circumméditerranéennes, c’est-à-dire le 30 % ; 15 sont
des espèces circumméditerranéennes mais répandues dans
l’Europe centrale. Il reste donc en fait de cosmopolites ou de
circumméditerranéennes vraies environ le 25 %, proportion un peu
plus faible que dans la zone précédente.
B. — 3 orientales, c’est-à-dire le 2 %, donc diminution nouvelle
de cet élément par rapport à la zone précédente.
C. — 19 endémiques, en y ajoutant l’_Anthyllis Vulneraria_
L. v. _coccinea_ L. et le _Polygala rupestris_ Pourr. v. _saxatilis_
Murb. qui se retrouvent au Maroc et en Tunisie. Cela fait une
proportion d’environ 16 % de plantes particulières à la région.
D. — 39 qui ont une aire plus ou moins étendue du côté de
l’Occident (33 vont au moins jusqu’en Espagne), ce qui fait le
33 % de plantes occidentales ; donc une augmentation de cet élément
par rapport à la zone précédente. On pourrait ajouter encore ici 4
plantes orientales, qui habitent seulement le Caucase ou les montagnes
du Nord de la Perse, et qui ont pénétré en Algérie par la voie
de l’Europe méridionale où on les retrouve partout, et non par
l’Arabie et l’Egypte où elles font défaut. En comptant ces 4
espèces cela fait une proportion de 36 % de plantes orientales.
E. — 6 de ces plantes enfin, c’est-à-dire le 5 %, présentent
une aire disjointe dans l’Europe méridionale, en particulier en
Sicile, et en Algérie. Elles manquent au moins dans l’Espagne
méridionale et au Maroc, ou bien en France et en Espagne. En gros
nous pouvons donc dire que les affinités avec l’Occident et avec
le Nord ont augmenté au détriment des affinités avec l’Orient
méridional. Enumérons les principales associations de cette zone :
1. =Forêts de chênes-verts et de genévriers espacés.=
(Voy. Pl. XVI, fig. 26). — C’est une association semblable à
celle que nous avons vue dans la zone moyenne, mais les chênes-verts
sont en plus grand nombre et les espèces de sous-bois sont un peu
différentes. Suivant que nous nous trouvons à la partie inférieure
de la zone ou à une altitude plus considérable l’association
varie quelque peu.
A 1700 ou 1800 m. nous avons observé sur les pentes du Ras Chergui
et près du col de Merbah au Djebel Morghad, les espèces suivantes :
_Helianthemum rubellum_ Presl, dans les deux stations et un peu
partout à cette altitude.
_Helianthemum pilosum_ Pers., dans les deux stations et un peu
partout à cette altitude.
_Helianthemum papillare_ Boiss., dans les deux stations et un
peu partout à cette altitude.
_Helianthemum hirtum_ Pers. v. _deserti_ Coss., dans les deux
stations et un peu partout à cette altitude.
_Linum suffruticosum_ L. v. _squarrosum_ Munby, dans les deux
stations et un peu partout à cette altitude.
_Sedum nicæense_ All., dans les deux stations et un peu partout
à cette altitude.
_Ephedra fragilis_ Desf. v. _Desfontainii_ Stapf., dans les deux
stations et un peu partout à cette altitude.
_Veronica rosea_ Desf., dans les deux stations et un peu partout
à cette altitude.
_Chrysanthemum Maresii_ Ball, dans les deux stations et un peu
partout à cette altitude.
_Chrysanthemum Gayanum_ Ball, dans les deux stations et un peu
partout à cette altitude.
_Polycarpon Bivonæ_ Gay, dans les deux stations et un peu partout
à cette altitude.
_Anthemis punctata_ Vahl, dans les deux stations et un peu partout
à cette altitude.
_Cynoglossum cheirifolium_ L., dans les deux stations et un peu
partout à cette altitude.
_Coronilla juncea_ L. v. _Pomeli_ Hochr., dans les deux stations
et un peu partout à cette altitude.
_Diplotaxis virgata_ DC. v. _Aïssæ_ Hochr., dans les deux
stations et un peu partout à cette altitude.
_Launæa spinosa_ Sch. Bip., récolté seulement au Ras Chergui.
_Erodium cicutarium_ L’Hérit. v. _Jacquinianum_ Hochr.,
seulement au Col de Merbah.
_Astragalus tenuifolius_ Desf., seulement au Col de Merbah.
Au Djebel Aïssa, à la même altitude mais dans une exposition plus
favorable, nous avons noté dans la même formation :
_Cistus incanus_ L. v. _Reichenbachii_ Hochr.
_Colutea arborescens_ L.
_Xeranthemum inapertum_ Willd.
_Crepis taraxacifolia_ Thuill. v. _Aïssæ_ Hochr.
_Ruta chalepensis_ L.
_Chrysanthemum Maresii_ Ball.
_Verbascum atlanticum_ Batt.
_Coronilla juncea_ L. v. _Pomeli_ Hochr.
Enfin, les espèces suivantes que nous rapportons avec doute à cette
association, parce que nous les avons récoltées sur le chemin
muletier et, comme nous l’avons dit pour la zone moyenne, elles
nous paraissent en relation avec le passage des troupeaux :
_Triticum triaristatum_ Gr. et Godr.
_Alyssum campestre_ L.
_Arabis auriculata_ Lam. v. _genuina_.
» » Lam. v. _dasycarpa_ Andrz.
_Asperugo procumbens_ L.
_Androsace maxima_ L.
A 1900 mètres environ, nous avons noté au Dj. Aïssa, toujours dans
les bois de chênes-verts et de genévriers :
_Ephedra nebrodensis_ Tineo v. _Villarsii_ Stapf.
_Poa bulbosa_ L.
_Dactylis glomerata_ L. v. _spiciformis_ Hochr.
_Festuca ovina_ L. ss. _infesta_.
_Tulipa Celsiana_ DC.
_Silene colorata_ Poir. v. _pteropleura_ Coss.
_Alyssum montanum_ L. v. _Aïssæ_ Hochr.
_Camelina sylvestris_ Wallr.
_Sisymbrium crassifolium_ Cav. v. _scaposum_ Hochr.
_Reseda alba_ L. v. _firma_ J. Müll.
_Helianthemum papillare_ Boiss.
_Armeria allioides_ Boiss.
_Lithospermum incrassatum_ Guss.
_Linaria tristis_ Mill.
» _arvensis_ Desf. v. _parviflora_ Hochr.
» _heterophylla_ Desf. v. _aurasiaca_ Hochr.
_Veronica rosea_ Desf.
_Senecio leucanthemifolius_ Poir. v. _leucanthemifolius_ Batt.,
etc. Voy. aussi l’association de la forêt de pins.
A 1950 mètres sur le dôme buissonneux du Djebel Morghad (Voy. Pl. XV,
fig. 24), nous voulons mentionner trois espèces récoltées dans la
station même qui est figurée par nous :
_Santolina rosmarinifolia_ L. v. _canescens_ Boiss.
_Inula montana_ L. v. _calycina_ Batt. et Tr.
_Filago Heldreichii_ Batt. et Tr.
2. =Petits rochers isolés dans les forêts.= — Çà et là nous
rencontrons dans la montagne de petits accidents de terrain qui se
traduisent par de faibles parois de rochers ou par de gros blocs
isolés. En connexion avec eux nous avons rencontré les espèces
suivantes, soit au Djebel Aïssa, soit au Djebel Morghad, soit à la
fois dans ces 2 stations :
_Myosotis collina_ Hoffm.
_Ruscus aculeatus_ L.
_Hutchinsia petræa_ R. Br.
_Rubia lævis_ Poir.
_Anthyllis Vulneraria_ L. v. _coccinea_ L.
_Sedum album_ L. v. _micranthum_ DC.,
auxquelles s’ajoutent les suivantes rencontrées aussi dans
d’autres associations :
_Arabis auriculata_ Lam. v. _genuina_.
» » Lam. v. _dasycarpa_ Andrz.
_Thlaspi perfoliatum_ L.
_Lithospermum incrassatum_ Guss.
_Arenaria serpyllifolia_ L. v. _tenuior_ Koch.
_Bromus rubens_ L. v. _canescens_ Coss.
» _tectorum_ L.
Nous tenons à mentionner à part les espèces récoltées dans la
paroi de rochers qui limite l’arête du Djebel Morghad du côté du
S.-E., parce que cette paroi est une formation continue et qu’elle
se distingue, comme on le voit, par une association d’espèces tout
à fait particulières. (Voy. Pl. XIV, fig. 22 à droite en haut).
_Sedum album_ L. v. _micranthum_ DC.
» _dasyphyllum_ L. v. _glanduliferum_ Gr. et Godr.
_Osyris alba_ L.
_Helianthemum virgatum_ Pers.
_Polygala rupestris_ Pourr. v. _saxatilis_ Murb.
3. =Sommets buissonneux.= (Pl. XVI, fig. 25). — Nous avons en
vue ici surtout le sommet du Ras Chergui, mais la même formation
se représente au col de Merbah avec une association à peu près
semblable. Ce sont des chênes-verts formant des buissons étendus
mais très rabougris, de 1.50 m. de haut tout au plus. Dans l’ombre
épaisse de ces buissons, au milieu de l’entrelacement des branches,
se trouvent régulièrement :
_Galium spurium_ L. v. _Vaillantii_ Gr. et Godr.
_Anthriscus vulgaris_ Pers. f. _depauperata_.
_Xeranthemum inapertum_ Willd.
_Lithospermum incrassatum_ Guss.
_Centranthus Calcitrapa_ Dufr.
_Muscari comosum_ Mill.
et dans les fentes de rochers entre les buissons, on observe également
presque toujours :
_Jurinea humilis_ DC.
_Helianthemum rubellum_ Presl.
_Thymus hirtus_ Willd. v. _albiflorus_ Briq.
_Erysimum grandiflorum_ Desf.
_Paronychia capitata_ Lam.
_Alyssum montanum_ L. v. _atlanticum_ Boiss.
_Dactylis glomerata_ L. v. _spiciformis_ Hochr.
qui donnent l’impression d’une formation alpine.
4. =Sommets à dôme ombreux.= — Nous avons ici en vue
particulièrement le sommet du Djebel Morghad, où les chênes-verts
sont si denses qu’ils forment un dôme continu avec un sous-bois
ombreux tout couvert de _Geum heterocarpum_ Boiss. Cette station
est vraiment remarquable en ce sens que sa végétation tranche sur
toutes les formations ordinaires du pays. On a l’impression très
nette que le _G. heterocarpum_ ne possède que les restes d’une
ancienne dispersion et qu’il est en voie d’extinction. Presque
tous les pieds d’ailleurs sont attaqués par des champignons. Dans
les environs immédiats de cette association, mais sur un terrain
plus rocheux, nous avons noté le _Berberis australis_ Hochr. —
qui accompagne aussi le _Geum_ dans les Pyrénées — puis le
_Cotoneaster nummularia_ et le _Tulipa Celsiana_. Il s’y ajoute de
nombreux lichens et quelques mousses.
5. =Bois de pins d’Halep.= (Pl. XV, fig. 23). — On y trouve
les espèces suivantes que l’on serait en droit d’ajouter à
l’association des forêts de chênes-verts et de genévriers, parce
que ces pins se trouvent dans la même région et que nous avons revu
la plupart de ces espèces dans l’association mentionnée.
_Festuca triflora_ Desf.
_Cynosurus elegans_ Desf.
_Silene amurensis_ Pomel.
_Herniaria glabra_ L.
_Polycarpon Bivonæ_ Gay.
_Lotus commutatus_ Guss. v. _collinus_ Brand.
_Lathyrus articulatus_ L.
_Jasminum fruticans_ L.
_Chrysanthemum Gayanum_ Ball.
_Anthemis montana_ L.
6. =Prairies.= (Voy. Pl. XIII, fig. 20 qui représente une prairie de
la zone moyenne). — A cette altitude, dans les bois de chênes-verts,
on rencontre çà et là des clairières qui sont occupées par des
prairies à végétation dense et qui servent souvent de pâturages
pour les troupeaux des nomades.
Nous avons déjà parlé de cette formation dans la zone moyenne ;
mais, dans la zone supérieure, elle est beaucoup plus caractéristique
tant à cause de son apparence que pour les espèces qui s’y trouvent
associées. Nous avons observé cette formation : au Djebel Morghad,
à Hassin-Sarah et plus haut, sous le sommet ; au Djebel Mekter,
près du col de la Fourche et au-dessus de la source de Ras Chergui,
et enfin au Djebel Aïssa. Cependant ce n’est que dans ce dernier
endroit que nous avons pu étudier les associations de cette formation
à cause de l’absence des troupeaux.
Dans une clairière, à 1800 m., nous avons récolté :
_Lolium perenne_ L.
_Chenopodium foliosum_ Asch. et Græbn.
_Arabis auriculata_ Lam. v. _dasycarpa_ Andrz.
_Reseda Luteola_ L. v. _Gussonii_ J. Müll.
_Hippocrepis ciliata_ Willd.
_Cynoglossum cheirifolium_ L.
_Salvia Verbenaca_ L. v. _clandestina_ Briq.
_Marrubium supinum_ L.
_Simbuleta fruticosa_ Hochr.
_Plantago Lagopus_ L.
_Valerianella Auricula_ DC.
_Anacyclus valentinus_ L.
A 2000 m., sur le col, nous avons observé une vaste prairie ;
elle était remarquable par la prédominance presque exclusive du
_Sisymbrium crassifolium_ v. _giganteum_, dont les hautes tiges lui
donnaient l’aspect d’un champ prêt pour la moisson. Cette plante
était accompagnée des espèces et variétés suivantes :
_Sisymbrium crassifolium_ Cav. v. _scaposum_ Hochr.
_Adonis æstivalis_ L.
_Cerastium echinulatum_ Coss. et Dur.
_Silene conica_ L.
_Asperugo procumbens_ L.
_Cynoglossum cheirifolium_ L.
_Lamium hybridum_ Vill.
_Anacyclus depressus_ Ball.
7. =Pentes à Phillyrea angustifolia L. v. angustifolia.=
(Voy. Pl. XIV, f. 22). — Nous avons ici en vue une pente buissonneuse
qui s’étendait immédiatement au-dessous de la grande paroi
du Djebel Morghad. L’association que nous y avons rencontrée
était caractérisée par le buisson sus-mentionné et par plusieurs
_Graminées_ du Tell, c’est pourquoi nous avons tenu à relater
cette formation à part.
_Pallenis spinosa_ Cass. v. _cuspidata_ Hochr.
_Linum Munbyanum_ Boiss. et Reut. v. _meridionale_ Hochr.
» _suffruticosum_ L. v. _squarrosum_ Munby.
_Inula montana_ L. v. _calycina_ Batt. et Tr.
_Oryzopsis cœrulescens_ Batt. et Tr.
_Stipa parviflora_ Desf.
_Melica ciliata_ L. v. _nebrodensis_ Parlat.
_Avena barbata_ Brot. v. _genuina_ Willk. et L.
8. =Sur les sommets déboisés= comme le Djebel-Aïssa, versant
S.W., on rencontre encore parfois dans des expositions favorables
quelques buissons plus ou moins élevés de genévriers. Dans ces
endroits et sur des rochers exposés au Nord mais tout environnés
par la formation steppique de la région moyenne, nous avons noté
les espèces suivantes qui se rattachent certainement à la zone
supérieure. — C’étaient sur les pentes du Djebel Aïssa, près
du télégraphe optique, à une altitude d’environ 1800 m. :
_Lactuca viminea_ J. et K. Presl.
_Clematis Flammula_ L. v. _cæspitosa_ Reich.
_Delphinium Balansæ_ Boiss. et Reut.
_Pimpinella Tragium_ Vill.
_Rhamnus lycioides_ L.
* * * * *
La dispersion en Algérie de beaucoup des espèces mentionnées
ci-dessus est trop mal connue pour que nous osions en tirer des
conclusions détaillées ; cependant nous ne pouvons nous empêcher de
signaler le grand nombre d’espèces mentionnées comme fréquentes
sur les montagnes du Tell et sur les hauts sommets de la chaîne de
bordure saharienne, et manquant sur les hauts plateaux : 25 environ
sont dans ce cas, et plus de la moitié sont signalées aussi sur
les hauts sommets du Djurdjura.
On est aussi frappé du très petit nombre d’espèces qui sont
signalées sur les hauts plateaux et dans le Sud mais qui manquent au
Tell. Il n’y a guère plus de 2 plantes qui soient dans ce cas, donc,
par rapport à la zone précédente, on peut dire que l’affinité
avec les hauts plateaux a diminué et que les rapports avec les
montagnes du Tell ont augmenté.
Un nombre assez faible de plantes est signalé expressément comme
se trouvant dans le Tell, sur les hauts plateaux et dans le Sud. Une
quinzaine environ sont dans ce cas et, parmi elles, quelques-unes des
plantes les plus typiques des montagnes du Sud, telles par exemple :
_Jurinea humilis_ DC., _Helianthemum rubellum_ Presl, _Tulipa Celsiana_
DC. Parmi ces espèces, il n’y en a pas une seule dont l’aire de
dispersion s’étende du côté de l’Orient.
Les formes endémiques nous donnent des indications intéressantes. Un
grand nombre d’entre elles sont constituées par des variétés
spéciales à la région, mais dont l’espèce se retrouve sur
les hauts plateaux et dans le Tell. C’est le cas par exemple
du _Thymus hirtus_ Willd. habitant les 3 régions, mais dont la
variété _albiflorus_ semble particulière aux montagnes de la
bordure saharienne ; tel est le cas aussi pour le _Diplotaxis
virgata_ DC. v. _Aïssæ_ Hochr., _Linum Munbyanum_ Boiss. et
Reut. v. _meridionale_ Hochr., _Linum suffruticosum_ L. v. _squarrosum_
Munby, _Anthriscus vulgaris_ Pers. f. _depauperata_, etc.
Le _Linum Munbyanum_ Boiss. et Reut. en particulier offre un intérêt
très grand en ce sens qu’on retrouve une forme analogue à la
v. _meridionale_ Hochr. dans les montagnes près de Tlemcen et Sidi
bel Abbès. Il est un exemple typique de l’apparition de formes
polytopiques.
§ 4. CONCLUSIONS. — De l’examen de la flore montagneuse dans son
ensemble, nous pouvons tirer un certain nombre d’enseignements :
tout d’abord, plus on s’élève sur les flancs des montagnes,
plus la flore devient riche en espèces et en variétés, plus aussi
les affinités avec l’Orient diminuent et plus les rapports avec
l’Occident augmentent au contraire.
D’autre part, la grande majorité des plantes de montagnes se
retrouvent dans le Tell ; parmi celles-ci, un assez grand nombre
habitent les hauts plateaux et ont une aire continue, d’autres
habitent les hautes montagnes du Tell, le Djurdjura en particulier
et les hauts sommets du Sud. Leur aire est discontinue, mais il est
évident que, à une époque fort peu éloignée, elles devaient se
trouver, comme les précédentes, aussi sur les hauts plateaux.
Enfin, un dernier groupe est formé par des espèces qui habitent
les 3 régions, mais qui ont varié parallèlement en s’élevant
d’une part sur les flancs des montagnes du Sud et, d’autre
part, sur les sommets des montagnes du Tell où elles ont formé
des variétés parfois distinctes et parfois très voisines. Le cas
le plus caractéristique est celui de l’_Alyssum montanum_ L. qui
se trouve sur tous les hauts sommets en des stations parfaitement
isolées et qui, à cause de cela, forme presque dans chaque station
une variété spéciale.
Les endémiques vrais forment aussi une assez forte proportion et sont
constitués par des espèces très caractéristiques, spéciales à
la région, ou bien se retrouvant sur les hautes montagnes du Maroc.
Il est donc hors de doute pour nous que la flore des montagnes du
Sud se compose :
1. D’un très petit nombre de plantes steppiques orientales qui
s’élèvent plus ou moins haut sur le flanc des montagnes, mais
qui n’atteignent jamais les plus hauts sommets.
2. D’espèces habitant les montagnes du Tell. Leur aire de
dispersion est parfois continue à travers les hauts plateaux,
ou bien l’espèce a été détruite dans la région des plaines,
ou bien enfin, l’aire de l’espèce est continue mais l’espèce
elle-même est représentée sur les montagnes du Sud par une variété
spéciale. Toutes les plantes de cette catégorie ont une affinité
occidentale.
3. Un certain nombre d’espèces spéciales à la région et se
continuant le long de la même chaîne jusque dans l’intérieur
du Maroc. Ces espèces sont en général très typiques, telles
par exemple : les _Chrysanthemum Maresii_ Ball, _C. Gayanum_ Ball,
_Cerastium echinulatum_, _Simbuleta fruticosa_ Hochr. etc.
En outre on peut distinguer 2 catégories dans ce dernier groupe :
Les plantes qui sont localisées sur les hauts sommets comme les
précédentes.
Les plantes qui habitent les montagnes mais aussi les rochers de
la plaine, par exemple : le _Pallenis spinosa_ Cass. v. _cuspidata_
Hochr. et le _Carduncellus Duvauxii_ que M. Battandier a découvert au
col de Founassa et que nous avons retrouvé dans les rochers de Mograr.
* * * * *
CHAPITRE V
=Rochers désertiques du Sud=
Ces rochers désertiques, comme nous l’avons déjà dit dans notre
introduction, paraissent dépourvus de végétation à première vue,
mais si on les visite de près, on y trouve une foule de plantes du
plus haut intérêt. Je dirais même que c’est dans cette région
que le botaniste risque le plus de faire une récolte abondante en
types curieux et rares. Cette flore xérophile à l’extrême est
caractérisée surtout par la rose de Jéricho (_Odontospermum
pygmæum_) et par des _Composées_ épineuses. Ses affinités
sont fort restreintes et le très grand nombre de ses endémismes,
qui comptent même des genres monotypes, fait qu’elle doit être
considérée comme une flore très ancienne et autochtone. A cette
association que nous avons observée d’une façon typique au Raz
ed Dib près Duveyrier (Voy. Pl. VIII, f. 13), et dans les rochers
du Mograr Foukani, on peut rattacher aussi la flore de certaines
petites chaînes rocheuses, exposées en plein Sud, telles que la
petite arête de Tiout et les rochers près d’Aïn-el-Hadjej.
Dans ces deux endroits le _Warionia_ a été signalé et quoique à
Tiout les rochers en question soient envahis dans une large mesure
par les plantes du steppe environnant, nous croyons cependant que
la présence de quelques espèces spéciales des rochers du Sud,
permet de les classer dans une même catégorie.
Du reste une brève énumération des membres de cette association
illustrera ce que nous venons d’exposer :
_Andropogon hirtus_ L. v. _genuinus_ Hack., circumméditerranéen.
_Odontospermum graveolens_ Sch., circumméditerranéen.
_Plantago amplexicaulis_ Cav., circumméditerranéen.
_Rhus oxyacantha_ Cav., circumméditerranéen.
_Orobanche cernua_ Lœfl., circumméditerranéen.
_Statice pruinosa_ L., du Maroc en Orient.
_Dianthus crinitus_ Sm. v. _typicus_ Sm. et v. _tomentellus_
Boiss., du Maroc en Orient.
_Andropogon laniger_ Desf., du Maroc en Orient.
_Helianthemum Lippii_ Pers. v. _ellipticum_ Boiss., du Maroc
en Orient.
_Statice Bonduelli_ Lestib., d’Algérie au Fezzan.
_Globularia Alypum_ L. v. _eriocephala_ Bonn. et Barr.,
d’Algérie en Egypte.
_Atractylis serratuloides_ Sieb., d’Algérie en Orient.
_Odontospermum pygmæum_ O. Hoffm., d’Algérie en Orient.
_Paronychia Cossoniana_ Gay, d’Algérie en Orient.
_Carlina corymbosa_ L. v. _libanotica_ Boiss., d’Orient.
_Aristida adscentionis_ L. v. _cœrulescens_ Dur. et Schinz,
d’Espagne en Orient par la Barbarie.
_Calendula ægyptiaca_ Pers., d’Espagne en Orient par la
Barbarie.
_Lolium Trabuti_ Hochr., endémique.
_Pennisetum orientale_ Rich. v. _Parisii_ Battandier, endémique.
_Daucus sahariensis_ Murb., endémique.
_Urginea nodiflora_ Batt. et Tr., endémique.
_Carduncellus Duvauxii_ Batt., endémique.
_Atractylis Babelii_ Hochr., endémique.
_Perralderia Dessignyana_ Hochr., endémique.
_Anthemis lonadioides_ Hochr., endémique.
_Phagnalon purpurascens_ Schultz-Bip., endémique.
_Pallenis spinosa_ Cass. v. _cuspidata_ Hochr., endémique.
_Warionia Saharæ_ Benth. et Coss., endémique.
_Anvillea radiata_ Coss. et Dur., endémique.
_Antirrhinum ramosissimum_ Coss. et Dur., endémique.
_Satureia Hochreutineri_ Briq., endémique, mais aussi au Maroc.
_Picris Saharæ_ Hochr., endémique, mais aussi au Maroc.
_Centaurea maroccana_ Ball, endémique, mais aussi au Maroc.
_Pappophorum scabrum_ Kunth[35], en Algérie méridionale et
au Cap.
_Cladanthus arabicus_ Cass., d’Espagne en Tunisie.
_Eryngium illicifolium_ Lam., d’Espagne en Tunisie.
_Fœniculum vulgare_ Mill., d’Espagne en Tunisie et en Orient
par l’Europe méridionale.
_Periploca lævigata_ Ait., d’Espagne en Tunisie et en Orient
par l’Europe méridionale.
_Ephedra fragilis_ Desf., Méditerranée occidentale.
Pour donner une idée de l’association vivant sur les rochers de
Tiout, nous citerons à côté de :
_Satureia Hochreutineri_ Briq.
_Anthemis lonadioides_ Hochr.[36].
_Warionia Saharæ_ Benth. et Coss.[36]
_Urginea noctiflora_ Batt. et Tr.[36]
qui sont des plantes spéciales aux rochers désertiques, les suivantes
qui sont des échappées du steppe :
_Zizyphus Lotus_ Lam.
_Suæda fruticosa_ Forsk.
_Atriplex parviflorus_ Lowe.
_Leyssera capillifolia_ DC.
_Argyrolobium uniflorum_ Jaub. et Spach.
_Haloxylon articulatum_ Bunge.
Envisageant seulement les plantes des stations typiques du Raz ed Dib
et Mograr, on peut voir que sur 39 espèces ou variétés récoltées,
il y a :
A. 5 espèces circumméditerranéennes, c’est-à-dire le 13 %. Mais,
parmi elles, toutes, sauf le _Rhus oxyacantha_, sont des plantes
triviales se rencontrant dans toute sorte d’autres formations. Quant
au _Rhus_, c’est une espèce qui paraît fort ancienne car il se
trouve dans des stations isolées et fort éloignées les unes des
autres autour de la Méditerranée.
B. 12 orientales, c’est-à-dire le 31 %, dont la majorité sont
des plantes steppiques ou désertiques.
C. 16 endémiques ou particulières au Sud du Maroc et de
l’Algérie. Cela fait le 41 %, dont la majorité est formée
par des espèces tout à fait caractéristiques, par des genres
monotypes même, qui ne présentent aucune affinité avec les types
méditerranéens. Si même nous ajoutons à cela le _Pappophorum
scabrum_ qui est localisé dans les stations analogues du Sud
de l’Algérie et de la Tunisie, cela ferait 43 % d’espèces
spéciales. D’autre part le _Pappophorum_, par sa présence dans
le Sud de l’Afrique, nous donne une indication précieuse au sujet
de ce groupe de plantes dont les affinités sont si obscures.
D. 5 espèces à dispersion occidentale ou du moins venues des
montagnes septentrionales de l’Orient par l’Europe méridionale ;
cela fait 13 % de plantes occidentales ou boréales.