sa pêche, qu'il ne se retourne point. Je dois lui

frapper sur l'épaule:

--Tiens! Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui par ici?

Paget est tout entier à sa passion favorite, qui ne va point sans une

grande tranquillité d'âme.

--Mais, lui dis-je un peu impatienté, tu ne sens donc pas la fumée

de l'Hôtel de Ville. Je viens de rencontrer l'ami H... sur le pont,

conduisant une voiture chargée de tonneaux de pétrole.... Mon vieux, ça

chauffe et je te conseille de remiser tes hameçons... Allons, partons,

si tu ne veux pas être fusillé ici même dans une heure, et servir

d'amorce à tes poissons.

--Fusillé, moi!

--Eh bien, pourquoi pas? dis-je en riant. Ah! pour un vieux de

Décembre, tu n'es pas malin...

Paget renvide enfin sa ligne.

--Mets-la dans l'armoire du coin, dit-il à l'infirmier. Dans l'autre,

mes hameçons se rouillent...

Je l'entraînai dans l'escalier sombre. Nous remontâmes en haut. Cinq

minutes après, je traversais le pont au Change. A deux heures, le

Panthéon était attaqué.

_incendiaire_

Lorsque, quelques mois plus tard, fuyant vers la frontière, je

m'arrêtai à Champagnole, où était né Paget, je demandai de ses

nouvelles à une auberge où j'avais fait une halte.

--M. Paget, me répondit une accorte jurassienne au corsage amplement

garni, mais, monsieur, il a été arrêté par les gendarmes ces jours

derniers. On l'a fait partir pour Lons-le-Saunier.

Je fis l'étonné. Qu'avait donc fait M. Paget?

--Ah! mais, monsieur, c'est pour les affaires de Paris qu'on l'a

arrêté... C'était un bien brave homme... Vous le connaissiez?

La servante me regardait dans les yeux. Je répondis je ne sais plus

quoi, que je l'avais vu avec un ami. Je payai ma dépense, et filai,

ne soupçonnant point la brave fille, mais redoutant la curiosité d'un

gendarme ou d'un commissaire.

L'arrestation de Paget avait été demandée à la Commission d'enquête par

M. le marquis de Quinsonas.

Paget était accusé de complicité dans la tentative d'incendie de

Notre-Dame.

--Le gouvernement de l'Hôtel-Dieu--dit M. de Quinsonas--avait été

confié par la Commune à un nommé Paget-Lupicin. Il y avait là quatre

internes en pharmacie. Ces jeunes gens lui ont demandé les pompes de

l'Hôtel-Dieu pour aller au secours de l'Hôtel de Ville. Ces pompes

leur ont été refusées. Je ne sais si ce Paget-Lupicin est arrêté. Le

général en a-t-il connaissance?

--Je n'en sais rien, répond le général Appert--L'instruction se fait

à Paris.[215]

[215] Voir _Enquête Parlementaire du 18 Mars_, édition en un volume,

page 286. M. de Quinsonas avait été, pendant la lutte contre la

Commune, officier d'ordonnance du général de Cissey.

Paget, arrêté, fut envoyé, le 6 septembre 1871, devant la 7e chambre

correctionnelle pour usurpation de fonctions publiques. On essaya bien

de lui attribuer une part de complicité dans la tentative d'incendie de

Notre-Dame, mais il était trop visible qu'il n'y était pour rien. Paget

incendiaire! Incendiaire de Notre-Dame! Lui qui voilait de lilas le

Christ des religieuses Augustines! Il s'en tira avec un an de prison.

Sa prison finie, Paget, qui avait usurpé toutes sortes de fonctions, en

dehors de la pacifique mission de directeur de l'Hôtel-Dieu, fut pris

de terreurs. Il se réfugia à Saxon, dans le Valais, d'où il m'écrivait,

le 27 septembre 1874:

... Me voici en Suisse, où je suis venu pour me remettre des attaques

d'une apoplexie pulmonaire. J'y resterai jusqu'à la prochaine

Révolution, bien que j'aie fait quinze mois de prison et que j'aie

purgé la condamnation qui me frappait d'un an de détention.

Je n'ai été condamné que pour usurpation de fonctions à l'Hôtel-Dieu.

Je crains qu'on ne revienne à la charge pour usurpation au ministère

de l'Instruction publique et à celui des Travaux publics. Je ne suis

plus assez fort pour passer des mois et des années en cellule.

Et le brave homme ajoutait un post-scriptum, en quelques lignes, qui

disaient ses éternelles préoccupations de vieil étudiant quinquagénaire:

Je ne suis connu ici que sous le nom du Docteur. J'ai déjà habité

le pays en 1865 et 1866, pendant un second exil. Ainsi, mets sur

l'adresse: «Le docteur Paget». Tu ajouteras Lupicin, si bon te semble.

Le troisième exil de Paget ne devait pas, hélas, être de longue durée.

Un journal du Valais, que j'ouvris un jour dans un café, à Zurich,

annonçait la mort subite du «docteur Paget, le sympathique proscrit.»

Mes cahiers rouges au temps de la Commune · 第 58 / 109 题