renseignements, la majorité se trouve seulement dans l’extrême
Sud. Les autres habitent les 3 régions, mais elles sont toutes
des plantes circumméditerranéennes ou orientales. Pas une seule
des plantes particulières à l’Algérie ne dépasse la bordure
saharienne vers le N., sauf peut-être le _Centaurea maroccana_
qui est indiqué sur les hauts plateaux mais qui ne se trouve là
qu’à l’état de relique, si nos suppositions sont exactes.
La flore des rochers désertiques du Sud se compose donc :
1. De plantes empruntées aux associations voisines, en particulier
le steppe. Ces plantes ont des affinités orientales ou occidentales
ou sont des espèces circumméditerranéennes.
2. D’espèces ou de genres même, spéciaux à la région,
constituant le reste d’une flore très ancienne. Parmi ces plantes
plus ou moins endémiques, les unes sont typiques pour les rochers du
Sud, comme les _Warionia_ et les _Anvillea_ ; les autres se retrouvent
dans la montagne ainsi que nous l’avons déjà indiqué à propos
de cette forme de végétation.
_Remarque._ Nous voudrions rattacher à cette flore des rochers
2 espèces récoltées à 1800 m. d’altitude dans les parois
de rochers exposées en plein Sud près du télégraphe optique du
Djebel Aïssa. Ce sont les seules espèces que nous ayons observées
dans cette station très spéciale. Comme elles n’ont rien à faire
avec la flore des montagnes, il est préférable de les rapprocher
de l’association des rochers désertiques ; ce sont :
_Pituranthus virgatus_ Hochr.
_Asparagus stipularis_ Forsk.
* * * * *
CHAPITRE VI
=Conclusions générales=
§ 1. MIGRATION DES FLORES. — Considérant les données générales
sur la géographie botanique de l’Algérie, exposées de façon
magistrale par Cosson, et les quelques indications fournies par Debeaux
sur la flore des plus hauts sommets du Tell, nous avons cherché une
théorie qui put satisfaire aux observations que nous venons de relater
et qui s’adaptât en même temps à ce que nous savons sur le reste
de l’Algérie. Nos observations et nos herborisations ne sont pas
assez complètes et la connaissence des associations végétales de
l’Algérie est beaucoup trop peu développée (on pourrait même
dire qu’elle est inconnue) pour qu’il soit possible de se faire
une opinion ferme. Cependant il nous a semblé intéressant de faire
connaître les idées que nous ont suggéré ces études parce que
l’évidence nous en paraît très grande. Quelles que soient les
modifications profondes apportées par des études ultérieures,
nous serions étonné que nos résultats fussent modifiés au point
d’en être transformés.
1. Nous croyons à l’existence d’une =ancienne flore=, probablement
antérieure aux temps glaciaires, et qui habitait tout ou partie
de l’Algérie et, en tout cas, la bordure saharienne. Il n’en
reste plus que des traces, et les plus précises sont celles que nous
avons mentionnées dans les rochers désertiques du Sud. A cette flore
appartiennent ces genres singuliers tels que : _Warionia_, _Anvillea_,
_Perralderia_, _Pappophorum_, et peut-être faudrait-il y ajouter
certaines espèces très localisées et à port caractéristique,
vivant, dans le steppe comme : _Anabasis aretioides_, _Limoniastrum
Feei_ et _Pistacia atlantica_, ou sur le sommet des montagnes comme :
_Cerastium echinulatum_, _Chrysanthemum Gayanum_, _C. Maresii_, etc.,
etc. Cette flore ancienne est en voie d’extinction, témoin la
_Pistacia atlantica_ et surtout le _Warionia_ qui en est un élément
plus incontestable. Ce dernier genre en effet, se trouvait près de
Tiout, où il a disparu, et sur les rochers d’Aïn-el-Hadjej où
il est devenu rare. En outre tous les pieds que nous avons observés
étaient très âgés.
Cette flore paraît avoir quelques relations avec le Sud de
l’Afrique, relations indiquées dans nos collections par le
_Pappophorum_. Ce dernier en effet, quoiqu’il ait été trouvé
dans des endroits sablonneux près de Biskra et de Ghardaïa, n’est
pas une plante dunique ; selon nous, il serait une relique des temps
préglaciaires. Au moment de la grande extension des glaciers en
Europe, il est probable que le climat, devenu plus humide, a rendu
possible à cette plante le passage du Sahara.
Refoulés par l’arrivée d’une invasion végétale au moment de
la période glaciaire, il est possible que beaucoup d’éléments
de cette ancienne flore aient pénétré aussi dans le Sahara. Mais
pendant la période subséquente, xérothermique, ils ont péri,
ou bien ils n’ont pas pu comme le _Pappophorum_ et quelques autres
peut-être, étendre impunément fort loin leurs limites. D’autre
part, durant l’invasion que nous supposons avoir eu lieu pendant la
période glaciaire, ces éléments primitifs ont résisté seulement
dans des endroits très arides, grillés du soleil, et où la flore
envahissante, ne pouvait plus leur disputer la place. Ces stations
étaient situées, ou bien dans les rochers sahariens ou bien dans
la bordure saharienne même. Là, dans des stations privilégiées
situées à une certaine altitude, se retrouvent des conditions
d’existence semblables à celles des rochers désertiques[37]. Aussi
ces plantes ont-elles pu subsister jusqu’à aujourd’hui dans
ces régions.
Pendant la période xérothermique, peut-être ont-elles récupéré
une aire plus considérable jusqu’au moment où elles ont été
de nouveau refoulée par l’invasion de la flore orientale. Cette
invasion se produit encore aujourd’hui et amènera, nous le croyons,
la disparition graduelle de tous ces éléments anciens.
2. =Invasion d’une flore boréale.= — Après ce que nous avons
dit sur les relations de la flore des montagnes avec l’Espagne,
l’Europe méridionale, même l’Europe centrale et le Caucase ;
considérant aussi l’observation très juste de Cosson sur la
flore du Tell, homologue à celle du rivage méditerranéen boréal
correspondant, il est hors de doute qu’à un moment donné de
nombreux éléments ont passé du Nord de la Méditerranée en
Barbarie. Vu les rapports signalés par M. Briquet[38] entre la
flore de la Corse et de la Sardaigne et celles de la Barbarie ou de
l’Europe méridionale, vu aussi les relations entre la Sicile et la
Tunisie, il est incontestable que cette migration s’est opérée
par terre au moment où la Méditerranée n’occupait pas encore
son lit actuel.
Ces relations par terre sont admises et ont été signalées déjà
nombre de fois en zoologie, en géologie, comme en botanique. Une
migration a donc pu se produire et elle s’est faite du Nord au Sud ;
on pourrait même dire du N.-E., car nous l’avons vu, plusieurs
espèces présentent encore entre le Caucase et l’Algérie des
stations isolées qui jalonnent le parcours qu’elles ont effectué.
Il va de soi qu’une telle migration n’a pas eu lieu en sens inverse
car, nous l’avons vu, la flore primitive de l’Algérie avait des
caractères tout à fait différents et ces types autochtones ne se
trouvent nulle part ailleurs. S’ils avaient émigré, ce serait
plutôt vers le Sud qu’ils se seraient dirigés comme nous l’avons
dit dans le paragraphe précédent.
Quelles ont été les raisons de cette immigration venue du N. ? Pour
ce qui est du parcours suivi depuis le Nord de la Méditerranée jusque
vers le Sud, nous serions enclins à l’attribuer à l’influence de
la période glaciaire en Europe. Quant au parcours depuis le Caucase
dans l’Europe centrale, nous nous l’expliquons mal, mais il a
été si souvent constaté pour un grand nombre d’espèces alpines
d’Europe que nous pouvons bien l’admettre sans autre.
Cette hypothèse permet de nous expliquer aussi comment les espèces
de l’Europe centrale ont pu être refoulées par l’avancement des
glaciers jusque sur les isthmes qui reliaient encore les deux rives
de la Méditerranée[39]. Ces espèces accompagnées de beaucoup de
plantes méditerranéennes ont donc envahi le Tell d’où elles ont
chassé, en grande partie, la flore autochtone.
Quels chemins ont-elles pris pendant leurs migration vers le Sud ? Il
est difficile de le dire. Pour quelques-unes d’entre elles manquant
en Espagne et se trouvant en Sicile, en Corse et en Sardaigne,
nous avons vu que la voie suivie était sûrement l’isthme qui
s’étendait entre ces pays et la Barbarie. Pour d’autres se
trouvant en Espagne et passant par le Maroc, nous avons admis la
voie occidentale. Mais il ne faudrait pas nous croire plus absolu que
nous sommes ; et même pour les espèces dont l’aire est continue
par l’Espagne et le Maroc, il est possible qu’il y ait eu une
émigration parallèle par la Tyrrhénis et ses prolongements. Rien
ne prouve en effet que les exemplaires d’Algérie proviennent de la
même lignée que ceux du Maroc occidental. Néanmoins dans le cas
d’une aire continue par l’Espagne, en l’absence de documents
plus précis, il était tout naturel de classer ces plantes avec
celles d’origine occidentale.
Et puisque nous parlons de l’élément occidental, nous tenons
à ajouter une remarque : parmi les plantes qui s’étendent
d’Espagne en Algérie, il est très difficile, sinon impossible de
faire le départ entre l’élément autochtone se prolongeant par
les montagnes du Maroc jusqu’à la Sierra Nevada et l’élément
boréal. En effet les rapports étroits de la flore montagneuse de
la Sierra Nevada, du Maroc et de l’Algérie nous montrent qu’il
y a eu là autrefois une région phytogéographique. D’autre part,
il est très possible que, lors de la migration vers le Sud, au moment
des temps glaciaires (?), un certain nombre d’espèces répandues
dans l’Europe centrale, méridionale et en Espagne aient disparu
partout, sauf dans la péninsule ibérique et en Barbarie.
A la fin des temps glaciaires, les relations cessant avec le littoral
nord de la Méditerranée et le climat se modifiant dans le sens de
ce qui existe actuellement, les plantes boréo-méditerranéennes,
immigrées dans la Tell, s’y sont établies à demeure et les
plantes européennes ont tendu à occuper les hauteurs. Pour cela,
elles se sont enfoncées vers le Sud. Elles étaient accompagnées
par les plantes méditerranéennes les plus aptes à supporter un
climat continental, c’est-à-dire celles qui, en Europe, après le
retrait des glaciers, ont été susceptibles d’émigrer le plus
loin vers le Nord ; tels sont par exemple : le _Ruscus aculeatus_,
l’_Arabis auriculata_, l’_Osyris alba_, que l’on cueille encore
non loin de Genève et que nous avons rencontrés un peu partout sur
les montagnes de l’extrême Sud. Ces espèces, accompagnées du
pin d’Halep, ont envahi les hauts plateaux et la chaîne de bordure
saharienne, mais au-delà, les conditions climatériques étaient trop
différentes et dans les rochers désertiques de l’extrême Sud,
la flore autochtone pouvait leur faire concurrence avec succès.
Au bout d’un certain temps, ainsi qu’on l’a démontré souvent
pour l’Europe, une période chaude et sèche a succédé à la
période glaciaire, ce fut la période xérothermique. Son influence
s’est fait sentir aussi dans le Nord de l’Afrique et, comme
dans l’Europe centrale, on vit apparaître sur les hauts plateaux
et dans les vallées de l’Algérie une formation steppique. Les
arbres disparurent peu à peu, ils se réfugièrent sur le sommet des
montagnes où ils pouvaient trouver une humidité relative. C’est
ainsi que les montagnes du Sud furent envahies par le pin d’Halep et
par la flore méditerranéenne aussi bien que par les quelques types
répandus dans l’Europe centrale qui ont été signalés plus haut.
Ces éléments détruisirent peu à peu la flore autochtone réfugiée
sur les montagnes du Tell et les envahirent à leur tour. Il en fut de
même pour les montagnes du Sud, mais d’une façon moins complète.
On vit se différencier alors des variétés ou même des espèces
particulières, dues à l’influence du nouveau milieu où elles
se trouvaient. C’est dans cette catégorie que rentrent les
nombreuses variétés ou espèces affines, spéciales aux montagnes
du Sud. Pendant ce temps une bonne partie des types subsistaient dans
la plaine. A cette époque, les espèces si nombreuses que nous avons
notées comme habitant les montagnes du Tell ainsi que celles de la
bordure saharienne et manquant sur les hauts plateaux, avaient une
aire continue.
3. =Arrivée de l’élément oriental.= — Bientôt cependant,
grâce à l’influence continue de cette période xérothermique,
grâce aussi à l’établissement de l’isthme de Suez qui assura
une communication avec les steppes et les déserts de l’Orient,
la flore de ces régions commença son émigration vers l’Occident,
passant par l’Egypte, la Tripolitaine et la Tunisie, elle envahit
les hauts plateaux, fit disparaître de ces plaines une quantité
d’espèces méditerranéennes ou européennes et occupa bientôt une
place considérable. Toutefois elle ne put jamais s’élever bien
haut sur les flancs des montagnes où l’élément méditerranéen
boréal lui disputait la place avec avantage.
Pendant cette même période, le Sahara devenait le désert que nous
connaissons et refoulait la flore autochtone, d’une part vers la
bordure saharienne, d’autre part vers le Sud. Il est question ici
seulement d’une partie de cette ancienne flore, celle qui avait pu
se réfugier dans la région désertique pendant les temps glaciaires.
Dans ces conditions d’aridité xérothermique, des dunes
commençaient à se former. Avec l’onde de sécheresse qui se fit
sentir d’abord en Orient et s’avança peu à peu vers l’Occident,
la flore des dunes de l’Orient longeant la Barbarie pénétra aussi
jusqu’en Algérie et vint peupler les montagnes de sable du Sahara.
Avec ces évènements, nous arrivons au commencement de la période
historique. La période xérothermique se fait de moins en moins sentir
en Europe, mais en Algérie, où la colonisation romaine étendit si
avant ses ramifications, dans les endroits pauvres en forêts, comme
les hauts plateaux et la bordure saharienne, elle eut pour résultat
de battre en brèche les bois de pins de l’extrême Sud. Puis vint
la civilisation arabe qui détruisit les forêts de haute futaie dans
une plus large mesure encore, contribuant ainsi au maintien du climat
xérothermique. Si bien qu’actuellement encore, sous l’influence
de cette sécheresse et de ces violents courants atmosphériques,
la flore d’Orient gagne peu à peu du terrain et le pin d’Halep
tend à disparaître de la bordure saharienne.
En même temps qu’elle dispute la place à l’élément d’origine
boréale, cette flore d’Orient fait une concurrence ruineuse au
reste de l’élément autochtone. Ces espèces orientales en effet,
sont des espèces steppiques et désertiques ; ce sont donc les plus
redoutables concurrents des anciens types qui, lors de l’arrivée
de l’élément boréal, s’étaient maintenus précisément dans
les endroits les plus désolés, inaccessibles à la flore boréale.
4. =Les plantations modernes.= — Malgré des pronostics aussi
fâcheux pour la fertilité de cette contrée, nous ne croyons pas
qu’elle soit destinée actuellement à devenir un désert comme
ceux de la Perse ou de l’Arabie. Des efforts immenses sont faits
dans toute la Barbarie pour le reboisement et ils paraissent devoir
aboutir. Lentement les cultures progressent du Nord vers le Sud ;
partout où s’établit un Européen, s’élèvent quelques
arbres. En certains endroits même l’administration militaire a
créé de toutes pièces de véritables forêts, et nous ne serions
pas étonnés qu’au bout de nombreuses années d’efforts continus
dans ce sens, la période xérothermique prît fin dans cette contrée.
Le climat de l’Algérie aurait été déjà un peu modifié par
ce qui a été fait (si peu que ce soit en comparaison de ce qui
reste à faire) : c’est l’avis de nombreux colons qui nous en ont
parlé. Pour nous, nous devons dire que nous avons été stupéfait par
l’état atmosphérique du Sud-Oranais pendant notre voyage. Quoique
ce fut au mois de mai et au commencement de juin, il ne s’est pas
passé de jour pour ainsi dire que nous n’ayons observé de nuages
au ciel, au point qu’à plusieurs reprises nous en avons été
beaucoup gêné pour nos photographies. La pluie et les orages ont
été fréquents. Jamais nous n’aurions pensé à des précipitations
atmosphériques si nombreuses après ce que nous avions lu et entendu
au sujet de cette contrée. Faut-il admettre que c’était une année
exceptionnelle ou que le climat tend à se modifier ? Nous n’osons
pas nous prononcer. Cependant les rapports de quelques vieux colons
tendraient à nous faire pencher pour la seconde alternative.
Nous sommes persuadé que l’homme peut influer sur le climat
comme sur la flore d’un pays. Pour cette dernière, il suffit
de se reporter à ce que nous avons dit au sujet des oasis et des
points d’eau pour constater l’immigration probablement toute
récente des plantes aquatiques triviales. Ces cosmopolites ne
pourront donc que progresser avec l’augmentation de l’humidité
et des cultures. Si même on arrêtait l’envahissement de la flore
d’Orient, l’ancienne flore autochtone du pays serait donc malgré
tout appelée à s’éteindre.
§ 2. INFLUENCES LOCALES. — 1. On a déjà signalé plusieurs fois
dans les Alpes, à une certaine altitude, la présence d’espèces
vivant au bord de la Méditerranée. On attribua cela au fait
qu’en montagne, dans des stations bien exposées, l’insolation
est beaucoup plus vive que dans la plaine à la même latitude. Aussi
la flore méditerranéenne, ayant couvert toute la région pendant
la période xérothermique, elle a pu se maintenir dans ces stations
privilégiées après le refroidissement du climat général[40].
Nous avons fait une observation parallèle dans le Sud-Oranais, où
nous avons relevé sur les deux versants de la vallée d’Aïn-Sefra,
au Djebel-Aïssa comme au Djebel-Mekter, à une altitude d’environ
1400 à 1600 m. des espèces que nous avons été stupéfait de
revoir en grande quantité dans les plaines de climat nettement
saharien, près de Mograr, Djenien-bou-Rezg et Duveyrier à 800
ou 900 m. Ce sont : _Carrichtera Vellæ_, _Rumex vesicarius_,
_Calendula ægyptiaca_, _Echiochilon fruticosum_. On pourrait ajouter
la station d’_Anabasis aretioides_ que nous avons rencontrée dans
le Faidjet-el-Betoum à 1200 m. d’altitude, mais elle se trouvait en
plaine et l’influence stationelle n’était pas si évidente. Dans
les montagnes, ces plantes se trouvaient en petit nombre et très
localisées. Nous avons été frappé de leur analogie avec les
colonies xérothermiques de la Suisse et de la Savoie.
Faut-il attribuer la présence de ces espèces à une dissémination
fortuite par l’intermédiaire du vent ou des animaux, ou
bien devons-nous en conclure à un léger refroidissement de la
température générale à la suite de la période xérothermique ? Il
est bien difficile de se prononcer, car les espèces que nous avons
mentionnées possèdent toutes des appareils de dissémination
perfectionnés. Ce qu’il y a de certain, c’est que, sous la
même latitude, c’est-à-dire dans la vallée d’Aïn-Sefra, nous
n’avons jamais rencontré ces espèces en plaine, et avant de les
avoir vues en grande quantité dans le Sud, nous les tenions pour
des caractéristiques de la zone montagneuse moyenne.
2. De même que des plantes du Sahara se trouvent à de hautes
altitudes dans des stations isolées de la chaîne de bordure
saharienne, de même aussi des espèces méditerranéennes se
sont conservées à ces mêmes altitudes ou à des altitudes plus
considérables encore dans ces montagnes. Elles s’y rencontrent aussi
dans des stations abritées et elles se maintiennent là pour deux
raisons : la première c’est qu’elles y trouvent une humidité
plus considérable et la seconde c’est qu’elles y sont exposées
à un climat plus doux que celui des hauts plateaux où elles font
défaut ; en hiver, elles sont recouvertes plus longtemps par la neige.
Nous avons mentionné déjà quelques-unes de ces espèces à
propos de la migration de la flore boréale, mais nous avons
tenu à faire ressortir le caractère spécial de ces stations de
plantes méditerranéennes dans l’Extrême-Sud, pour les mettre en
parallèle, non seulement au point de vue historique, mais au point
de vue biologique avec les stations de plantes méditerranéennes que
l’on rencontre dans les Alpes. Il est même une ou deux espèces
qui sont communes à ces deux sortes de stations, et l’on sait
que le _Ruscus aculeatus_ et l’_Arabis auriculata_ que nous avons
cueillis sur les hautes montagnes du Sud-Oranais se retrouvent sur
le littoral méditerranéen et peuvent être cueillis aussi sur les
pentes bien exposées du Jura méridional.
§ 3. COMPARAISON AVEC LA FLORE EUROPÉENNE. — Dans les études
auxquelles nous nous sommes livré sur la flore d’Algérie,
nous avons été frappé de voir combien les phénomènes
phytogéographiques de cette contrée rappelaient ceux de l’Europe.
Nous avons décelé les traces d’une ancienne flore autochtone qui
rappelle l’élément ancien, primordial, de la flore des Alpes, par
exemple. Nous avons noté ensuite l’arrivée d’une flore venant
du Nord, ou du moins du Nord-Est, et cette flore est homologue de la
partie de la flore des Alpes provenant de l’Himalaya, du Caucase
et de l’Asie centrale.
Nous avons enfin montré l’envahissement d’une flore d’Orient,
steppique et dunique, et cette invasion est certainement parallèle
à celle qui s’est opérée dans toute l’Europe et qui a peuplé
nos prairies et nos champs d’espèces orientales.
Le parallélisme n’est pas seulement dans l’histoire de la flore,
mais encore dans sa distribution latitudinaire. Sur les deux bords de
la Méditerranée, nous avons la flore méditerranéenne typique et,
en nous éloignant dans le Sud de l’Algérie, nous rencontrons des
éléments homologues à ceux que nous trouvons en nous éloignant du
littoral septentrional de la Méditerranée vers le Nord. En effet,
non seulement les hauts plateaux ressemblent aux plaines de l’Europe
centrale par l’envahissement de la flore steppique d’Orient,
mais encore par le climat très rude où la neige fait son apparition
chaque hiver. Ils leur ressemblent même par le paysage de la partie
Nord des hauts plateaux où, près de Aïn-el-Hadjar, nous avons
observé des cultures, des arbres et des formes de végétation tout
à fait semblables à ceux de l’Europe moyenne.
Dans l’Extrême-Sud, sur le sommet des plus hautes montagnes,
nous avons rencontré, comme sur les Alpes, des restes de la plus
ancienne flore associée aux espèces venues des hautes montagnes
européennes. Mieux que cela, nous avons été frappé par l’aspect
alpin du paysage et par la formation de ces prairies que nous aurions
voulu appeler des prairies alpines et qui invoquaient le souvenir de
certains pâturages de nos Alpes. Il n’est pas même jusqu’à
la présence de plantes méditerranéennes telles que le _Ruscus
aculeatus_ ou l’_Arabis auriculata_ qui ne nous aient rappelé les
stations de même nature des Alpes.
Un parallélisme et des homologies aussi exactes sont assez
surprenants, car la Méditerranée ne se trouve pas sous l’Equateur
et en s’éloignant d’elle vers le Sud, nous nous rapprochions des
Tropiques. Il faut donc croire que le climat plus ou moins continental
d’une région du globe influe plus sur sa couverture végétale
que des différences de latitude même considérables.
Dernier résultat : nous avons pu voir que l’Afrique du Nord a
ressenti dans une large mesure l’influence des transformations
géologiques et climatologiques de l’Europe. Non seulement nous
avons remarqué les échos de la période glaciaire, mais encore
la période xérothermique y a fait sentir son influence et nous
espérons que des études plus complètes de la phytogéographie
de l’Algérie permettront de dresser un pronostic pour l’avenir
agricole de ce pays et de donner des indications précieuses pour la
culture et l’amélioration du climat.
Les quelques études que nous avons faites sont trop incomplètes,
et, par cela même, le degré de certitude de nos conclusions trop
précaires pour qu’on ose en tirer des applications pratiques. Mais
nous espérons que ces quelques indications serviront de stimulant
pour des études ultérieures.